Grève contre la réforme des retraites : qui revendique quoi parmi les syndicats ?

Les confédérations syndicales ont été reçues mercredi et jeudi à Matignon, pour de nouvelles négociations. L'occasion de faire le point sur leurs positions respectives sur la réforme des retraites.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, est reçu par le Premier ministre, Edouard Philippe, le 18 décembre 2019 à Matignon.
Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, est reçu par le Premier ministre, Edouard Philippe, le 18 décembre 2019 à Matignon. (THOMAS SAMSON / AFP)

Ils sont au centre du conflit sur la réforme des retraites, mais jouent chacun une partition différente. Reçus mercredi 18 et jeudi 19 décembre par le Premier ministre, les syndicats sont unis pour faire grève et refuser la formule proposée par le gouvernement. Cependant, de la CFDT à la CGT, ils n'ont pas du tout les mêmes positions à propos de l'épineux sujet des retraites et à propos d'une éventuelle trève de Noël.

Franceinfo fait le tour des principales organisations syndicales, qui seront de nouveau autour de la table des négociations.

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La CFDT

Son dirigeant. Laurent Berger, secrétaire général depuis 2012.

Sa position sur la réforme. Favorable à la retraite par points depuis 2010, le syndicat dit "réformiste" aurait pu être un allié du gouvernement. Mais la décision d'introduire une mesure d'âge, l'âge pivot à 64 ans, a poussé la CFDT dans le camp des grévistes. "Pour la CFDT, il faut d'abord renoncer à cet âge d'équilibre, qui est profondément injuste, qui va demander très vite à des gens qui avaient cotisé toute leur carrière de travailler plus longtemps, dès 2022", a déclaré Laurent Berger lundi 16 décembre sur franceinfo. Le leader syndical attend également des discussions sur le "contenu de la réforme, notamment en termes de pénibilité et de retraite progressive".

Son approche de la grève. La CFDT est favorable à une trève dans les transports pour Noël. "Le pays est suffisamment sous tension, sous capacité d'avoir des logiques d'affrontements, il ne faut pas en rajouter. Je souhaite que les citoyens puissent se rendre là où ils veulent pour Noël et donc je pense qu'il faut une trêve", estime Laurent Berger. Jeudi 19 décembre, la CFDT-Cheminots, quatrième syndicat à la SNCF, a annoncé qu'elle consulterait "ses instances vendredi matin" pour prendre une décision.

La CGT

Son dirigeant. Philippe Martinez, secrétaire général depuis 2015.

Sa position. La centrale est opposée à la réforme depuis le début, refusant tout régime universel par points et toute suppression des régimes spéciaux. La CGT propose de longue date autre chose "pour améliorer le système actuel, le meilleur au monde" : la retraite à 60 ans et la prise en compte des dix meilleures années. Ce projet coûterait "près de 100 à 120 milliards d'euros sur une dizaine d'années", assure Philippe Martinez.

Leur approche de la grève. Mobilisée depuis le 5 décembre, la CGT a une approche plus radicale du mouvement : pas de trève de Noël, blocage de raffineries ou coupures d'électricité dans certaines villes. "La grève continue (...) Deux actions sont programmées : le Noël des grévistes et des rassemblements le 28 décembre", a annoncé jeudi 19 décembre Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, dont l'organisation représente environ un tiers des conducteurs de train.

L'Unsa

Son dirigeant. Laurent Escure, secrétaire général depuis 2019.

Sa position. Classé parmi les syndicats "réformistes", l'Unsa, puissant à la RATP et à la SNCF, est cette fois-ci opposé à la réforme. Comme la CFDT, le syndicat ne veut pas entendre parler d'un âge pivot fixé à 64 ans. Mais pas seulement. "Il manque des garanties pour des secteurs très touchés par la réforme. Le compte n'y est pas sur la pénibilité ou l'aménagement des fins de carrière", a estimé Laurent Escure sur France 2 mardi 17 décembre.

Son approche de la grève. Mobilisé depuis le 5 décembre, l'Unsa a rejeté la responsabilité des pertubations de Noël sur le gouvernement. "Personne n'a envie que Noël soit perturbé : ni les grévistes, ni les salariés, ni les Français qui ont envie d'avoir un moment en famille. Mais le gouvernement est grandement responsable", a affirmé sur France 2 le numéro un de l'Unsa, Laurent Escure. Jeudi 19 décembre, ce dernier a appelé à une "pause" à la SNCF pour les vacances scolaires. L'Unsa ferroviaire représente 7,5% des conducteurs et contrôleurs.

