Municipales 2020 à Paris : tout comprendre des enjeux du scrutin, même si vous étiez parti faire un tour du monde à vélo

Bilan de la maire sortante, mode de scrutin, présentation des programmes des candidats.... Franceinfo vous dit tout ce qu'il faut savoir des élections municipales dans la capitale. 

Vue aérienne sur Paris et la tour Eiffel, le 7 juillet 2019. 
Vue aérienne sur Paris et la tour Eiffel, le 7 juillet 2019.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

C'est la ville qui sera scrutée par tous les observateurs de la vie politique au soir des résultats des élections municipales. Paris, c'est bien sûr la ville symbole que tout parti politique rêve de décrocher. D'abord à droite, la capitale a basculé à gauche en 2001 avec Bertrand Delanoë. Sa première adjointe, Anne Hidalgo, lui a succédé en 2014. Une victoire pour la gauche dans une France pourtant repeinte aux couleurs de l'UMP cette année-là.

Avec l'arrivée de La République en marche dans le jeu politique, cette élection 2020 risque d'être encore plus embrouillée, et ce alors que le mode de scrutin n'est déjà pas simple. Mais, pas de panique, franceinfo vous résume tout ce qu'il faut savoir (surtout si vous êtes parisien). 

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Qui est la maire en place (et va-t-elle rester) ? 

On ne vous apprendra rien : c'est Anne Hidalgo qui occupe le fauteuil de maire depuis avril 2014. Première femme maire de Paris, celle qui était parfois surnommée "la petite inspectrice du travail" s'est imposée dans son camp comme successeure de Bertrand Delanoë. Après le retrait du député Jean-Marie Le Guen, Anne Hidalgo est en effet la seule à demander l'investiture socialiste en 2013. Elle doit pour autant convaincre qu'elle n'est pas seulement l'héritière de Delanoë. "J'ai pris ma part à ce grand réveil [de Paris]. Cela ne fait pas de moi une héritière", clame-t-elle, à un an des municipales, dans un entretien croisé avec son prédécesseur publié dans L'Obs. "Je souhaite plus que jamais qu'Anne soit différente de moi. Elle doit jouir d'une liberté totale pour inventer la suite", déclare de son côté l'ancien maire de Paris. 

Pari gagné (sans faire de mauvais jeu de mots). Anne Hidalgo remporte donc la mairie avec 53,3% des suffrages face à son adversaire de droite, Nathalie Kosciusko-Morizet (43,7%). Paris étant un département, elle est aussi présidente de la commission permanente du conseil départemental de la capitale. 

Pour les municipales de 2020, l'annonce de sa candidature était tout sauf une surprise. Prévue pour la fin de l'année 2019, elle est finalement repoussée, du fait de la contestation contre la réforme des retraites. Le 11 janvier, la femme politique qui a aussi la nationalité espagnole met fin au (faux) suspense. "Je veux continuer à transformer Paris, déclare au Parisien celle qui figurera sur la liste du 11e arrondissement. C'est cette ville que j'aime, qui me passionne, à laquelle je consacre une grande partie de ma vie." C'est sous la bannière de "Paris en commun" qu'Anne Hidalgo fait campagne, la dernière à Paris promet-elle. 

Qu'est-ce qu'on retient de son mandat ? 

C'est sans doute ce qui vient en premier dans les conversations lorsqu'on évoque le bilan d'Anne Hidalgo : la lutte contre la place de la voiture dans la ville. La piétonnisation des voies sur berges sur la rive droite de la capitale, annoncée dans Le JDD en octobre 2015, a notamment alimenté pendant de longs mois la chronique politique, médiatique et judiciaire, avec plusieurs recours déposés contre ce projet. En octobre 2018, l'ancienne inspectrice du travail remporte la bataille. Le tribunal administratif de Paris juge légal le second arrêté de piétonnisation des berges pris début mars par la mairie de Paris.  

