Retour de Nicolas Sarkozy : "Cerné de toutes parts, il ne pourra pas jouer le sauveur"

Francetv info a interrogé Dominique Paillé, ancien porte-parole de l'UMP, désormais membre de l'UDI. Pour le centriste, l'ancien président de la République ne fait pas figure d'"homme providentiel".

L\'ancien président Nicolas Sarkozy au Parc des Princes, à Paris, le 2 avril 2014. 
L'ancien président Nicolas Sarkozy au Parc des Princes, à Paris, le 2 avril 2014.  (GONZALO FUENTES / REUTERS)

"Sarkozy n'a pas le choix, il doit revenir", assène Nadine Morano"Le retour de Nicolas Sarkozy, qui était une possibilité, devient une nécessité", affirme de son côté Brice Hortefeux. Alors que l'UMP est paralysée par l'affaire Bygmalion, les fidèles de l'ancien président de la République estiment que le moment est venu pour lui de revenir sur le devant de la scène.

Eclaboussé par ce scandale financier, qui apparaît de plus en plus comme l'affaire des dépassements des comptes de sa campagne présidentielle en 2012, Nicolas Sarkozy pourrait reprendre l'initiative. Les partisans de l'ancien chef de l'Etat souhaitent qu'il succède à Jean-François Copé à la tête de l'UMP. Mais ce retour est loin de faire l'unanimité. 

Dominique Paillé est membre fondateur de l'UDI, ancien porte-parole de l'UMP et ancien conseiller politique de Nicolas Sarkozy. L'auteur de Sarkozy, retour perdant (Ed. de l'Archipel, 2013) explique à francetv info pourquoi le comeback de l'ancien président de la République n'a rien d'évident pour sa famille politique.

Francetv info : Croyez-vous au retour de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP ?

Dominique Paillé : Je connais Nicolas Sarkozy, c'est un impulsif. C'est quelqu'un qui a une telle confiance en lui que, même au bord du gouffre, il préfèrera sauter, pensant qu'il va s'en sortir. Il a une tendance naturelle à croire que lorsqu'il ne dirige pas les événements, ils lui sont négatifs. Il veut donc se mêler de tout et, si possible, être aux commandes pour le faire. Est-ce que je crois à son retour ? Modérément, mais ce n'est pas impossible.

Aurait-il raison de revenir et de prendre les rênes du parti ?

La situation de l'UMP est telle aujourd'hui, financièrement et structurellement, que si Nicolas Sarkozy revenait, il faudrait qu'il mette les mains dans le cambouis. D'autant que l'affaire Bygmalion est loin d'être terminée et que les responsables du parti, en tant que personne morale, pourraient être mis en examen. Avec au programme encore un certain nombre de perquisitions, des convocations, etc. De quoi l'engluer dans un fonctionnement quotidien chaotique. Sans oublier qu'en étant à la tête de l'UMP, Nicolas Sarkozy serait visé par des tirs croisés provenant à la fois de ses ennemis au sein du parti – et ils sont de plus en plus nombreux – que du reste de la classe politique. Revenir dans l'arène par le biais de l'UMP serait, à mon sens, une véritable erreur. 

Est-ce que prendre la tête de l'UMP est aussi une façon pour lui de se protéger et de riposter face aux affaires qui le touchent ?
 
Je crois que dans ces affaires judiciaires, la véritable défense ne passe pas par la médiatisation. Si Nicolas Sarkozy n'a rien à se reprocher, ce que je lui souhaite, il sera beaucoup plus efficace dans l'intimité d'un bureau de juge plutôt qu'en déballant tout ça sur la place publique.
 
Ce retour précipité casserait aussi l'image d'un homme providentiel pour la droite... 
 