Force ouvrière

Son dirigeant. Yves Veyrier, secrétaire général depuis 2018.

Sa position. FO réclame le maintien des 42 régimes de retraite et refuse tout recul de l'âge de départ. "Il faut que le président mette sa très mauvaise idée de côté, on a un système qui fonctionne", assure Yves Veyrier.

Son approche de la grève. Vendredi 20 décembre sur France 2, Yves Veyrier a été très clair : "Il n'y a pas de pause ! Nous avons appelé dès maintenant à continuer de réunir les salariés, les assemblées générales et à soutenir ceux qui sont en grève".

La CFE-CGC

Son dirigeant. François Hommeril, président depuis 2016.

Sa position. Rarement du côté des opposants, le syndicat des cadres s'est, cette fois-ci, pleinement mobilisé contre la réforme. "Tout le monde y perdra", estime François Hommeril. "Je suis toujours aussi étonné qu'on s'accroche à une réforme (…) alors qu'en vérité tout le monde est contre (…) Cette réforme ouvre des gouffres d'incertitudes", a-t-il confié sur franceinfo après le début de la grève.

Son approche de la grève. Peu adepte des manifestations, la CFE-CGC a pourtant rejoint depuis le 5 décembre l'intersyndicale menée par la CGT et FO.

La CFTC

Son dirigeant. Cyril Chabanier, président depuis novembre 2019.

Sa position. Sur le papier, la CFTC est favorable à la retraite par points, parce qu'elle juge le système actuel "loin d'être juste". Mais, comme la CFDT, c'est la question de l'âge pivot qui pose problème, même si le syndicat n'est pas "complètement" opposé à cette idée. "La philosophie globale nous va bien, ce sont les modalités qui ne nous conviennent pas. Nous avions demandé que personne ne soit touché avant 2025, on voit que dès 2022 des personnes seront touchées. Cet âge pivot, on peut en discuter, c'est pas complètement là où se situe la ligne rouge, mais on ne peut pas arriver avec un projet clé en main" sans négociations, a estimé mercredi 18 décembre Cyril Chabanier sur franceinfo.

Son approche de la grève. Présent dans les cortèges, le syndicat chrétien était favorable à une pause pour Noël et avait demandé, comme l'indique L'Express, que "les fêtes de Noël soient laissées tranquilles".

Solidaires

Ses dirigeants. Eric Beynel et Cécile Gondard-Lalanne, codélégués généraux.

Sa position. L'Union syndical Solidaires demande, comme la CGT, le retrait de la réforme. "Ni amendable ni négociable : retrait !", proclame l'organisation sur les réseaux sociaux. "Quelques mesurettes ne viendront pas compenser la paupérisation de l'ensemble des retraité-es, les inégalités femmes-hommes, ou la fin des régimes spécifiques", avait réagi le syndicat après les annonces d'Edouard Philippe la semaine passée.

Son approche de la grève. Dans un communiqué diffusé le 11 décembre, le syndicat appelle à "accentuer la pression, multiplier les manifestations et généraliser la grève afin d'obtenir le retrait de cette réforme". Jeudi 19 décembre, SUD-Rail a indiqué qu'il allait "entretenir le mouvement avant les temps forts de la rentrée". L'organisation représente environ un tiers des conducteurs de train et plus de 25% des contrôleurs.

Le Medef

Son dirigeant. Geoffroy Roux de Bézieux, président depuis 2018.

Sa position. Le syndicat patronal veut rétablir l'équilibre budgétaire du système des retraites et est favorable à l'allongement de la durée de travail. Il défend la nécessité d'un âge pivot à 64 ans. Pour le Medef, le projet de réforme constitue un "bon équilibre".

Son approche de la grève. Geoffroy Roux de Bézieux a estimé lundi 16 décembre dans une lettre ouverte à ses adhérents qu'"il est temps de mettre un terme aux blocages". "L'esprit de responsabilité de chacun doit l'emporter pour renouer le dialogue et rétablir une activité normale dès cette semaine", estime l'organisation.

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