Anne Hidalgo avait également promis de mettre le paquet sur la mobilité et les circulations douces. Sur ce point, le bilan est extrêmement mitigé. En cause : Autolib', qui a disparu, et les Vélib', qui ne sont plus ce qu'ils étaient. "Qualifié régulièrement de 'fiasco', le Vélib' a finalement été doublé par les opérateurs de free-floating [en libre-service] et principalement les trottinettes, sur lesquelles la ville a dû s'adapter en catastrophe. La moitié du plan vélo tel qu'il était prévu en 2014 a été réalisé", note 20 Minutes. 

En revanche, c'est mieux sur la question du logement, priorité d'Anne Hidalgo en 2014. Le journal 20 Minutes rappelle ainsi que cette dernière a fait construire 40 000 logements sociaux (elle promettait de construire 10 000 nouveaux logements, dont 7 500 à vocation sociale, par an). Concernant son bilan global, les Parisiens sont néanmoins partagés, selon un sondage Ifop pour le JDDPour 50% des personnes interrogées, la municipalité a accompli un "bon" (43% des sondés le disent) ou un "excellent travail (7%). Au contraire, 32% estiment que le bilan est médiocre et 18%, qu'il est mauvais.

Outre son bilan, Anne Hidalgo a été confrontée à plusieurs événements dramatiques, au premier rang desquels les attentats de janvier et novembre 2015 mais aussi l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Sur un plan plus personnel, elle a perdu, en septembre 2018, son fidèle lieutenant, Bruno Julliard, qui a démissionné avec fracas sur fond de désaccord politique. "De vifs désaccords d'orientation et de méthodes de gouvernance nous ont éloignés", critique-t-il dans Le MondeEnfin, note plus positive, l'élue a décroché l'organisation des Jeux olympiques 2024 dans la capitale française. 

Le logo pour les Jeux olympiques 2024 à Paris, dévoilé le 21 octobre 2019. 
Le logo pour les Jeux olympiques 2024 à Paris, dévoilé le 21 octobre 2019.  (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Et l'opposition, qu'est-ce qu'elle en dit ?

Sans surprise, pas beaucoup de bien. Les critiques contre Anne Hidalgo ont même pris un tour passionnel et très personnel durant son mandat. Un terme a été inventé pour désigner ce phénomène : le "Hidalgo bashing". Si les adversaires politiques d'Anne Hidalgo nient s'être adonnés à ce bashing (dénigrement), ils dénoncent cependant la "méthode Hidalgo". Philippe Goujon, le puissant et très installé maire LR du 15e arrondissement, pointe, par exemple, une maire "clivante", qui fait preuve d'"un certain autoritarisme et d'une certaine brutalité dans les décisions". Pierre Liscia, élu Libres! du 18e arrondissement, dépeint lui une édile "très idéologue", "qui n'a pas de ligne directrice" et qui "n'écoute personne d'autre qu'elle-même".

Du côté de La France insoumise, on est tout aussi sévère mais le choix des mots est différent. "Toute la démocratie participative impulsée par Anne Hidalgo s'est faite sur le secondaire et jamais sur l'essentiel, juge auprès de 20 Minutes Danielle Simonnet, seule conseillère d'opposition à gauche. Il faut changer de paradigme et accepter de créer de réels rapports de force et contre-pouvoirs."

Qui veut devenir maire à la place de la maire ? 

C'est là que ça se complique. Exit, comme au niveau national d'ailleurs, la traditionnelle opposition entre droite et gauche. Avec l'arrivée de LREM, les choses se corsent, et encore plus à Paris. Commençons d'abord à gauche. C'est un binôme qui a été choisi pour porter les couleurs de La France insoumise. L'ancien international de football Vikash Dhorasootête de liste dans le 18e arrondissement, et l'élue Danielle Simonnet, tête de liste dans le 20e arrondissement, se présenteront sous la bannière Décidons Paris !. Chez Europe Ecologie-Les Verts, le parti a investi en juin David Belliardchef de file du groupe Europe Ecologie-Les Verts au Conseil de Paris, sous la bannière L'écologie pour Paris. 

