Réformateur, autoritaire, flambeur... Mohammed Ben Salmane, le prince saoudien aux multiples visages

Le monarque de 32 ans est en voyage officiel depuis dimanche à Paris. Réformateur de l'Arabie saoudite, il est aussi décrié pour son rôle dans la guerre au Yémen et sa purge dans son propre royaume. 

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane à Riyad, en Arabie saoudite, le 26 novembre 2017.
Le prince héritier Mohammed Ben Salmane à Riyad, en Arabie saoudite, le 26 novembre 2017. (BANDAR AL-JALOUD / SAUDI ROYAL PALACE / AFP)

Sa visite officielle à Paris fait grincer les dents. Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane est visé par une plainte déposée par une association yéménite pour son rôle dans la guerre au Yémen, comme le révèle franceinfo mardi 10 avril. Le prince de 32 ans, surnommé "MBS", tente malgré tout de persuader les Occidentaux d'accompagner son mouvement d'ouverture et de modernisation du royaume. Voici dix choses à savoir sur ce monarque controversé. 

Il a pris les pleins pouvoirs à 32 ans

Il est nommé le 22 juin 2015 par le roi Salman, son père, monté sur le trône à l'âge de 79 ans et à la santé chancelante. Fils préféré, Mohammed Ben Salmane  prend immédiatement les pleins pouvoirs. Il cumule les fonctions de vice-Premier ministre, ministre de la Défense et président du Conseil du développement économique.

Il veut en finir avec la dépendance de son pays à l'or noir

C'est son premier chantier : "Nous avons tous une dépendance maladive vis-à-vis du pétrole en Arabie saoudite, ce qui est dangereux", estime le prince héritier. L'or noir représente aujourd'hui 50% des richesses du royaume. Mohammed Ben Salmane a donc lancé un plan de 2 000 milliards de dollars pour investir partout, sauf dans le pétrole… Il veut notamment développer l'énergie solaire et produire 10% de l'électricité du pays à partir d'énergies renouvelables d'ici à 2023.

Il a fait embastiller 200 personnalités du royaume

Par ses réformes, Mohammed Ben Salmane n’hésite pas à engager le fer avec les milieux religieux les plus conservateurs et les milieux les plus fortunés du pays. Le prince peut être brutal. Il a ainsi engagé une lutte féroce contre la corruption, et a enfermé 200 personnalités de premier plan du royaume, princes de sang et milliardaires, dont certains dans un hôtel de luxe, le Ritz-Carlton, à Riyad, comme l'explique La Tribune. Ces personnages de haut rang ont dû payer des milliards de dollars pour recouvrer la liberté. 

Il a lancé un projet pharaonique de ville high-tech, NEOM 2030

Son objectif : accueillir les cerveaux du monde entier. La zone économique qu'il envisage de créer, appelée NEOM 2030, est le projet de la démesure, avec un territoire de 26 000 kilomètres carrés, grand comme la Bretagne, situé au bord de la mer Rouge. Cette mégalopole ultra-futuriste surgirait de cette zone, aujourd'hui désertique. Le budget : 500 milliards de dollars. À ce stade, il n'existe aucune maquette, rien de concret, mais Riyad promet la première phase pour 2025.

Il autorise les femmes à conduire et à entreprendre

L'Arabie saoudite était le seul pays au monde à interdire à la moitié de sa population adulte de prendre le volant. MBS a mis fin à cette exception en septembre dernier, autorisant les femmes à prendre le volant. Elles peuvent aussi créer leurs propres entreprises, sans avoir besoin d'un tuteur masculin. Elles ont également pu assister à match de football au stade de Jeddah et à un concert exclusivement féminin à Ryad. 

Les femmes doivent toutefois toujours avoir l'autorisation d'un homme pour sortir, travailler, se marier, ouvrir un compte en banque et se faire ausculter par un médecin...

Il fait rouvrir les cinémas et tolère les concerts (tout en interdisant d'y danser)

Le premier cinéma du pays doit ouvrir à Ryad le 18 avril, quelques mois après la levée de l'interdiction frappant ce secteur depuis plus de trois décennies. Le géant américain AMC Entertainment, désigné pour l'exploitation des salles, devrait ouvrir 40 cinémas dans 15 villes saoudiennes au cours des cinq prochaines années.

MBS a aussi réautorisé les concerts. Mais sous certaines conditions : lors du concert du chanteur égyptien Tamer Hosny à Jeddah, il était "interdit de danser ou de se trémousser".

Il veut ouvrir son royaume au tourisme

Une autre révolution va bientôt secouer le royaume : des dizaines de sites historiques, dont des ruines à Riyad, vont pouvoir être visitées par les touristes. L'Arabie saoudite va distribuer des visas par milliers. Jusqu'à présent, seuls les pèlerins allant à La Mecque se voyaient accorder des visas.

Il est accusé d'avoir sciemment attaqué des civils au Yémen

Depuis le début de la guerre contre les rebelles houthistes au Yémenen 2015, l’Arabie saoudite aurait déployé 150 000 militaires et une centaine d’avions de combat dans le pays. L’intervention de la coalition militaire, menée par Riyad, a déjà fait plus de 10 000 morts et 50 000 blessés.

Selon l’avocat pénaliste français Joseph Breham, qui représente l'association yéménite de défense des droits de l’homme à l'origine d'une plainte contre Mohammed Ben Salmane, l’héritier du trône est accusé d’avoir sciemment pris pour cible des populations civiles.

Il s'est offert le "Salvator Mundi", le tableau le plus cher du monde

Mohammed Ben Salmane est l'acquéreur du tableau de Léonard de Vinci Salvator mundi (Sauveur du monde), vendu 382 millions d'euros le 15 novembre à New York, selon le Wall Street Journal (en anglais) et le New York Times (en anglais). Il aurait eu recours à un intermédiaire pour acheter cette œuvre, qui est exposée au Louvre Abou Dhabi.

Il a acheté le Château Louis XIV, "la maison la plus chère au monde", dans les Yvelines

MBS est le mystérieux acquéreur du Château Louis XIV, la demeure la plus chère au monde, construite en 2011 sur la commune de Louveciennes (Yvelines). La luxueuse propriété a été achetée pour 275 millions d'euros en septembre 2015. Rien n'avait à l'époque filtré sur le nom du nouveau propriétaire, si ce n'est qu'il était "du Moyen-Orient".