L'interview J-1, France info

Affaire Bygmalion, soupçons de financements libyens : "Il y a de quoi être effrayé sur les mœurs républicaines" selon Jérôme Lavrilleux

Le député et vice-président de la délégation française du Parti populaire européen, Jérôme Lavrilleux, était l'invité du 19h20 de franceinfo jeudi soir. Il a notamment abordé les soupçons de financement libyen lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007.

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Jérôme Lavrilleux était l\'invité du 19h20 politique, jeudi 24 mai sur franceinfo.
Jérôme Lavrilleux était l'invité du 19h20 politique, jeudi 24 mai sur franceinfo. (THOMAS SAMSON / AFP)

"Il y a de quoi être effrayé sur les mœurs républicaines" estime Jérôme Lavrilleux, député européen et vice-président de la délégation française du Parti populaire européen, à propos des soupçons de fraude dans le financement des dernières campagnes présidentielles.

Invité de franceinfo jeudi 24 mai, il est revenu sur son prochain livre intitulé À la table des cannibales, où il parle notamment de l'affaire Bygmalion et des dépenses excessives de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a également abordé les soupçons de financement libyen lors de la campagne de 2007.

franceinfo : dans ce livre, vous allez régler vos comptes ?

Jérôme Lavrilleux : Je n'envisage pas de régler des comptes, j'ai passé ce stade depuis longtemps. C'est pour raconter comment tout se passe dans le milieu politique français avec les luttes qui sont parfois saignantes voire mortelles pour un certain nombre de personnes. On a affaire à une droite, depuis une bonne quinzaine d'années, où ceux qui aspirent aux plus hautes fonctions sont de plus en plus nombreux, mais ils n'ont pas forcément le niveau. Ce qu'ils préfèrent, c'est éliminer les gens de leur propre camp, pour ne pas prendre le risque que quelqu'un d'autre qu'eux puisse gagner. Donc ils se mangent, ils se dévorent, ils s'entretuent les uns les autres, et on aboutit à faire en sorte que la droite et le centre-droit soient éliminés durablement du paysage politique, au niveau des manettes gouvernementales.

Avez-vous été étonné par la campagne de François Fillon pour la présidentielle de 2017, et ce que ça a révélé ?

Il n'y a que ceux qui avaient vraiment envie d'être surpris qui l'ont été. J'ai participé, et je ne renie rien, à la bataille entre Copé et Fillon pour la présidence de l'UMP. Un certain nombre d'observateurs et d'hommes politiques avaient décidé que François Fillon, c'était l'honnêteté et la rectitude incarnée. Je rappelle juste que quand il avait commencé sa campagne contre Jean-François Copé, il avait un pied dans le plâtre, ce qui avait fait verser des larmes de crocodile à tout le monde. Il avait juste eu cet accident en descendant du yacht d'un milliardaire italien. Cela voulait tout dire. Ceux qui n'ont pas voulu regarder n'ont pas regardé. Il y a un principe de réalité qui a rattrapé François Fillon après avoir gagné la primaire.

Vous étiez directeur-adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Vous êtes surpris par les mises en examen dont il fait l'objet ?

Comme de nombreux téléspectateurs, j'ai regardé Cash Investigation mardi soir sur France 2 et franchement, je n'imaginais pas que cela pouvait être à un tel degré. Quand on voit cette enquête qui est fouillée, approfondie, charpentée, faite par de vrais professionnels du journalisme, il y a de quoi être effrayé sur les mœurs républicaines. Quand je compare à ce qu'on me reproche dans l'affaire des comptes de campagne de 2012, je finis par penser je vais devenir quelque chose d'anecdotique.

Est-ce qu'on a tiré les leçons de ces affaires ?

On n'a pas tiré les leçons. Depuis que les lois existent sur le financement des activités politiques en 1995, presque toutes les élections présidentielles ont fait l'objet de poursuites en justice. Le plafond de dépenses de 22 millions d'euros pour une campagne présidentielle ne suffit pas. Si je dis ça, je passe pour quelqu'un d'extraterrestre. On me dit : rendez-vous compte, par rapport au revenu moyen des Français, c'est quand même énormissime. J'en ai bien conscience. Il faut savoir ce qu'on veut. La démocratie a un coût. 22 millions d'euros, pour faire une campagne électorale, avec 41 millions d'électeurs inscrits, cela fait 50 centimes par électeur, ce n'est même pas de quoi envoyer une lettre à chacun. On se rend compte de l'inanité de ce dispositif. Et ce sont les mêmes qui, mandat après mandat, diminuent le plafond des dépenses, qui lorsqu'ils sont de l'autre côté des barrières essaient de trouver tous les artifices plus ou moins honnêtes pour essayer de contourner cette loi. C'est un vrai problème.

Vous êtes invité par LREM vendredi 25 mai à Saint-Quentin (Aisne). Vous êtes plus proche d'Emmanuel Macron que de Laurent Wauquiez ?

Oui, ça c'est sûr. Je ne sais pas qui reste proche de Laurent Wauquiez. En terme de ligne sur l'Europe, celle qui est défendue à l'heure actuelle et qui est une espèce de course à l'échalote derrière la ligne d'extrême-droite du Front national n'a aucun sens. La droitisation n'a aucun sens, ça amène à avoir perdu les deux dernières élections présidentielles, les deux dernières élections législatives, mais comme on ne change pas une recette qui gagne, on va employer encore la même recette.

Jérôme Lavrilleux était l\'invité du 19h20 politique, jeudi 24 mai sur franceinfo.
Jérôme Lavrilleux était l'invité du 19h20 politique, jeudi 24 mai sur franceinfo. (THOMAS SAMSON / AFP)