Affaire Bygmalion : la campagne de Sarkozy était "un TGV qu'on ne pouvait plus arrêter", juge Copé

L'AFP publie des extraits de l'audition de l'ancien patron de l'UMP, entendu le 28 juillet par les enquêteurs. 

Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé quitte le siège de l\'UMP, le 3 décembre 2014, après un meeting. 
Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé quitte le siège de l'UMP, le 3 décembre 2014, après un meeting.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Jean-François Copé n'a pas le même souvenir que Nicolas Sarkozy de la campagne de 2012 : entendu le 28 juillet dans l'affaire Bygmalion, l'ancien patron de l'UMP l'a comparée à "un TGV qu'on ne pouvait plus arrêter". A l'inverse, l'ancien chef de l'Etat, convoqué le 4 septembre à l'Office anticorruption de la PJ (Oclciff), avait décrit une campagne maîtrisée : "L'argument d'une campagne qui dérape est une farce".

Selon ses déclarations aux policiers, que l'AFP retranscris samedi 26 septembre, l'analyse de Jean-François Copé est tout autre :

Je pense que le contexte de l'époque, celui d'une campagne très dense générant des dépenses très importantes, s'est déroulé comme un TGV qu'on ne pouvait plus arrêter, selon la formule de M. Lavrilleux [son bras droit, par qui le scandale a éclaté]Jean-François Copédans une déclaration aux policiers

Copé raconte sa démission dans un "climat de haine"

Se présentant comme un homme "trahi", ignorant tout du financement de la campagne, validant le budget de l'UMP dans "ses grandes lignes", le député-maire de Meaux a expliqué avoir découvert l'affaire dans le quotidien Libération paru le 15 mai 2014. Avant d'en faire les frais le 27, poussé à la démission lors d'un bureau politique tenu "dans un climat de haine (qu'il) ne souhaite à personne de vivre".

Entre-temps, il aurait découvert, "abasourdi", les détails de l'affaire. Le 16, le patron d'Event&Cie, la filiale événementielle de Bygmalion, lui aurait révélé "une vérité qui (lui) avait été totalement dissimulée par (ses) collaborateurs" : un système de fausses factures. Pour les enquêteurs, ce système a permis de mettre à la charge de l'UMP environ 18,5 millions d'euros de dépenses de meetings, pour dissimuler une explosion du plafond légal. Treize personnes ont été mises en examen.

"Jamais parlé à Sarkozy du financement de sa campagne"

Selon Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy partageait son ignorance. Quelques jours après l'explosion du scandale, "je lui expose tout ce que je viens d'apprendre. Il m'indique pour sa part le découvrir également", se souvient-il. De manière générale, quand les deux hommes se rencontraient, c'était pour évoquer "les thèmes de la campagne", "en aucun cas (son) organisation pratique". Les questions budgétaires? "Jamais."

Pourtant, il y a ce texto, envoyé le 28 avril par Jérôme Lavrilleux, entre les deux tours de la présidentielle, au directeur de campagne, Guillaume Lambert : "Nous n'avons plus d'argent. JFC [Jean-François Copé] en a parlé au PR [président de la République]". Sur ce point, Jean-François Copé souligne qu'il n'est pas l'expéditeur du message. "Je n'ai jamais parlé à Nicolas Sarkozy du financement de sa campagne, ni de son compte de campagne puisque j'en ignorais tout", insiste-t-il.

Peut-être a-t-il évoqué avec le président-candidat "les réticences des banques à financer la ligne de trésorerie de l'UMP". La veille, la responsable des ressources du parti avait mis en garde contre un défaut de paiement. Cela aurait pu l'inciter à suivre de plus près les comptes, s'étonnent les enquêteurs. Le budget 2012 du parti "a été approuvé par le Conseil national. Je le validais dans ses grandes lignes", se défend Jean-François Copé. Et de relever que l'argent du parti, c'était le domaine d'Eric Cesari, l'homme de Sarkozy à l'UMP.