Législatives : Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet... La France insoumise n'investit pas plusieurs figures du mouvement et sème le trouble à gauche

Adrien Quatennens, en revanche, est bien présent sur la liste des 230 candidats investis par le parti. Ces décisions ont été vivement dénoncées en interne, notamment par François Ruffin et Clémentine Autain.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Les députés insoumis Raquel Garrido et Alexis Corbière sr les bancs de l'Assemblée nationale, le 23 octobre 2022. (JULIEN DE ROSA / AFP)

La journée avait commencé par une image d'unité à gauche, avec l'accord trouvé entre partenaires pour sceller un Nouveau Front populaire. Mais elle s'est terminée par une fissure béante au sein de La France insoumise (LFI), accusée de "purge" ou de "sectarisme" après avoir publié le nom de 230 candidats pour les législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. Plusieurs figures historiques du parti de gauche radicale – Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Alexis Corbière en tête – n'ont en effet pas été investies. "Jean-Luc Mélenchon a réglé un compte avec moi", a dénoncé le député sortant de Seine-Saint-Denis sur franceinfo samedi 15 juin.

"Cela va créer un trouble qui n'est pas à la hauteur des enjeux", a également regretté Alexis Corbière, député sortant en Seine-Saint-Denis. "L'enjeu, c'est d'éviter que l'extrême droite arrive au pouvoir." D'autant plus que "ce qui passe avec le Nouveau Front populaire, c'est exactement la ligne que nous portions", ajoute l'ancien élu. "Une obscure commission électorale de LFI a décidé de ne pas m'investir comme candidat", avait-il déjà réagi sur le réseau social X dans la nuit. 

Raquel Garrido, sa compagne à la ville, a également déploré sur X qu'on lui fasse "payer le crime de lèse-Mélenchon". "Honte sur toi Jean-Luc Mélenchon. C'est du sabotage. Mais je ferai mieux. Nous ferons mieux", a-t-elle encore écrit, dénonçant des "méthodes qui dégoûtent". A l'automne dernier, Raquel Garrido, autrefois avocate du leader du mouvement, avait été sanctionnée quatre mois par LFI pour avoir ouvertement critiqué plusieurs membres et Jean-Luc Mélenchon, autour de la gouvernance ou la stratégie du parti.

Quant à Danielle Simonnet, élue à Paris, elle a vivement regretté "une purge des députés engagés pour l'unité". "Alors que j'ai de nouveau réuni des centaines de citoyens sur ma circonscription ce soir, par mail, comme quatre autres camarades et sans même un coup de fil, j'apprends que je ne suis pas investie", s'est-elle encore indignée sur X.

Les députés insoumis sortants Hendrik Davi (Bouches-du-Rhône) et Frédéric Mathieu (Ille-et-Vilaine) n'ont pas non plus été investis, selon cette liste, qui comprend en revanche la syndicaliste Céline Verzeletti ou encore Lyes Louffok, militant de la défense des droits de l'enfant et essayiste.

Autre motif de colère : la présence controversée d'Adrien Quatennens, député sortant de la première circonscription du Nord, condamné en décembre 2022 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violences conjugales. Son cas faisait débat à gauche, notamment chez les socialistes et les écologistes, mais ce fidèle de Jean-Luc Mélenchon a bien été reconduit. "A toutes celles et ceux qui s'opposeraient ou douteraient de la pertinence de ma candidature, sachez que je vous comprends. J'espère pouvoir, humblement, et par mes actions, regagner votre confiance", a réagi Adrien Quatennens par communiqué.

Réactions indignées à gauche

Frédéric Mathieu a déploré que La France insoumise "choisisse la division", tandis qu'Hendrik Davi a évoqué un manque de "décence" dans ces évictions, qui ont soulevé plus largement une vague d'indignation en interne. "Je ne suis pas passé sous les fourches caudines de votre bêtise, votre sectarisme, s'est emporté François Ruffin dans une réponse adressée au parti. Vous préférez un homme qui frappe sa femme, auteur de violences conjugales, à des camarades qui ont l'impudence d'avoir un désaccord avec le grand chef. Notre démocratie mérite mieux que vous."

La députée Clémentine Autain a elle aussi livré une charge virulente contre LFI, où "il vaut mieux avoir été condamné pour violences conjugales que d'avoir défendu la démocratie, manifesté contre l'antisémitisme après le 7 octobre et plaidé pour l'union des gauches et des écologistes".

"Purger les gens qui ne sont pas des lignards mais garder Quatennens, ça dit beaucoup de vos méthodes et de votre rapport 1) au féminisme et 2) aux désaccords", a abondé l'écologiste Marie-Charlotte Garin. La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, s'est dite "extrêmement choquée" par l'épisode. Elle a annoncé sur France 2 qu'elle allait convoquer les instances de sa formation politique.

Dans un communiqué publié dans l'après-midi, La France insoumise s'est défendue en affirmant que les députés sortants non renouvelés "ont bien été informés" qu'ils ne seraient pas réinvestis "avant la publication" de la liste des investitures. LFI défend également "un choix de cohérence", au motif que certains sortants non renouvelés ont "exprimé (...) leur volonté de rejoindre (...) un autre groupe et une autre démarche que celle de" LFI, et parce que le groupe parlementaire LFI a été "trop souvent paralysé (...) par des jeux politiciens".

"Chaque organisation est responsable des investitures qu’elle accorde", conclut le mouvement, qui interroge : "La France insoumise met-elle des interdits face aux choix de ses partenaires ?" "Les investitures à vie n'existent pas", a de son côté justifié Jean-Luc Mélenchon dans une interview à 20 Minutes, ajoutant que "la cohérence politique et la loyauté dans le premier groupe parlementaire de gauche sont aussi une exigence pour gouverner".

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