Législatives 2024 : programme, circonscriptions... Ce que contient l'accord du Nouveau Front populaire

Les responsables de la gauche unie sous la bannière "Nouveau Front populaire" ont dévoilé vendredi à la mi-journée les premières mesures de leur programme commun.
Article rédigé par franceinfo
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Les représentants du Nouveau Front populaire présentent leur programme lors d'une conférence de presse à la Maison de la Chimie, à Paris, le 14 juin 2024. (JULIEN DE ROSA / AFP)

"Nous sommes au rendez-vous de l'histoire". Les responsables des partis de gauche, rassemblés sous la bannière du Nouveau Front populaire, ont présenté, vendredi 14 juin, les "150 mesures" de leur programme commun pour les élections législatives des 30 juin et 7 juillet prochains. Lors d'une conférence de presse à la Maison de la Chimie à Paris, ils se sont félicités d'un "rassemblement inédit". Ils se sont notamment engagés à abroger les réformes de l'assurance-chômage et des retraites, ou encore à améliorer le pouvoir d'achat.

La France insoumise, le Parti socialiste, les Ecologistes-EELV et le Parti communiste ont également annoncé un accord portant sur "des candidatures uniques" dans les 577 circonscriptions. L'alliance de gauche renvoie en revanche aux résultats des législatives pour annoncer le nom de son Premier ministre en cas de victoire : c'est le groupe qui aura le plus grand nombre de députés qui "fera une proposition", selon Manuel Bompard. Franceinfo fait le point.

LFI obtient la majorité des circonscriptions, mais moins qu'en 2022

Pour ces élections législatives, ce sont, comme en 2022 avec la Nupes, les insoumis qui présenteront le plus de candidats. La France insoumise comptera des candidats dans 229 circonscriptions, le Parti socialiste et Place publique 175, les Ecologistes 92 et le Parti communiste français, 50, selon la répartition consultée par franceinfo. Un élément notable distingue l'alliance de 2022 et celle de 2024 : "Le PC, le PS et EELV pèsent désormais plus que LFI dans la répartition globale des circonscriptions", notent les responsables socialistes Pierre Jouvet et Sébastien Vincini.

Le nombre de circonscriptions réservées aux socialistes augmente fortement par rapport à ce que l'accord électoral de la Nupes prévoyait en 2022. LFI avait alors présenté 328 candidats, soit 100 de plus que cette fois-ci, contre 100 pour EELV, 70 pour le PS et 50 pour le PCF. LFI obtient la grande majorité des circonscriptions en Ile-de-France, tandis que les socialistes seront très présents dans le Sud-Ouest.

Un vrai débat sur le mode de calcul a opposé les socialistes, qui ont fini premiers des listes de gauche aux européennes dimanche, et les insoumis, qui voulaient toujours surfer sur les 22% de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle de 2022. "Cet accord acte la progression des socialistes mais n'oublie pas la présidentielle", a expliqué Paul Vannier, député sortant LFI du Val-d'Oise, alors que Raphaël Glucksmann a obtenu aux européennes 13,8% des voix, quatre points devant Manon Aubry et les Insoumis.

Promesses d'abroger la réforme des retraites et celle de l'assurance-chômage

• Sur les retraites et le chômage. Le Nouveau Front populaire propose de mettre fin à plusieurs réformes mises en œuvre par les gouvernements d'Elisabeth Borne et Gabriel Attal. La première est celle de l'assurance-chômage. Cette réforme très décriée par les syndicats et les partis de gauche vise à durcir les règles d'indemnisation des demandeurs d'emploi, pour aller "vers le plein-emploi". Malgré la dissolution de l'Assemblée nationale, le Premier ministre, Gabriel Attal, a promis son entrée en vigueur par décret d'ici au 1er juillet.

Même sort promis à la réforme des retraites, qui a porté l'âge légal de départ à 64 ans. Dans le programme de la gauche figure l'abrogation de la réforme des retraites et le retour à la retraite à 60 ans, dans les 15 jours suivants le second tour des élections législatives, si la gauche sort victorieuse.

• Sur le pouvoir d'achat. Selon le projet final consulté par franceinfo, le Nouveau Front populaire entend bloquer les prix des biens de première nécessité dans l'alimentation, l'énergie et les carburants par décret, et renforcer le bouclier qualité-prix pour les outre-mer. L'alliance promet également l'indexation des salaires, mais aussi des pensions de retraite, sur l'inflation, afin de favoriser le pouvoir d'achat. La gauche unie prévoit d'augmenter le smic à 1 600 euros net et augmenter de 10% le point d’indice des fonctionnaires.