Du côté de LREM, la campagne a viré au cauchemar. Deux épisodes ont durablement traumatisé les équipes. Alors que le mouvement présidentiel a investi en juillet Benjamin Griveaux, un autre candidat a refusé de se désister en faveur de l'ancien porte-parole du gouvernement. Le député de l'Essonne Cédric Villani a choisi de se maintenir, une situation qui va semer le trouble pendant des mois et conduire le mouvement à exclure le mathématicien. Faute d'unité, LREM mise tout sur Benjamin Grivaux. Mais, le 14 février, tout s'écroule. L'ex-ministre annonce qu'il retire sa candidature après la diffusion, sur un site créé par l'activiste russe Piotr Pavlenski, de vidéos et messages à caractère sexuel qui lui sont attribués. En castastrophe, le parti présidentiel a dû se trouver un nouveau candidat. Après deux jours de rumeurs, c'est finalement Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui a accepté le challenge. En pleine crise du coronavirus, elle a démissionné, cédant sa place à Olivier Véran. 

France 3

Gaspard Gantzer, ancien conseiller com' de François Hollande, devait lui porter les couleurs de son mouvement Parisiennes, Parisiens. Mais, il a annoncé, le 20 février qu'il ralliait la campagne d'Agnès Buzyn, provoquant la colère d'une partie de ses équipes bien décidées à continuer sans lui.

A droite, c'est l'ancienne ministre de la Justice, Rachida Dati, qui portera les couleurs des Républicains. Après un début de campagne difficile, la maire du 7e a réussi à fédérer sa famille politique autour d'elle, à quelques exceptions près. Du côté du Rassemblement national, le parti de Marine Le Pen ne proposera pas de candidat "maison". Il soutient à la place la candidature de Serge Federbusch, juriste de profession et élu dans le 10e arrondissement de Paris. Ce dernier, qui se présentera cette fois dans le 19e, n'a pas exclu de "s'entendre" avec Rachida Dati au second tour. Enfin, le forain Marcel Campion est également candidat. Depuis des mois, il est en guerre contre la mairie de Paris, qui a décidé en 2017 de lui retirer l'autorisation d'installer un marché de Noël sur les Champs-Elysées. 

En bref, qui propose quoi ?

Anne Hidalgo assure que le socle de son projet et de son programme, "c'est l'écologie" mais aussi "la solidarité et la "construction de logements". La maire actuelle a également promis de rendre cyclables l'intégralité des rues de Paris d'ici à 2024 si elle est réélue. Rachida Dati veut, elle, "restaurer l'attractivité de Paris pour les familles", en mettant l'accent sur la sécurité et la propreté, dont elle promet de réorganiser les services. 

De son côté, Agnès Buzyn n'a pas repris la totalité des idées de Benjamin Griveaux, comme le déménagement de la gare de l'Est afin de créer un "Central Park parisien" ou l'apport immobilier de 100 000 euros. Elle défend un programme "avec un volet social et un volet vert plus appuyés" que celui de son prédecesseur. Les axes principaux de son projet ? La sécurité et la propreté. Cédric Villani propose, lui, de déplacer le trafic international de la gare du Nord, à Saint-Denis, en banlieue Nord. Le mathématicien a pour ambition de devenir le "premier maire écologiste de Paris", en réduisant les émissions de carbone, en protégeant la biodiversité et en contrôlant mieux les déchets.

Voilà qui plaira à David Belliard, qui souhaite, lui, "libérer" la capitale de la voiture. Comment ? En construisant un tramway pour relier les gares, en développant les zones piétonnes et les pistes cyclables. La liste de LFI prône, pour sa part, le "refus de la police municipale", milite pour "la baisse des loyers", "la réquisition des logements vides" et "l'extension des espaces verts en pleine terre". Le candidat du RN propose enfin de créer des "rondes citoyennes" pour sécuriser les quartiers, de supprimer les subventions aux associations d'aide aux migrants et de "rouvrir les voies sur berges" aux automobilistes.

