Elections européennes 2019

Les enjeux des élections européennes 2019

Comme tous les cinq ans depuis 1979, les citoyens de l'Union européenne sont appelés en 2019 à renouveler leurs eurodéputés. Cette année, les électeurs de 27 pays désigneront 705 députés européens entre le 23 et le 26 mai. En France, le scrutin se tiendra le dimanche 26 mai.

A quoi ressemble le Parlement européen sortant ?

Actuellement, le Parlement européen compte 751 membres répartis en huit groupes politiques. Le plus important est le Parti populaire européen (PPE), grand parti de droite conservatrice, libérale et europhile, qui compte 218 députés. Viennent ensuite les Socialistes et démocrates (S&D), le grand groupe de gauche modérée, fort de 186 membres. Le groupe eurosceptique ECR, formé autour des conservateurs britanniques et polonais, compte 73 membres. Les libéraux pro-européens de l'ALDE en comptent 68, les Verts 52, tout comme la gauche antilibérale (GUE). Les souverainistes de l'EFDD sont 44 et l'ENL (extrême droite) compte 34 membres. Enfin, 22 députés ne sont inscrits dans aucun groupe.

Dans quel contexte se tiennent ces élections ?

Depuis 2014, la situation politique a beaucoup évolué sur le Vieux-Continent. Les institutions européennes se retrouvent confrontées à de nombreux défis. Le plus important en cette année 2019 est sans aucun doute celui de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (Brexit), dont les conséquences restent incertaines tant pour Londres que pour le reste de l'Europe.

Dans plusieurs pays d'Europe, la défiance vis-à-vis des institutions européennes s'est traduite par l'arrivée au pouvoir de gouvernements eurosceptiques (par exemple en Italie ou en Hongrie) ou par l'entrée en force dans les Parlements nationaux de partis d'extrême droite (l'AfD en Allemagne, le FPÖ en Autriche, le PVV aux Pays-Bas ou encore le SD en Suède). En Hongrie, en Pologne et en Roumanie, les gouvernements en place sont régulièrement critiqués pour leurs atteintes à l'Etat de droit.

L'Europe est en outre placée face à ses responsabilités dans de nombreux domaines. En matière d'immigration, l'UE est incapable de parler d'une seule voix devant l'arrivée massive de migrants. Sur la question écologique, les engagements peinent à se concrétiser. Quant à la croissance économique, elle pourrait ralentir dans les prochaines années après un pic en 2017, selon les prévisions de la Commission européenne.

La France n'est pas épargnée par ces soubresauts. Emmanuel Macron, élu en 2017 au nez et à la barbe de tous les partis traditionnels, est affaibli après la révélation de l'affaire Benalla mais aussi l'éclosion d'un mouvement de contestation inédit et radical : les "gilets jaunes". Ces élections seront donc un test grandeur nature pour le président français, trois ans avant l'échéance de la présidentielle 2022.

Comment se déroule le scrutin ?

Chacun des Etats membres de l'UE organise l'élection comme il l'entend, pourvu qu'il s'agisse d'un scrutin à la proportionnelle. Selon les pays, ce scrutin à un seul tour sera organisé entre le 23 et le 26 mai. Cette année, cela concerne les électeurs de 27 pays, contre 28 pays en 2014, en raison du Brexit. La sortie du Royaume-Uni de l'UE  doit en effet être effective le 29 mars.

En France, l'élection de 2019 se tient le dimanche 26 mai. Il s'agit de désigner les 79 sièges d'eurodéputés attribués à la France. C'est cinq de plus qu'en 2014, la France s'étant vue redistribuer une partie des sièges jusqu'à présent occupés par le Royaume-Uni.

Autre nouveauté : en France, ces élections se déroulent au scrutin proportionnel dans une circonscription unique, ce qui signifie que chaque parti ne présente qu'une liste nationale. C'est un retour au système qui prévalait lors des élections européennes jusqu'en 1999, alors que les élections européennes de 2004, 2009 et 2014 se sont déroulées dans le cadre de circonscriptions régionales. Chaque liste ayant obtenu au moins 5% des voix se verra donc attribuer le nombre de sièges correspondant à son score. Celles qui ne dépasseront pas cette barre ne seront en revanche pas représentés.

