Cet article date de plus de six ans.

Comment Jean-François Copé a tenté de détourner l'attention (sans y parvenir)

Le président de l'UMP, accusé de favoritisme par "Le Point", a frontalement attaqué les médias et réclamé plus de transparence au sein de la classe politique. Sans convaincre. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Jean-François Copé, le président de l'UMP, le 3 mars 2014 au siège de son parti, à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

La "déclaration solennelle" de Jean-François Copé, destinée à répondre aux accusations de favoritisme dont il est l'objet, pourrait faire figure d'exercice type en matière de communication de crise.

Devant les journalistes rassemblés au siège de l'UMP lundi 3 mars, le président de l'UMP n'a répondu à aucune des interrogations que suscite cette affaire de favoritisme présumé aux dépens des finances du parti, révélée par Le Point. Mais il a tenté de détourner l'attention médiatique en appliquant une vieille méthode : la meilleure défense, c'est l'attaque. Il a pour cela utilisé trois leviers. Qui n'ont pas vraiment fonctionné. 

1Elargir la cible en attaquant tous les médias

Contrairement à ses habitudes, c'est par un "mes chers compatriotes", et non par "chers adhérents", que Jean-François Copé a entamé son discours prononcé au siège de l'UMP. Le président du parti voulait en effet que sa contre-attaque vise un public large, rassemblé contre un ennemi commun : les médias. Jusqu'ici, c'est Le Point, l'hebdomadaire à l'origine des révélations sur cette affaire, qui avait fait les frais des attaques du patron de l'UMP. Mais lundi, ni le nom du magazine, ni celui de son directeur Franz-Olivier Giesbert n'ont été prononcés. En revanche, les "organes de presse bouffis d'orgueil", représentants d'une "caste" qui s'adonne à une "vendetta", en ont tous pris pour leur grade.

Cette stratégie de défense fondée sur la dénonciation générale des médias n'est pas nouvelle chez Jean-François Copé, selon Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l'université de Lorraine à Metz, et membre de l'Observatoire du webjournalisme. Le chercheur, contacté par francetv info, rappelle que le "journaliste bobo déconnecté de la réalité" est une expression déjà "largement usitée" par le président de l'UMP, notamment lors de la dernière campagne présidentielle.

L'objectif est ici de rassembler autour de la dénonciation d'un complot médiatique, et de passer du rôle d'accusé à celui de victime. "Il cherche même carrément à passer pour un martyr, analyse Arnaud Mercier. Il joue la base contre un corps intermédiaire. Ça peut marcher auprès des militants, et c'est d'ailleurs ce qui l'a aidé à conquérir le parti. Mais s'en prendre au Point, qui n'est pas vraiment un média de gauche, puis à toute la presse, ce n'est pas vraiment porteur. Il ne faut pas qu'il s'étonne du retour de boomerang."

Le stratagème a d'ailleurs plutôt amusé les professionnels des médias, à l'image du directeur de la publication du Point, Etienne Gernelle, qui explique simplement, sur BFMTV, que "Jean-François Copé a découvert la presse libre et indépendante". Sur Twitter, certains journalistes en ont ri jaune.

2Allumer un contre-feu en faisant des propositions

Après s'être posé en victime d'une "campagne de presse haineuse", Jean-François Copé a appliqué un autre principe du "petit manuel de communication de crise" : allumer un contre-feu en détournant l'attention sur un autre problème. Il ainsi annoncé le dépôt de deux propositions de loi rendant obligatoire la publication des comptes des partis politiques, ainsi que ceux des grands organes de presse aidés par les pouvoirs publics. Il a également conditionné la publication de la comptabilité de l'UMP, désormais enfermée dans une pièce "sous scellés", à l'adoption de ces deux textes.

"On voit bien la stratégie, celle de la riposte par une demande de plus de transparence, mais ça tombe quand même un peu à côté, estime Arnaud Mercier. L'enquête du Point porte sur des accusations graves, des points précis, et il ne donne aucun élément de réponse. Ça s'apparente trop à un pas de côté, pas à une vraie stratégie de défense."

La stratégie risque en effet de faire long feu, car ces propositions de loi n'ont pas reçu un soutien massif du reste de la classe politique, y compris au sein de l'UMP et de ses responsables. Comme Laurent Wauquiez, qui estime que le parti doit "lever les doutes tout de suite" sur ses comptes, sans attendre l'adoption des textes.

Plus problématique encore, Le Monde explique que les projets législatifs de Jean-François Copé sont déjà une réalité. En effet, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques épluche chaque année les comptes des partis politiques, mettant ces données à disposition du public. Et une liste des financements publics versés aux groupes de presse est disponible sur le site gouvernemental data.gouv.fr

3Se poser en représentant de l'honnêteté

"Je veux dire aux Français et aux Françaises que j’ai toujours exercé mes fonctions avec droiture et honnêteté." Cette affirmation, le seul extrait de son discours dans lequel Jean-François Copé parle de son cas personnel, représente le troisième angle de sa contre-offensive. Déclarant vouloir "prendre au mot" ses accusateurs, le patron de l'UMP appelle à généraliser la transparence, avec ce qu'il qualifie de "refondation du fonctionnement de notre démocratie".

Un positionnement moral et une soif de transparence qui contrastent avec les arguments qu'il déployait en avril 2013. Il qualifiait alors la publication du patrimoine des élus de "numéro de voyeurisme" et de "grand numéro d'hypocrisie".

France 2 - "4 Vérités"

"Là encore, je ne comprends pas cette contradiction, analyse Arnaud Mercier. Je m'attendais à ce qu'il dénonce des fuites à l'intérieur du parti, comme Sarkozy avait dénoncé les 'officines occultes' dans l'affaire Clearstream, visant à l'époque les chiraquiens de l'UMP. Mais en tant que président, Copé a choisi de ne pas alimenter la division de son parti, quitte à opter pour cette stratégie bancale et contradictoire, mais qui est sûrement la 'moins mauvaise'."

Pour le patron de l'UMP, la prochaine étape de cette stratégie du politicien vertueux se jouera au tribunal, devant lequel il compte déposer mardi une plainte en diffamation contre Le Point"Pour que sa stratégie de crise fonctionne, pour qu'il soit totalement réhabilité, il doit absolument gagner, avance Arnaud Mercier. Mais un juge peut très bien décider que Le Point n'a commis aucune faute déontologique. En saisissant lui-même la justice, Copé a peut-être fait un pari risqué."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.