Coronavirus : l'article à lire avant de fabriquer et porter un masque en tissu

Alors que les autorités recommandent désormais le port du masque dans les lieux publics, de nombreux modèles de masques en tissu sont disponibles sur internet.

Une couturière confectionne des masques en tissu, à Septfonds (Tarn-et-Garonne), le 25 mars 2020.
Une couturière confectionne des masques en tissu, à Septfonds (Tarn-et-Garonne), le 25 mars 2020. (PATRICIA HUCHOT-BOISSIER / HANS LUCAS / AFP)

Rassurants, efficaces, ou inutiles, voire dangereux… Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, tout et son contraire a été dit au sujet des masques confectionnés à la main pour se protéger face au Covid-19.

>> Coronavirus : suivez en direct les dernières informations sur l'épidémie de Covid-19

Qu'en est-il réellement ? Pourquoi le discours officiel sur le port du masque a-t-il évolué ? Comment se procurer ou se fabriquer des masques en tissu ? Voici la réponse à vos questions.

Masques FFP2, chirurgicaux, alternatifs, en tissu... quelles différences ?

Chaque type de masque possède ses propres caractéristiques et s'adresse donc à un public différent, en fonction de l'exposition au virus. Les plus couramment utilisés par les soignants en milieu hospitalier, au contact des malades, sont les masques FFP2, qui filtrent environ 94% des particules d'environ 0,6 micromètre (0,0006 millimètre) présentes dans l'air inspiré. Ils sont donc efficaces pour se protéger des éventuelles projections (gouttelettes, postillons…) qui pourraient contenir le virus, mais sont aussi plus inconfortables à porter, et rendent la respiration plus difficile.

Les masques chirurgicaux, eux aussi réservés pendant l'épidémie aux personnels soignants, sont des masques anti-projection. Ils empêchent le porteur du masque de projeter des gouttelettes, mais n'empêchent pas l'inhalation de petites particules présentes dans l'air.

Face à la pénurie de masques FFP2 et chirurgicaux, dont la production a été entièrement réquisitionnée par l'Etat, le gouvernement a annoncé la production de nouvelles catégories de masques à destination des personnes en contact avec le public. Deux catégories de masques "alternatifs" ont été créées : l'une à destination des professionnels en contact avec le public (policiers, gendarmes, hôtesses de caisses…) qui filtrent au moins 90% des particules de 3 micromètres, l'autre pour les contacts occasionnels avec d'autres personnes dans le cadre professionnel, filtrant au moins 70% des particules de 3 micromètres. Une cinquantaine d'entreprises françaises ont d'ores et déjà reçu une homologation pour ce type de masques.

Reste enfin le dernier type de masque, celui que l'on fabrique soi-même avec du tissu, du fil à coudre et des élastiques. Ces masques ne font pas l'objet d'homologation et il est donc difficile de juger de leur efficacité. 

Le port d'un masque en tissu protège-t-il du coronavirus ?

L'efficacité des masques en tissu divise les spécialistes, mais ces derniers sont au moins d'accord sur un point : le masque en tissu ne permet pas de se protéger efficacement d'une contamination par un virus. Le port d'un tel masque n'est en revanche pas dénué d'intérêt pour continuer à freiner la propagation du virus, puisqu'il constitue quand même une barrière permettant de limiter les projections de gouttelettes.

"Beaucoup de gens pensent que porter un masque les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", explique à l'AFP le professeur KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Royaume-Uni). "Cela fonctionne si tout le monde en porte, et dans ce cas, un masque très basique suffit, car un bout de tissu peut bloquer les projections", estime-t-il.

Même si l'efficacité est sans doute imparfaite, c'est mieux que rien, plaident certains professionnels de santé. "Quel que soit le type du masque, c'est toujours beaucoup mieux que de ne pas avoir de masque. Le masque est vraiment l'outil barrière de protection le plus efficace disponible dans la vie quotidienne", expliquait à franceinfo le Dr Jacques Battistoni, président du syndicat de généralistes MG France.

Il s'agit donc d'un outil "altruiste", destiné à protéger les autres plutôt que soi-même, à utiliser en conscience. "Un masque artisanal peut être une fausse barrière, inciter à lever les distanciations sociales et donc risquer à nouveau une contagion", avertit tout de même Xavier Lescure, spécialiste en maladies infectieuses à l'hôpital Bichat, à Paris. 

Pourquoi le discours sur le port du masque a-t-il évolué ?

Pendant plusieurs semaines, le gouvernement et les autorités sanitaires ont répété que le port du masque par le grand public n'était pas conseillé, et exhortaient les personnes qui n'étaient pas malades à ne pas en porter. Depuis début avril, le ton a changé, en France et dans le reste du monde. "Si nous avons l'accès à des masques, nous encourageons effectivement le grand public, s'il le souhaite, à en porter, en particulier ces masques alternatifs qui sont en cours de production", a déclaré le directeur général de la santé Jérôme Salomon, vendredi 3 avril.

Pourquoi un tel revirement ? D'abord, parce que le port du masque systématique n'a jamais fait partie, en France, de la doctrine sanitaire. "Des travaux avaient montré par le passé que porter un masque en toute circonstance dans la rue n'était pas efficace, d'autres montraient qu'on avait intérêt à le porter. Cette discordance justifiait une attitude prudente", indique François Bricaire infectiologue et membre de l'Académie de médecine, interrogé par franceinfo.

