Critique des "extrêmes", débat sur la laïcité... Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse d'Emmanuel Macron sur les législatives 2024

Trois jours après la dissolution de l'Assemblée nationale, le président de la République a donné une conférence de presse depuis le pavillon Cambon Capucines à Paris.
Article rédigé par Elise Lambert
France Télévisions
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Le président Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse au Pavillon Cambon, à Paris, le 12 juin 2024. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Après la surprise de la dissolution de l'Assemblée nationale, le plan de bataille pour les législatives. Emmanuel Macron a dévoilé sa stratégie, mercredi 12 juin, afin de tenter d'arracher une "majorité claire" dans l'hémicycle pour le reste du quinquennat et contrer l'avancée du Rassemblement national. Depuis le pavillon Cambon Capucines, à Paris, le président a mis dos à dos La France insoumise et le Rassemblement national, et a appelé les partis "républicains" à s'allier avec son camp.

Le président a évoqué une "fédération de projets pour gouverner", demandant à sa majorité d'entamer des discussions avec d'autres formations politiques. "Nous sommes prêts à intégrer des propositions de sociaux-démocrates", de responsables de la "droite gaulliste" et "d'écologistes", a-t-il assuré. Franceinfo résume ce qu'il faut retenir.

Un appel au rassemblement "contre les extrêmes"

En préambule, Emmanuel Macron est revenu sur son choix de dissoudre l'Assemblée nationale et ses conséquences. Il s'agit d'une "épreuve de vérité entre ceux qui choisissent de faire prospérer leur boutique et ceux qui veulent faire prospérer la France". La dissolution "permet seule la clarification des choses", a-t-il ajouté, en pointant du doigt l'alliance entre le président des Républicains, Eric Ciotti, et le RN.

Emmanuel Macron a par ailleurs reproché à LFI d'avoir créé un "désordre parfois constant" et "inquiétant" au Palais Bourbon, accusant en outre "l'extrême gauche" d'"antisémitisme" et d'"antiparlementarisme". "Les masques tombent" et "la bataille des valeurs éclate au grand jour", a-t-il affirmé. Le président a dit espérer "avant ou après" les législatives un rassemblement de ceux qui auront "su dire non aux extrêmes".

La promesse d'une "autorité républicaine à tous les étages"

Emmanuel Macron a promis une "autorité républicaine à tous les étages" et le "renforcement d'un axe régalien", dans le respect des "valeurs" républicaines. Il s'est engagé à "plus de fermeté, mais dans le cadre de la République et de ses valeurs". "C'est aussi cela qui nous oppose (...) aux deux extrêmes", a-t-il jugé. "Ce qui est proposé aujourd'hui par l'extrême gauche, c'est une réponse par le communautarisme et le laxisme", et "ce qui est proposé par l'extrême droite et ceux qui s'y allient, c'est une réponse à l'insécurité par la sortie de la République, de ses valeurs, de son socle même".

L'ouverture d'un "débat sur la laïcité"

Le président a dit vouloir "ouvrir un grand débat sur la laïcité" et a rappelé que "la République doit respecter tous ceux qui croient et toutes les religions. Comme tous ceux qui ne croient pas". Il a exprimé le "sentiment que la laïcité n'est parfois pas bien appliquée, que nous ne sommes pas au clair. Nous devons, comme le président Chirac l'avait fait d'ailleurs il y a 20 ans de cela, rouvrir un grand travail."

"La protection de nos valeurs républicaines se joue aussi sur le temps long, en fabriquant, en éduquant des républicains, citoyens et citoyennes libres", a-t-il déclaré. Emmanuel Macron entend notamment "recréer des rites républicains", et a rappelé la généralisation du Service national universel "d'ici la rentrée 2026". "Ça passe par aussi une intégration de tous. Et là-dessus, nous devons renforcer la lutte contre les discriminations", a-t-il ajouté.

La construction de huit nouveaux réacteurs nucléaires

Le président de la République a confirmé vouloir construire "huit nouveaux réacteurs nucléaires" EPR2, en plus des six déjà annoncés en 2022. Le président avait à cette occasion prévu cette option pour huit réacteurs supplémentaires.

L'interdiction du téléphone "avant 11 ans"

Emmanuel Macron s'est prononcé pour l'interdiction du téléphone "avant 11 ans" et des réseaux sociaux "avant 15 ans", dans la ligne du rapport remis au président par une commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans. Il faudra "procéder à une vraie révolution de l'action publique des 1 000 premiers jours jusqu'à 20 ans", a-t-il déclaré. Il a également promis de "rebâtir l'aide sociale à l'enfance", de "prévenir les inégalités de départ", de "redonner le pouvoir aux professeurs, qui auront plus de liberté pédagogique, aux directeurs, qui pourront rémunérer et recruter plus librement".

La suppression d'"un échelon territorial"

En vue d'améliorer "le quotidien" des Français, le président a souhaité "supprimer un échelon territorial" dans l'organisation administrative française, sans préciser lequel. "Il nous faut déconcentrer beaucoup plus rapidement (...) pour ramener plus de simplicité et de liberté sur les territoires, rouvrir la question de ces grandes régions qui ont éloigné la décision et redonner la liberté de choix sur le terrain à nos compatriotes s'ils veulent revenir sur ce sujet", a-t-il affirmé.

Les retraites "seront bien indexées sur l'inflation"

Emmanuel Macron a promis que les retraites resteront "bien indexées sur l'inflation", contrairement aux affirmations du Rassemblement national, selon qui le gouvernement a un "agenda caché" sur le sujet. "Le pouvoir d'achat des retraités, ce n'est pas une variable d'ajustement", a assuré Emmanuel Macron qui a accusé "les blocs d'extrême gauche" et "d'extrême droite" de mettre le système de retraite "en banqueroute" en proposant de revenir sur la réforme de 2023.

La suspension de la réforme électorale en Nouvelle-Calédonie

Emmanuel Macron a affirmé "suspendre" le projet de loi constitutionnelle modifiant le corps électoral de Nouvelle-Calédonie, à l'origine des émeutes sur place, pour "donner toute sa force au dialogue sur place et au retour à l'ordre". La loi avait été adoptée par l'Assemblée nationale et le Sénat, et devait être entérinée par le Congrès. De facto, le chef de l'Etat ne peut convoquer de Congrès tant que la nouvelle Assemblée nationale n'a pas été élue.

Le RN et LFI accusés d'"ambiguïté" sur la Russie

Emmanuel Macron a accusé le Rassemblement national d'entretenir une "ambiguïté à l'égard de la Russie", fustigeant également "la sortie de l'Otan" prônée par les lepénistes. En mars, le président du RN, Jordan Bardella, avait toutefois précisé ne pas vouloir sortir de l'Alliance "en période de guerre." Le chef de l'Etat s'en est aussi pris à La France insoumise, accusée de vouloir "aider la Russie".

Pas de débat avec Marine Le Pen

Emmanuel Macron ne mènera pas la campagne de la majorité aux législatives, qui sera "portée par le Premier ministre" et ne fera pas de débat avec Marine Le Pen, a-t-il assuré, alors qu'il était accusé d'avoir été omniprésent lors de la campagne des européennes.

"Le président de la République, il doit donner un cap, une vision. Mais il n'est pas là pour faire campagne aux législatives", a-t-il déclaré. Quant à un débat avec Marine Le Pen, "j'ai fait cette offre de clarification avant les européennes parce qu'elle l'avait soumise. Elle ne s'est pas rendue au rendez-vous."

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