Le Nouveau Front populaire entend également abolir "la taxe Macron de 10% sur les factures d'énergie" et annuler la hausse programmée du prix du gaz au 1er juillet.

• Sur la fiscalité. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a appelé à la justice fiscale. Il a développé des mesures pour "rétablir l'ISF et abolir la 'flat taxe'". Cette dernière, aussi appelée prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, est entrée en vigueur en 2017 dans le but de diminuer l'impôt payé par les contribuables les plus aisés, afin de les pousser à investir dans l'économie

• Sur les services publics. L'union prévoit "l'école vraiment gratuite", a déclaré Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes-EELV. Cela inclut "la gratuité intégrale" de la cantine scolaire, des fournitures, des transports, et des activités périscolaires, selon le programme consulté par franceinfo.

• Sur l'immigration. Le programme prévoit d'abroger la loi immigration. Ce texte, dont 40% des articles ont été censurés par le Conseil constitutionnel en janvier, vise notamment à accélérer les procédures de demandes d'asile et à faciliter les expulsions des personnes en situation irrégulière. En contrepartie, le Nouveau Front populaire promet d'assurer un accompagnement social et une autorisation de travailler pour les demandeurs d'asile, et instituer la carte de séjour de dix ans comme titre de séjour de référence. Il propose de créer un statut de déplacé climatique.

• Sur la guerre en Ukraine et à Gaza. Le texte affirme par ailleurs "défendre indéfectiblement" l'Ukraine. Avec cependant "des lignes rouges, notamment sur l'intervention militaire de troupes françaises au sol", a précisé Manuel Bompard sur RTL. Le texte condamne les "massacres terroristes" commis par le Hamas le 7 octobre et réclame "la libération de tous les otages". Il demande un "cessez-le-feu immédiat" dans le territoire palestinien et la reconnaissance d'un Etat palestinien. Il prévoit aussi une rupture avec le "gouvernement suprémaciste d'extrême droite de Nétanyahou" et un embargo sur les livraisons d'armes à Israël.

Sur la lutte contre les racismes. Que cela soit l'antisémitisme ou l'islamophobie, le programme promet de "donner à la justice les moyens" de poursuivre et de sanctionner les auteurs de propos ou actes racistes, islamophobes et antisémites. Il entend aussi instaurer un Commissariat à l'égalité doté d'un Observatoire des discriminations et de pôles spécialisés au sein des services publics et des cours d'appel. Alors que LFI est accusé d'avoir une posture ambiguë sur l'antisémitisme, le programme propose "un plan interministériel pour analyser, prévenir et lutter contre l'antisémitisme en France, notamment à l'école et contre ses effets sur la vie des populations qui le subissent."

Sur l'environnement. Le programme promet de faire voter une loi énergie-climat, de mettre en place un plan climat visant la neutralité carbone en 2050, et d'assurer l'isolation complète des logements en renforçant les aides pour les ménages. Le Nouveau Front populaire envisage également de revenir sur la fusion entre l'Agence de sûreté nucléaire et l'Institut de recherche sur la sûreté nucléaire. Ce projet, initié en 2023, avait été critiqué de toutes parts par des experts et associations.

Ruffin, Rabault... Des Premiers ministres potentiels

L'alliance de gauche n'a pas tranché sur la personnalité qui pourrait être Premier ministre en cas de victoire. "Nous nous sommes mis d'accord (...) c'est le groupe parlementaire qui aura le plus grand nombre de députés qui fera une proposition de nom pour la personne qui sera à Matignon", a expliqué Manuel Bompard, lors d'un micro tendu, après la conférence de presse.

Plusieurs membres de l'alliance ont toutefois fait part de leur intérêt pour Matignon. "Je m'en sens capable", a ainsi déclaré le député sortant de la Somme François Ruffin, sur France Bleu. "Nous sommes plusieurs. Bien sûr, j'en fais partie comme d'autres", a également avancé Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, sur RTL.

Le cas de Jean-Luc Mélenchon est particulièrement discuté. Il n'est pas "disqualifié" , a assuré Olivier Faure sur RMC. Ça  "ne sera pas Jean-Luc Mélenchon", a expliqué vendredi matin sur France Inter Raphaël Glucksmann, député européen Place publique. Il "faut une personne qui fasse consensus au sein des formations", a-t-il prévenu. Il a cité les noms de personnalités comme "François Ruffin, Valérie Rabault", et a précisé ne pas être candidat à ce poste.

Sur Sud Radio, l'insoumise Clémentine Autain a déclaré que "bien sûr", elle accepterait d'être Première ministre.  "Une candidature féminine au poste de Première ministre aurait beaucoup d'atouts !" a lancé la socialiste Valérie Rabault sur X.  

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