Récit Législatives 2024 : de la dissolution au Nouveau Front populaire, on vous raconte la semaine qui a bouleversé la vie politique française

Article rédigé par Thibaud Le Meneec, Laure Cometti
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 9 min
Montage de quelques-unes des principales figures politiques françaises, photographiées en 2024. (ASTRID AMADIEU / AFP / FRANCEINFO)
La décision surprise d'Emmanuel Macron a dynamité les équilibres partisans tant à gauche qu'à droite ou à l'extrême droite.

Les analystes qui pronostiquaient un statu quo après les élections européennes en sont pour leurs frais. Le scrutin à un tour organisé dimanche a déclenché de puissants séismes, à commencer par la dissolution de l'Assemblée nationale, annoncée par Emmanuel Macron dès le soir des résultats. Constitution d'un Nouveau Front populaire à gauche, crise majeure au sein de LR et à Reconquête, profonds doutes au sein de la majorité... Franceinfo revient, bloc par bloc, sur une semaine qui a profondément remodelé le paysage politique français avant les élections législatives des dimanches 30 juin et 7 juillet.

Dans la majorité, Gabriel Attal et Emmanuel Macron à la manœuvre d'une campagne à très hauts risques

"J'ai cru aux 20% jusqu'à la fin." Lundi midi, un responsable de la majorité a la gueule de bois. La liste menée par Valérie Hayer pour les élections européennes culmine à 14,6%, même pas la moitié du score du Rassemblement national (31,37%). Dans la foulée des résultats, Emmanuel Macron annonce, dimanche soir à 20h58, sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale, plongeant son camp dans l'inconnu. Certaines voix se font entendre pour critiquer une décision "brutale", comme le concède Gabriel Attal devant les désormais ex-députés de la majorité, mardi matin. "Il y avait un autre chemin, qui était le chemin d'une coalition, d'un pacte de gouvernement", estime de son côté la présidente sortante de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, lundi.

De nombreux députés sortants partent immédiatement en campagne, "sidérés". Avec un changement notable par rapport à 2022 et surtout 2017 : le visage du chef de l'Etat est souvent absent des tracts. "Je ne veux surtout pas être rattaché à lui durant cette campagne", lance l'un d'entre eux, mardi, sur un marché d'Ile-de-France. "Le président voulait sa gueule partout, certains lui ont fait prendre conscience que c'était peut-être mieux sans lui", glisse un conseiller ministériel à franceinfo.

Pour tenter de reprendre la main, Emmanuel Macron tient une longue conférence de presse, d'abord prévue mardi puis repoussée à mercredi matin. Il y revient longuement sur la situation politique du pays, renvoie dos à dos les extrêmes et met en avant sa "volonté sincère et humble de bâtir des consensus et de tisser des compromis" grâce à l'aide des "sociaux-démocrates" d'une part, de la droite républicaine de l'autre.

Emmanuel Macron, président de la République, lors d'une conférence de presse à Paris, le 12 juin 2024. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le président de la République confie à Gabriel Attal, son Premier ministre depuis janvier, le soin de mener une campagne courte et défensive. Le chef du gouvernement part dès jeudi dans le Pas-de-Calais, où il confirme que la réforme de l'assurance-chômage, contestée à gauche, fera bien l'objet d'un décret "d'ici au 1er juillet". Le soir, sur le plateau de l'émission "Quotidien", il attaque les deux autres blocs qui cherchent à faire tomber son gouvernement, plus que jamais menacé. 

Comme en 2022, la gauche s'unit malgré les divisions

Au soir des européennes, la gauche est battue et se classe troisième. Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) et les socialistes n'ont dépassé ni Valérie Hayer (Renaissance et alliés) ni les 15%. Manon Aubry et les insoumis sont restés sous les 10%, tandis que Les Ecologistes-EELV ont conservé des sièges de justesse en dépassant la barre fatidique des 5%. Sitôt la dissolution annoncée, les appels à l'union de la gauche se multiplient. L'Amiénois François Ruffin ouvre le bal : "Je dis à Marine Tondelier, Fabien Roussel, Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon : 'Est-ce qu'on veut gagner ensemble ou perdre séparés ?'"