Ces consignes initiales ont aussi été dictées par la pénurie de masques à laquelle la France est confrontée, et ce, afin d'assurer l'approvisionnement du personnel soignant. Pour la médecin et animatrice du "Magazine de la santé" Marina Carrère d'Encausse, les propos officiels sur l'inutilité supposée des masques pouvaient s'apparenter à un "mensonge" dit "pour une bonne cause".

Initialement très sceptique sur l'intérêt pour la population générale de porter un masque, l'Organisation mondiale de la santé a aussi fait évoluer sa position en fin de semaine dernière. "Nous devons réserver les masques médicaux et chirurgicaux au personnel en première ligne. Mais l'idée d'utiliser des masques recouvrant les voies respiratoires ou la bouche pour empêcher que la toux ou le reniflement projette la maladie dans l'environnement et vers les autres (...) n'est pas une mauvaise idée en soi", a déclaré le docteur Mike Ryan, expert en situations d'urgence à l'OMS, lors d'une conférence de presse.

Le port du masque va-t-il devenir obligatoire en France ?

Aucune décision n'a été prise à ce jour pour rendre obligatoire le port du masque dans l'espace public en France, mais plusieurs voix s'élèvent pour qu'une telle mesure soit prise dès la levée du confinement. "Il faudra rendre le port du masque obligatoire dès que le déconfinement aura lieu et que des gens seront plus nombreux dans l'espace public", selon Jean-François Mattei, président de l'Académie de médecine et ancien ministre de la Santé.

De nombreux spécialistes partagent cette analyse. "Pour se préparer à l'épisode suivant et ne pas être en retard, il faudra qu'il y ait une protection quand on va se remettre à marcher partout librement", juge Claude Got, professeur de médecine, spécialisé en santé publique, "parce qu'on ne va pas avoir immédiatement tous les tests sanguins qui permettent de savoir si on a été ou non contaminé par le virus". "Quand on sera déconfinés, le virus circulera encore et il faudra absolument se protéger pour ne pas risquer de le transmettre à des personnes qui n'ont pas été malades", assure François Bricaire.

Où s'en procurer, ou comment en fabriquer soi-même ?

Si les pharmacies doivent réserver leurs stocks de masques FFP2 et chirurgicaux aux professionnels de santé, certaines officines se préparent à commercialiser des "masques alternatifs". Partout en France, des initiatives se multiplient, avec des entreprises ou des bénévoles qui confectionnent des masques en tissu. 

Mais face aux difficultés pour trouver un masque, c'est encore le système D qui pourrait être le plus simple. Attention toutefois à ne pas utiliser n'importe quel morceau de tissu. Porter un foulard ou une écharpe autour de la bouche en guise de masque, par exemple, n'est pas conseillé. Sur internet, de nombreux tutoriels expliquent comment fabriquer son propre masque. Mi-mars, le CHU de Grenoble avait réalisé un mode d'emploi (destiné à son personnel) pour en confectionner un en cas de pénurie.

L'Association française de normalisation (Afnor), qui gère les normes et les certifications en France, a édité un guide pour fabriquer son propre masque, avec des schémas et des patrons, ainsi qu'une liste de matériaux à utiliser et à éviter. Attention, ce mode d'emploi qui s'adresse aussi bien aux professionnels qu'aux amateurs est très précis et nécessite quelques compétences en couture.

Comment bien utiliser un masque en tissu ?

Un masque, qu'il soit FFP2, chirurgical, alternatif ou fait maison avec du tissu nécessite une grande précaution d'utilisation. Comme l'indique l'Afnor, il doit être porté sur une peau nue, sans cheveux ni barbe, et doit bien recouvrir le nez et la bouche.

Afin d'éviter tout risque de contamination, il est nécessaire d'être extrêmement vigilant et de respecter les gestes barrières. A commencer par se laver les mains avant et après toute manipulation du masque. La face avant du masque ne doit par ailleurs jamais être touchée. Pour le manipuler, il est recommandé de ne toucher que les élastiques qui permettent de le maintenir. Si vous vous grattez le nez sous votre masque, vous pouvez le changer. Le porter sur le front ou sous le menton le temps de téléphoner ou fumer une cigarette le rend également inutile.

Peut-on réutiliser un masque déjà utilisé ?

Tout dépend du type de masque. Certains sont à usage unique, d'autres sont lavables plusieurs fois. Un masque souillé peut être lavé en machine à 60 degrés au minimum pendant 30 minutes. Le séchage doit en outre être particulièrement soigné. "Les masques doivent être séchés complètement, voire sur-séchés" moins de deux heures après le lavage, conseille l'Afnor. Le masque ne doit donc pas sécher à l'air libre, mais de préférence dans un sèche-linge.

La sélection de franceinfo sur le coronavirus

• Infographies. INFOGRAPHIES. Coronavirus : nombre de décès par département, âge des malades, réanimations… Visualisez l'évolution de l'épidémie en France et en Europe

• Décryptage. L'article à lire avant de fabriquer et porter un masque en tissu

• Pratique. Voici comment utiliser la nouvelle attestation numérique de déplacement, disponible sur mobile depuis lundi

• Enquête. Intermédiaires douteux, concurrence entre États... Comment le coronavirus a transformé l’Europe en Far West de l’équipement médical