Résultats des élections municipales 2020 : pour LR, deux revers historiques mais une grosse implantation dans les villes moyennes

Après un premier tour plutôt réussi, le parti de droite échoue dans les grandes villes, notamment à Bordeaux et Marseille. Mais il confirme son ancrage local dans un certain nombre de communes et réussit quelques belles prises.

Christian Jacob, le président des Républicains, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le 25 juin 2020. 
Christian Jacob, le président des Républicains, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le 25 juin 2020.  (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

L'opération reconquête a été moins bien réussie qu'espéré pour Les Républicains au second tour des municipales, dimanche 28 juin. Après un premier tour plutôt encourageant, le parti de droite essuie de sérieux revers en perdant deux bastions historiques, Bordeaux et Marseille, ravis par les écologistes. Sans surprise, LR échoue également à Paris, où Anne Hidago devance largement Rachida Dati.

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Le parti dirigé par Christian Jacob se maintient en revanche à Toulouse et dans un certain nombre de villes moyennes. Il parvient même à gagner quelques mairies, comme Lorient ou Arles. On "renoue avec la victoire", s'est félicité Christian Jacob sur le plateau de France 2, revendiquant la victoire de son parti dans "plus de la moitié des villes de plus de 9 000 habitants". "C'est de bon augure pour les élections sénatoriales, mais aussi départementales et régionales à venir", a-t-il pronostiqué.

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Mais Les Républicains n'ont pas conquis les électeurs des grandes villes, à commencer par la capitale, Paris, où Rachida Dati n'est pas parvenue, malgré une bonne campagne, à combler la distance qui la séparait de la maire sortante, Anne Hidalgo. La maire du 7e arrondissement ne recueille que 33,8% des voix (contre 48,7% pour sa rivale socialiste).

Des grosses défaites à Bordeaux, Lyon et Marseille

A Bordeaux, ancien fief d'Alain Juppé acquis à la droite depuis 1947 (avec l'élection de Jacques Chaban-Delmas), la défaite est encore plus amère. L'alliance avec la liste du candidat LREM Thomas Cazenave a-t-elle coûté son fauteuil au maire sortant, Nicolas Florian ? "C'est davantage LREM qui pâtit de ces alliances et il y a clairement une poussée verte dans les très grandes villes, où les résultats encourageants de LR au premier tour sont décevants au second", analyse pour franceinfo Stéphane Zumsteeg, directeur du département opinion d'Ipsos. Arrivé en tête de justice au premier tour avec 34,55%, talonné par l'écologiste Pierre Hurmic (34,38%) allié à la gauche, Nicolas Florian a ainsi vu l'écart se creuser au second tour (44,12% des voix pour le candidat LR, contre 46,48% pour son rival).

A Lyon, ville et métropole, les candidats Yann Cucherat (LREM) et François-Noël Buffet (LR) ont aux aussi échoué malgré l'alliance controversée entre Gérard Collomb, maire LREM sortant de Lyon, et Laurent Wauquiez, président LR de la région. Cet accord n'a pas permis de battre Grégory Doucet, le candidat EELV à Lyon, arrivé en tête avec 52,4% des voix, et Bruno Bernard à la métropole. "A Lyon, c'est avant tout la fin d'un cycle et un désaveu du maire sortant historique, Gérard Collomb", souligne Stéphane Zumsteeg.

Difficile d'en dire autant à Marseille, où la droite prend sans conteste une claque. Si le résultat global de l'élection n'était pas encore connu dimanche soir, Martine Vassal, héritière désignée du maire sortant Jean-Claude Gaudin, est battue dans son secteur (le 4e, qui regroupe les 6e et 8e arrondissements) par la candidate de la gauche Olivia Fortin. Martine Vassal siègera au conseil municipal, mais sa défaite dans ce secteur jugé imperdable par la droite, qui l'a toujours remporté au premier tour, affaiblit sa famille politique. La campagne de la candidate LR a été entachée par l'ouverture d'une enquête mi-juin sur de possibles fraudes aux procurations chez Les Républicains. 

Une razzia dans les villes moyennes

Au premier tour, le parti de Christian Jacob était déjà parvenu à se maintenir en bonne position dans la plupart de ses fiefs de taille moyenne, avec des victoires dans plusieurs villes arrachées à la gauche en 2014, comme Reims et Caen

Au second tour, le parti Les Républicains a profité de la prime au sortant et a réussi à garder Limoges (Haute-Vienne), ancien fief socialiste, où le maire sortant Emile Roger Lombertie obtient 58,96%. Même chose à Saint-Etienne (Loire), où Gaël Perdriau, en ballottage très favorable, récolte un peu moins de 59% des voix A Romans-sur-Isère (Drôme), Marie-Hélène Thoraval garde son fauteuil de maire sans difficulté avec 53,52% des voix et à Evreux (Eure), Guy Lefrand reste en poste avec 50,97%.

Deux grandes villes restent également fidèles au parti de droite : Nice et Toulouse. A Nice, Christian Estrosi, qui avait recueilli 47,6% dès le premier tour du scrutin, peut célébrer une confortable victoire avec 59,3% des suffrages au second tour. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc, le maire LR sortant soutenu par LREM, l'emporte avec un résultat plus serré : il obtient 51,98% des voix face à l'écologiste Antoine Maurice (48,01%), qui emmenait une large coalition de gauche.

Les candidats LR ont aussi bénéficié de la bérézina de La République en marche dans les villes où la majorité présidentielle s'est risquée à attaquer une municipalité sortante LR, comme à Nîmes (Gard), où Jean-Paul Fournier garde son fauteuil avec 41,96% des suffrages, ou Belfort, où Damien Meslot reste maire avec 56,93% des voix. A Orléans (Loiret), Serge Grouard a remporté la triangulaire avec 40,29% des voix, face au maire sortant Olivier Carré, soutenu par LREM (27,98%).

Et quelques belles prises

Fort de sa dynamique dans ce scrutin local, LR a même réussi à ravir plusieurs villes, comme Lorient (Morbihan), qui bascule à droite. Fabrice Loher, le candidat divers droite, remporte une quadrangulaire avec 35,34% des voix, devant la liste Union de la gauche de Damien Girard (32,83%). A Arles (Bouches-du-Rhône), l'ancien patron de France Télévisions, Patrick de Carolis, qui a bénéficié du soutien de LR au second tour, a remporté dimanche la mairie, tournant la page de dix-neuf ans de communisme dans la plus vaste commune de France.

La ville de Metz (Moselle) bascule également à droite, avec François Grosdidier, arrivé en tête avec 45,13% des voix devant le candidat écologiste Xavier Bouvet (44,24%). A Auxerre (Yonne), Crescent Marault sort gagnant (49,02%) du match serré face au maire sortant divers gauche Guy Férez (38,43%), malgré l'alliance de ce dernier avec la candidate EELV Maud Navarre. 

A Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), Guillaume Lepers tire son épingle du jeu avec 49,8% des voix, à l'issue d'une quadrangulaire face à deux candidats de gauche, dont le maire sortant, Patrick Cassany (PS), et le candidat du RN Etienne Bousquet-Cassagne. Enfin à Lisieux (Calvados), Sébastien Leclerc s'installe à la mairie à l'issue d'une triangulaire, avec 44,02% des voix.