L'homme providentiel n'existe pas. Un homme providentiel qui est obligé de se battre pour justifier ses comptes de campagne lors d'une présidentielle récente, où il a échoué, perd beaucoup de sa superbe... S'il revient, il fera de la politique politicienne, il sera dans les ornières des affaires parce que quelles que soient ses responsabilités dans ce domaine, il est quand même cerné de toutes parts. Il ne pourra pas jouer au sauveur. Evidemment, la popularité et la crédibilité de François Hollande sont tellement basses qu'il bénéficiera d'une certaine écoute. Mais il faut se méfier, l'avenir n'est écrit, en tout cas à gauche, par personne aujourd'hui. Et rien ne dit que les Français aient envie d'assister à un remake d'une élection dans laquelle ils ont chassé celui qui essaierait de revenir au pouvoir. 
 
En revenant, Nicolas Sarkozy tenterait de barrer la route à Alain Juppé et François Fillon, qui sont aussi des présidentiables de l'UMP... 
 
Bien sûr. Nicolas Sarkozy a une soif de revanche depuis le soir de son échec en 2012. Avant la présidentielle, il a martelé qu'il ferait ses adieux à la politique le soir même de sa défaite...  L'insincérité de ses propos m'a frappé. Il n'aura de cesse d'essayer de revenir. Le fait qu'Alain Juppé, entre autres, prenne un certain ascendant dans l'opinion publique et le relègue au deuxième rang ne peut qu'attiser sa volonté de revenir sur le devant la scène. Seulement, la revanche est mauvaise conseillère.
 
Au delà des sarkozystes, peu de voix s'élèvent à l'UMP pour souhaiter son retour... Peut-il être encore celui qui rassemble son camp pour 2017 ?
 
Aujourd'hui, à l'UMP, ceux qui sont lucides savent bien que la défaite de 2012, c'est d'abord la défaite de Nicolas Sarkozy. Les Français qui ont voté contre lui n'ont pas voté contre la droite, ils ont voté contre un homme, un comportement et une dérive politique. 

Ce pays est majoritairement de droite modérée et François Hollande a gagné par défaut. Est-ce que les Français auraient envie de se renier et de choisir celui qu'ils ont chassé ? Je ne le crois absolument pas. Une grande majorité d'élus UMP sont assez lucides pour s'en rendre compte, et c'est pourquoi ils n'espèrent pas un retour de Nicolas Sarkozy. 

En tant qu'ancien porte-parole de l'UMP, estimez-vous que les déchirements qui touchent le parti actuellement étaient prévisibles ?

Depuis longtemps, l'UMP n'a plus de ligne politique cohérente librement débattue et démocratiquement adoptée. La campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy avait eu un effet catalyseur sur toutes les sensibilités UMP parce qu'il avait défendu un programme cohérent, complet et où chacune de ces sensibilités pouvait trouver matière à satisfaire ses objectifs. Depuis, nous avons assisté au pouvoir unilatéral de Nicolas Sarkozy. Il a droitisé, populisé son comportement. Et il n'a pas écouté ceux qui essayaient de l'éclairer. Très immodestement, je pense en avoir fait partie. J'ai quitté l'UMP avec le Parti radical, c'est une décision collective que nous avons mise en œuvre et que nous assumons.
 
Mais l'UMP, ce n'est pas que ces populistes qui vocifèrent depuis longtemps dans les médias. Il reste des centristes qui sont pro-européens et des libéraux modérés. Que Nicolas Sarkozy revienne ou pas, sauf à mettre en place une machine de guerre et à obnubiler la vie politique par une reconquête de l'Elysée, il se heurtera à ces mêmes divisions. 
 
Il s'agit donc d'un problème de ligne de politique... 

Il y a une ligne de partage, c'est la ligne européenne. On trouve au sein de la droite républicaine et du centre-droit, des européens convaincus. Et puis, il y a des populistes europhobes. Entre Henri Guaino, que je connais bien, et moi-même, ce n'est pas un fossé ni un gouffre qui nous sépare, c'est une fosse marine. Or, ce sujet conditionne toutes les solutions à apporter aux autres problèmes que nous connaissons. La ligne de fracture ne passe pas entre le centre et l'UMP, elle passe au sein de l'UMP. Le meilleur des équilibristes, qu'a été pendant un moment Nicolas Sarkozy, ne pourra pas résister à une clarification à ce sujet.