Sur le principe, tous sont d'accord pour bâtir une union face à l'extrême droite et à la possibilité de voir le RN arriver au pouvoir. Mais à quelles conditions ? Faut-il garder les équilibres électoraux de la Nupes de 2022, favorables à La France insoumise, ou tenir davantage compte de la première place du PS aux européennes ? Malgré des désaccords, la première pierre est posée lundi soir, lorsque le PS, le PCF, Les Ecologistes-EELV et LFI déclarent vouloir "la constitution d'un Nouveau Front populaire" via "des candidatures uniques dès le premier tour" des législatives.

Marine Tondelier, chef de file des Ecologistes (au centre), entourée des autres leaders de la gauche, à Paris, le 10 juin 2024. (CLAIRE SERIE / HANS LUCAS / AFP)

Tout, ou presque, reste à trancher : le programme, l'incarnation, les circonscriptions. C'est sur ce dernier point que les négociations sont les plus tendues. "Ils se foutent de nous", peste jeudi matin un socialiste qui trouve LFI trop gourmande sur le nombre de circonscriptions. Les patrons des partis interviennent, les discussions reprennent et le Nouveau Front populaire annonce dans la soirée avoir "scellé" un "programme de gouvernement" et une répartition des investitures.

Le projet est approuvé par l'ancien président socialiste François Hollande, opposé à la Nupes en 2022. Pour Raphaël Glucksmann aussi, "l'union est la seule manière" de faire barrage à l'extrême droite. Unie, la gauche promet de "changer la vie, vraiment", résume l'écologiste Marine Tondelier lors d'une conférence de presse commune organisée vendredi à la mi-journée. Le Nouveau Front populaire présente son programme, donne des gages en matière de lutte contre l'antisémitisme notamment, mais refuse encore de donner le nom de son Premier ministre en cas de victoire.

Mais la liste des investitures de La France insoumise, publiée vendredi soir, suscite aussitôt des remous. Plusieurs figures historiques du mouvement sont absentes alors que le nom d'Adrien Quatennens, condamné pour violences conjugales, figure bien dans le document. Cette décision est critiquée en interne – François Ruffin a dénoncé "bêtise" et "sectarisme" – et au sein de l'alliance de gauche. Marine Tondelier évoque ainsi une "purge et annonce une réunion des instances écologistes.

Les Républicains implosent après le ralliement d'Eric Ciotti au Rassemblement national

De rebondissement en rebondissement, la droite a vécu l'une des semaines les plus agitées de son histoire. Tout commence dimanche soir avec le faible score de 7,25% réalisé par François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains aux européennes. "La macronie, c'est fini maintenant", lâche Eric Ciotti sur TF1, les yeux rivés sur le score de Valérie Hayer. Le président des Républicains ne le sait vraisemblablement pas encore, mais les jours suivants vont faire de lui l'homme politique le plus scruté de France. Courtisé, d'abord, lorsque Jordan Bardella "tend la main" aux Républicains, lundi soir sur RTL, affirmant avoir eu "des discussions" avec certains de leurs cadres. Le RN est prêt à ne pas présenter de candidats face à des LR "pour faire rassemblement", renchérit Marine Le Pen sur TF1.

La journée de mardi est décisive pour LR. Sur TF1, Eric Ciotti prend tout le monde de court en annonçant son souhait d'une alliance avec le parti de Marine Le Pen pour les législatives. Dans la foulée, la quasi-totalité des responsables du parti de droite condamne cette position individuelle. "Personne n'était au courant, il nous a marché sur la tête à tous", s'emporte Emilie Bonnivard, députée sortante de Savoie. Plusieurs cadres demandent son départ de la tête du parti, tandis que certains élus claquent la porte de la formation politique.