A quoi servent les députés européens ?

Le Parlement européen exerce trois principaux pouvoirs. D'abord un pouvoir législatif qui consiste à amender et voter les textes présentés par la Commission européenne. Dans la plupart des domaines, le Parlement européen partage ce pouvoir avec le Conseil (l'institution qui rassemble les ministres nationaux des Etats membres dans un domaine donné). Le Parlement européen dispose ensuite d'un pouvoir budgétaire : il adopte le budget de l'UE, là encore avec le Conseil. Enfin, le Parlement européen a un pouvoir de contrôle sur les autres institutions de l'UE.En outre, au début de leur mandat, les députés européens adoubent (ou nom) le candidat des chefs d'Etats et de gouvernements pour le poste stratégique de président de la Commission européenne. Ils approuvent également la composition de la Commission européenne et peuvent, au cours de leur mandat, renverser cette dernière. Les eurodéputés élus lors de l'élection de 2019 seront donc appelés à élire le successeur du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui préside la Commission depuis 2014.

Quels sont les partis en lice en France ?

La quasi-totalité de l'échiquier politique français devrait être représenté lors de ces élections européennes. La constitution d'une liste est plutôt aisée puisqu'il suffit de réunir 79 candidats (à parité d'hommes et de femmes) sur l'ensemble du territoire.

Sur le plan national, il sera intéressant d'observer si, rappelant le résultat de l'élection présidentielle de 2017, le scrutin sera dominé par les listes de La République en marche (LREM) et du Rassemblement national (RN). A quelques mois de l'élection, le parti présidentiel, allié au MoDem de François Bayrou, n'a toujours pas choisi qui conduirait sa liste. Le parti de Marine Le Pen a quant à lui désigné comme tête de liste le jeune Jordan Bardella, 23 ans, et réussi à débaucher Thierry Mariani, un ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

A droite, après la défaite de François Fillon au premier tour de la présidentielle, Les Républicains jouent la carte du renouvellement avec François-Xavier Bellamy, 33 ans, issu de la droite conservatrice. Mais le parti de Laurent Wauquiez pourrait être concurrencé par la liste Debout la France du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. D'autres partis, comme l'UPR de François Asselineau, Les Patriotes de Florian Philippot, Résistons de Jean Lassalle et l'UDI de Jean-Christophe Lagarde prévoient également de se présenter aux suffrages des Français.

Les partis politiques de gauche partent quant à eux en ordre dispersé. La France insoumise sera emmenée aux élections européennes par Manon Aubry, une ancienne responsable de l'ONG Oxfam. Contrairement aux élections de 2014 où ils partaient ensemble sous la bannière du Front de gauche, les communistes ne s'allieront pas avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon cette année. Le PCF présente donc une liste autonome, dirigée par Ian Brossat. Europe Ecologie-Les Verts a de son côté investi l'eurodéputé sortant Yannick Jadot, tandis que Benoît Hamon, candidat malheureux à la présidentielle, prendra la tête de sa liste Générations. Cette multitude de candidatures laisse le Parti socialiste, dirigé par Olivier Faure, bien esseulé dans sa quête d'alliances à gauche. A l'extrême gauche, Lutte ouvrière a décidé de mener une liste autonome et de ne pas s'allier avec le Nouveau Parti anticapitaliste.

Enfin, la présence ou non d'une ou plusieurs listes "gilets jaunes" pourrait influer sur la campagne. Ingrid Levavasseur, une aide-soignante de l'Eure, a ainsi annoncé son intention de mener une liste intitulée Ralliement d'initiative citoyenne.

Quelles sont les prochaines échéances électorales ?

Après ce premier test électoral pour Emmanuel Macron et la majorité présidentielle, la prochaine échéance importante interviendra dès 2020, avec les élections municipales. Ce premier scrutin local de la mandature sera révélateur de la capacité ou non du macronisme à s'imposer dans les territoires, condition de sa durabilité au-delà du phénomène Macron.

L'année 2021 sera quant à elle marquée par des élections régionales et départementales, un an avant la présidentielle et les législatives de 2022.

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