Cheminots, enseignants, infirmières... Pourquoi la réforme des retraites a été le déclencheur des colères

La contestation contre le projet du gouvernement s'ajoute aux revendications préexistantes sur les salaires ou les conditions de travail dans plusieurs professions.

A Toulouse, des syndicalistes réclament le retrait de la réforme des retraites, le 16 décembre 2019.
A Toulouse, des syndicalistes réclament le retrait de la réforme des retraites, le 16 décembre 2019. (ALAIN PITTON / NURPHOTO)

Elle cristallise les mécontentements. La réforme des retraites, qui doit fusionner les 42 régimes existants en un seul, a provoqué une grève reconduite depuis le 5 décembre dans plusieurs secteurs, notamment dans les transports. Mais l'inquiétude liée au futur système à points se conjugue avec des revendications préexistantes. Les policiers sont à ce jour les seuls à avoir eu gain de cause sur la réforme des retraites : ils conserveront finalement leur régime dérogatoire, a confirmé le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, aux syndicats, samedi 14 décembre. Mais chez les cheminots, les enseignants, les infirmiers, les routiers, la fronde reste d'actualité.

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Parce que les cheminots sont déjà échaudés par la mise en concurrence de la SNCF

A la SNCF, la réforme des retraites vient remettre en question l'âge de départ à la retraite d'une profession déjà bouleversée par le "nouveau pacte ferroviaire". Adoptée en 2018, cette loi prévoit la mise en concurrence de la SNCF à partir de 2020. Avec la réforme des retraites, les conducteurs de train ont le sentiment prégnant qu'on change pour eux les "règles du jeu à la mi-temps" alors que le statut de cheminot est voué à s'éteindre : à partir de 2020, plus aucun agent ne sera recruté avec ce statut. Interrogés, plusieurs d'entre eux se disent floués. Le départ à la retraite anticipé, expliquent-ils, vient compenser leurs nombreuses contraintes (horaires de nuit, travail le week-end et les jours fériés...) et leur vie familiale sacrifiée. C'est plus ou moins le même scénario qui se déroule à la RATP, avec l'ouverture à la concurrence des bus dès 2025.

 A lire pour mieux comprendre ce qui se joue à la SNCF : 
 >> Contexte Fin du monopole de la SNCF : comment la mise en concurrence va-t-elle se dérouler à partir de 2020 ?
>> Explication : Pourquoi les agents de la RATP se mobilisent-ils (autant) contre la réforme des retraites ?
>> Témoignages : "On ne se bat pas pour nous, mais pour tout le monde"

Parce que les enseignants exigent de meilleurs salaires

De l'aveu même de l'ancien haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, ils font partie des perdants de la réforme des retraites, si celle-ci ne s'accompagne pas de revalorisations salariales. C'est logique puisqu'avec le système unique à points, leur retraite ne sera plus calculée sur les six derniers mois, mais sur l'ensemble de leur carrière. Or les enseignants français sont plutôt mal payés par rapport à leurs collègues de l'OCDE. La question des retraites a donc débouché directement sur celles des salaires. Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer s'est engagé à revaloriser les revenus des professeurs, plus précisément leurs primes, mais peine à les convaincre qu'ils n'y perdront pas.

 A lire pour saisir la colère des professeurs :
>> Explication Pourquoi les enseignants ont le sentiment d'être les grands perdants de la réforme des retraites
>> Point de vue : Pourquoi les enseignants seront-ils massivement en grève le 5 décembre ?
>> Témoignage : "J'ai du mal à me projeter sans avoir d'inquiétude" : Christophe, enseignant, s'alarme de la réforme des retraites

Parce que le personnel hospitalier réclame toujours un plan d'urgence

Les plaies sont à vif dans un secteur hospitalier tendu à l'extrême. S'ils battent le pavé à chaque manifestation unitaire contre la réforme des retraites, c'est aussi pour dénoncer la crise au sein de l'hôpital public. Le mouvement de grève qui a débuté en avril dans les urgences de quatre hôpitaux parisiens a fait tache d'huile dans tous les secteurs de l'hôpital et dans toute la France.

Le 14 novembre, ils étaient des milliers de médecins, infirmiers, aides-soignants et internes des hôpitaux publics à défiler partout sur le territoire pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer un "plan d'urgence". Mardi 17 décembre, ils sont redescendus dans la rue pour faire entendre leurs revendications, malgré le "dégel" immédiat de 415 millions d'euros annoncé par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Les aides-soignantes et infirmières sont d'autant plus motivées qu'elles ont beaucoup à perdre avec la réforme des retraites, qui mettra fin aux départs anticipés à 57 ans à l'hôpital public, sans compensation dans la plupart des cas.

 A lire pour comprendre les revendications du personnel hospitalier :

>> Contexte : Crise à l'hôpital public : reprise de la dette, hausse du budget, primes... Ce qu'il faut retenir du plan annoncé par le gouvernement
>> Témoignages :
"Je veux que l'Etat comprenne que nous ne sommes pas des machines" : ils racontent pourquoi l'hôpital public est en état d'urgence
>> Récit : "Urgentiste, c'est une vie de fou" : immersion pendant 24 heures à l'hôpital de Martigues
>> Vidéo : Fuites d'eau, hygiène désastreuse, promiscuité... Ce service de réanimation en sous-sol met les patients en danger

Parce que les routiers se mobilisent aussi pour de meilleures conditions salariales

Là encore, la réforme des retraites a mis le feu aux poudres. Les routiers réclament non seulement le maintien du congé de fin d'activité, qui leur permet de partir à 57 ans et se trouve menacé par le projet de loi du gouvernement, mais aussi un 13e mois et une revalorisation des salaires. Quatre syndicats appellent à la grève. "On sait qu'il nous manque 50 000 personnes en France dans le transport et la logistique. Ces emplois ne sont pas pourvus. Si on veut les pourvoir, il faut qu'on forme des gens et qu'on rende les salaires plus attractifs", confie à France 3 Christophe Garat de la CFDT Routier.

 A voir pour comprendre les revendications des routiers :
>> Reportage : Des blocages pour réclamer de meilleurs salaires et un 13e mois
>> Témoignage : "Qu'on nous laisse ce que l'on a gagné" : les routiers se mobilisent aussi contre la réforme des retraites

La sélection de franceinfo sur la réforme des retraites

• Trains. Grève contre la réforme des retraites : la SNCF présentera vendredi l'intégralité de son plan de transport jusqu'au 24 décembre

• Social. Grève contre la réforme des retraites : qui revendique quoi parmi les syndicats ?

• Environnement. La grève contre la réforme des retraites a-t-elle un impact sur la pollution de l'air en Ile-de-France ?

• Et aussi. Grève contre la réforme des retraites : vis ma vie de voyageur en galère dans les transports ou sur les routes (en gifs)