Coronavirus : "Il faudra rendre le port du masque obligatoire dès que le déconfinement aura lieu", affirme le président de l’Académie de médecine

Jean-François Matteï explique que l'Adémie préconise aussi "le maintien des interdictions de rassemblements de plus de 100 personnes" ainsi que le "maintien en confinement de personnes fragiles".

Jean-François Matteï au Ministere de l\'education de la jeunesse et de la vie associative, le 13 décembre 2011.
Jean-François Matteï au Ministere de l'education de la jeunesse et de la vie associative, le 13 décembre 2011. (© JB LE QUERE / MAXPPP / MAXPPP)

"Il faudra rendre le port du masque obligatoire dès que le déconfinement aura lieu", affirme, vendredi 3, avril sur franceinfo  , président de l’Académie de médecine, qui préconise des mesures barrières renforcées pendant le confinement et en phase de sortie.

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L’ancien ministre de la Santé de 2002 à 2004, évoque un déconfinement "probablement dans les deux ou trois semaines qui viennent", et recommande également lorsque ce dernier interviendra "le maintien des interdictions de rassemblements de plus de 100 personnes" ainsi que le "maintien en confinement de personnes fragiles".
 
franceinfo: Rendre obligatoire des masques dont on sait qu’ils sont actuellement peu nombreux, n’est-ce pas problématique ?
 
Jean-François Matteï : Non, parce que nous ne parlons pas de la période actuelle, mais du déconfinement. Actuellement, le confinement est extrêmement strict. Il y a très peu de gens qui circulent. En gardant la distanciation sociale d'un mètre au minimum, et en gardant tous les gestes barrières, les dangers sont tout de même réduits. Mais il faut anticiper le déconfinement qui surviendra probablement dans les deux ou trois semaines qui viennent, mais ça ne se fera certainement pas de manière simultanée.
 
Comment devrait, selon l’Académie de médecine, se dérouler le déconfinement ?
 
Ça se fera selon les régions. On commencera à déconfiner les régions avec une courbe décroissante des nouveaux cas signalés, ceux qui connaissent  une diminution des cas graves dans les établissements de santé. Le problème, c'est qu'on ne peut pas déconfiner en comptant sur la sécurité des tests biologiques qui ne seront pas disponibles à grande échelle avant un moment. Leur fiabilité à brève échéance n'est pas encore totalement démontrée. Le déconfinement, selon l'avis de l'Académie de médecine, doit s'accompagner de mesures : le maintien des interdictions de rassemblements de plus de 100 personnes, le maintien en confinement de personnes fragiles. Il faudra aussi rendre le port du masque obligatoire dès que le déconfinement aura lieu et que des gens seront plus nombreux dans l'espace public.
 
Jusqu’à présent, les autorités expliquaient que les masques ne servaient qu’à ceux qui étaient malades. Mais vous dîtes qu’ils peuvent servir pour tout le monde ?
 
Vous savez, la médecine, c’est de l’apprentissage et de l’adaptation en permanence. Lorsqu'on se trouvait dans une pénurie de masques chirurgicaux, FFP2 et autres, destinés à des personnels prioritaires notamment dans les établissements de santé et pour les infirmières et médecins libéraux, on ne voyait pas comment recommander le port du masque pour la population puisqu’au début de l’épidémie, il n'y avait pas de stocks suffisant dans la durée. Mais maintenant, on a du recul. Il y a des tutoriels sur Internet qui expliquent comment faire des masques à la maison qui sont relativement efficaces. Alors évidemment, ça n'a pas la sécurité du masque chirurgical et encore moins du FFP2. Mais regardez en Asie, la plupart des gens dans la rue portent un masque ! Je pense que c'est une sécurité supplémentaire qu'il faut proposer à la population. Maintenant, quand vous sortez, et que vous allez déposer un courrier à la boite aux lettres ou acheter votre pain, le port d'un masque est de toute façon anti-projection. Et puis, ça vous rappelle que vous êtes dans une situation dans laquelle vous devez garder des distances et prendre des précautions. Non seulement ça a un effet physique, et ça a un effet de mémoire. J’ai un masque parce que je fais attention