Un bureau politique des Républicains décide, mercredi, à l'unanimité et en son absence, de l'exclusion du député des Alpes-Maritimes. L'ex-députée Annie Genevard et l'eurodéputé François-Xavier Bellamy prennent l'intérim. Mais Eric Ciotti ne l'entend pas de cette oreille : "Je suis et reste le président de notre formation politique, élu par les adhérents", réagit-il sur le réseau social X, menaçant de possibles "conséquences pénales".

Eric Ciotti, président des Républicains contesté par d'autres cadres de son parti, à Paris, le 13 juin 2024. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

La journée de jeudi n'est pas moins intense à droite : Eric Ciotti reprend possession de son bureau au siège du parti, publie une vidéo de ce retour qui devient virale sur les réseaux sociaux et annonce contester sa destitution devant la justice. Vendredi, un nouveau bureau politique des LR valide cette exclusion, annulée par la justice, tandis que Jordan Bardella annonce sur BFMTV que "dans 70 circonscriptions de France, il y aura un candidat commun RN-LR", dont des députés sortants.

Tournés vers Matignon, Jordan Bardella et le RN fracturent Reconquête 

Le Rassemblement national n'a pas le temps de savourer son score aux européennes, le meilleur de son histoire. Après avoir obtenu, à sa grande surprise, la dissolution qu'il réclamait, le parti est directement reparti en campagne. Fort de sa dynamique, il affiche dès dimanche soir son objectif pour les législatives anticipées : décrocher une majorité à l'Assemblée nationale pour faire nommer Jordan Bardella Premier ministre, une ambition dévoilée dès lundi sur une affiche.  

Depuis, les réunions s'enchaînent pour élaborer le programme et trancher sur la question des investitures. Le RN avait déjà 577 noms, pour toutes les circonscriptions, grâce à un "plan Matignon" qu'il élaborait depuis mars 2023. Mais l'annonce surprise d'Eric Ciotti, mardi, en faveur d'une alliance entre LR et le RN, rebat les cartes. Jordan Bardella accepte la proposition du président dissident de LR. Mercredi, le RN reçoit un nouveau soutien, celui de Marion Maréchal, transfuge passée chez Reconquête. Fraîchement élue eurodéputée après avoir mené la liste du parti fondé par Eric Zemmour, elle appelle à voter pour les candidats de l'alliance entre le RN et LR plutôt que pour ceux investis par Reconquête.

Marion Maréchal, tête de liste de Reconquête aux élections européennes, face à la presse, à Paris, le 10 juin 2024. (SERGE TENANI / HANS LUCAS / AFP)

Quelques heures plus tard, Eric Zemmour dénonce une "trahison" et annonce l'exclusion de Marion Maréchal, ainsi que celle des députés européens Guillaume Peltier, Nicolas Bay et Laurence Trochu. Il n'y aura pas d'accord électoral entre Reconquête et le RN, mais au moins quatre proches de Marion Maréchal auront l'investiture du RN, dont Agnès Marion et Thibaut Monnier. 

Jeudi, le RN dévoile sa profession de foi. Un tract avec huit mesures, en premier lieu pour le pouvoir d'achat, la fin du "laxisme judiciaire" et de la "submersion migratoire". Le parti doit boucler sa liste de 577 candidats "dans le week-end", avant la date butoir de dépôt des listes dimanche à 18 heures. Il prépare également un programme détaillé, pour présenter les mesures qu'il mettrait en œuvre "en urgence" s'il gagnait les législatives, et les réformes qui interviendraient dans un deuxième temps. 

La semaine du RN a toutefois été marquée par un accroc, avec la bourde du porte-parole du parti Sébastien Chenu, lequel défend jeudi soir sur le plateau de "Touche pas à mon poste" la suppression de la double nationalité, une mesure abandonnée par Marine Le Pen en 2022. 

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