Qui a ses chances d'être élu ?

Anne Hidalgo est quasiment toujours en tête des sondages, même si les estimations actuelles sont en deçà des résultats du premier tour de 2014 (34,4%). La maire sortante est donc en bonne position pour être réelue et recueille aux alentours de 24% selon deux sondages, un sondage Ipsos/Sopra Steria du 20 février et un sondage Ifop-Fiducial du 23 février. Mais, Anne Hidalgo doit se méfier de sa rivale de droite qui a enclenché une vraie dynamique. Rachida Dati talonne la maire sortante, en recueillant 22% des suffrages selon Ifop et 20% d'après Ipsos. Agnès Buzyn fait un peu mieux que les derniers sondages qui testaient Benjamin Griveaux. La candidate de LREM est créditée de 19% des voix selon les deux sondages précédemment cités. Suivent ensuite le candidat EELV, David Belliard (12% selon Ifop, 13% d'après Ispos), le mathématicien Cédric Villani (9% selon Ipsos et l'Ifop), et la candidate LFI Danielle Simonnet (6% selon l'Ifop et 5% d'après Ispos). 

france 2

Ici on vote par arrondissement, mais qu'est-ce que ça change ? 

Tout d'abord, rassurez-vous : si vous n'y voyez pas clair, c'est normal. Le mode de scrutin à Paris est complexe, tout le monde le reconnaît. Comme à Lyon et Marseille, la ville est découpée en secteurs électoraux. Jusque-là, c'était plutôt simple puisque ces secteurs électoraux correspondaient aux 20 arrondissements de la capitale. Mais les règles changent pour le scrutin de 2020 : les quatre premiers arrondissements fusionnent pour devenir le "Centre". Il n'y aura donc pas une élection parisienne mais 17 élections, dans chacun des secteurs et le "Centre". 

Le conseil municipal de Paris, le 17 novembre 2014. 
Le conseil municipal de Paris, le 17 novembre 2014.  (MAXPPP)

Comme dans toutes les communes de plus de 1 000 habitants, seules les listes qui obtiennent au moins 10% des suffrages pourront se maintenir au second tour. Au vu du paysage politique à Paris, cela pourrait donner lieu à des triangulaires, des quadrangulaires, voire des "pentagulaires" ! Dans tous les arrondissements, la liste qui obtient la majorité absolue au premier tour ou arrive en tête au second décroche d'emblée la moitié des sièges. Les autres sièges sont partagés à la proportionnelle avec les listes qui ont dépassé les 5% de voix, y compris celle qui est arrivée en tête. 

Le 22 mars, les Parisiens découvriront les visages des 527 élus qui les représenteront pendant six ans. Attention, 364 conseillers ne siègeront que dans leur arrondissement, les 163 autres participeront également au Conseil de Paris, où ils éliront le maire. Encore une fois, l'arrivée de LREM et la complexité des étiquettes politiques pourraient complexifier la chose. Cela fait dire à certains observateurs politiques qu'il pourrait y avoir "un troisième tour" à cette élection. Le maire ne sera connu qu'après des négociations, tractations et alliances entre les partis. 

Pour la petite histoire...

"En toute objectivité, si l'on examine tous les éléments mis à la disposition par la candidate : le parcours ; la détermination, mise en jeu depuis tant d'années ; le programme, coordonné avec succès ; l'expérience, acquise dans des fonctions municipales de haut niveau ; le souci de l'intérêt public, démontré par les actions passées ; la clarté du discours... Si l'on examine tout ça, pour moi tous les indices convergent et le bilan est clair : la meilleure, pour ce job, c'est Anne Hidalgo". Une petite idée de celui qui a prononcé cette phrase ? Eh bien, vous le retrouvez quelques lignes plus haut : c'est Cédric Villani. En 2014, le mathématicien n'est autre que... le président de soutien du comité d'Anne Hidalgo !