L'article à lire pour faire face à la vague de "froid glacial" qui frappe la France

L'Hexagone va sérieusement grelotter cette semaine, avec les températures attendues les plus froides de l'hiver. On vous explique tout de cette vague de froid qui nous vient de Russie.

Vague de froid, à Paris, le 19 janvier 2017.
Vague de froid, à Paris, le 19 janvier 2017. (MAXPPP)

Il fait froid, en plein hiver. Jusqu'ici, rien d'anormal. Mais depuis dimanche 25 février, c'est un "froid glacial" qui s'est installé en France, selon Météo France, avec les températures les plus basses de l'hiver en début de semaine, suivies par de nouvelles chutes de neige, à partir de mercredi ou jeudi. Le mercure risque de tomber à -25°C en montagne et -10°C en plaine, et ce pendant une bonne semaine. Préparez-vous !

A quelles températures faut-il s'attendre ?

Après un mois de janvier historiquement doux et un début février froid et neigeux, un froid modéré s'est installé depuis quelques jours sur le pays, avec des températures de 3 à 7 degrés en dessous des normales de saison. Ce n'est pas cela, une vague de froid, selon Météo France. "Il faut une période d'au moins trois jours avec des températures moyennes en dessous de zéro", explique Olivier Proust, prévisionniste, à franceinfo.

Des masses d'air froid intenses venues de Sibérie vont arriver sur l'Est dimanche après-midi, avant de se propager au reste du pays. En début de semaine, "il y aura de fortes gelées sur l'ensemble du territoire", prévient-il.  De lundi à mercredi, Météo France prévoit ainsi des minimales de -6°C à -10°C sur une grande moitié est (hors Méditerranée, entre 0°C et -4°C) et de -2°C et -6°C sur l'Ouest, des températures inhabituelles aussi tard dans la saison. "C'est sans doute toute la moitié nord de la France qui va être la plus touchée. On s'attend à ce qu'il n'y ait pas de dégel dans tout le nord et l'est de la France", prévoit encore Olivier Proust. 

Des vents de Nord-Est "soutenus", avec des rafales de 50 à 60 km/h dans l'intérieur des terres, associés aux basses températures, donneront "un ressenti vraiment glacial". Sur la moitié nord de l'Hexagone, le froid pourrait durer au moins jusqu'à dimanche prochain.

Est-ce qu'on pourra faire des batailles de boules de neige ?

Le froid qui arrive est plutôt sec. Il ne devrait donc pas neiger en début de semaine. Mais "la confrontation de masses d'air pourrait très bien provoquer un épisode neigeux en fin de semaine prochaine", selon Olivier Proust. Difficile toutefois d'estimer s'il neigera assez pour faire des bonshommes, des batailles de boules de neige ou semer la pagaille sur les routes d'Ile-de-France.

C'est d'abord la partie sud de la France, y compris les zones littorales, du Sud-Ouest à la Côte d'Azur, puis le Massif central et la vallée du Rhône qui devraient être concernés par la neige, à partir de mercredi, selon Emmanuel Demaël, prévisionniste chez Météo France, interrogé par l'AFP. Le lendemain, la neige va remonter plus au Nord. "Ça demande encore à être affiné, mais on risque d'avoir un épisode neigeux conséquent sur une grande partie du pays jeudi et vendredi", a indiqué le prévisionniste.

Pourquoi va-t-il faire si froid ?

C'est un phénomène appelé "Moscou-Paris" : des masses d'air froid intense vont se propager depuis la Sibérie, en passant par la Scandinavie, pour arriver sur l'Europe occidentale. Cet air sibérien doit s'installer dimanche après-midi sur le quart nord-est de la France, avant de "s'engouffrer sur le pays lundi et mardi", annonce Emmanuel Demaël à l'AFP.

Et ce froid russe, d'où vient-il ? Directement de l'Arctique. Souvenez-vous du "vortex polaire", qui a congelé le Canada et les Etats-Unis, en décembre dernier. Ce vortex est un tourbillon d'air froid qui tourne autour du pôle Nord. Il arrive que ce vortex se déforme, se disloque. "De cette désorganisation naît une situation (...) qui ramène une masse d'air très froide en provenance directe de Russie", explique la RTBF. Ce n'est donc pas directement le vortex polaire qui nous arrive, mais le résultat de sa déformation, qui pousse de l'air très froid sur la Russie, puis sur l'Europe.

Je n'ai pas bien compris cette histoire de "température ressentie". Vous m'expliquez ?

La température indiquée par les cartes des bulletins météo est mesurée sous abri, par un thermomètre placé à 1,5 m du sol. Mais la perception des températures par le corps humain varie d'une personne à l'autre et selon les conditions atmosphériques. "Ainsi, à température donnée, la sensation de froid est plus vive en présence de vent que par temps calme", explique Météo FranceLe corps humain s'isole naturellement contre le froid grâce à une fine couche d'air chaud, retenue par les poils. En cas de vent, cette couche isolante est continuellement balayée. Conséquence : la peau perd sa protection et se retrouve exposée à la température ambiante et donc à la sensation de froid.

La semaine prochaine, il faudra "enlever au moins cinq degrés aux températures affichées par les thermomètres" pour obtenir la température ressentie, précise Emmanuel Demaël à l'AFP. Avec un vent moyen attendu de 20 à 30 km/h et des rafales entre 50 à 70 km/h, les températures ressenties pourront aller jusqu'à "-15°C à -17°C en plaine, et au moins -25°C en montagne", détaille-t-il.

>> Avec la vague de froid, la température ressentie va descendre jusqu'à -25 °C. Mais ça veut dire quoi au juste ?

Qu'est-ce que je risque avec des températures si glaciales ?

Un petit coup de vent froid et vous commencez à frissonner. Ces contractions musculaires incontrôlées sont déclenchées par l'hypothalamus, dans votre cerveau, qui fait office de thermostat. Elles servent à faire remonter la température de votre corps. Mais ce n'est pas la seule conséquence du froid sur votre organisme. Votre rythme cardiaque accélère, votre sang se dirige en priorité vers les parties vitales, au détriment des extrémités, vos lèvres se dessèchent… Notre infographie vous explique tous ces changements que le froid provoque dans le corps humain.

 Les effets pervers du froid sur le corps.
 Les effets pervers du froid sur le corps. (VINCENT WINTER / FRANCEINFO)

>> INFOGRAPHIE. La vague de froid vous fait déjà grelotter ? Voici les effets des températures glaciales sur votre corps

Comment se protéger au mieux ?

"Se couvrir et bien manger" sont les deux choses les plus importantes. C'est l'explorateur et médecin Jean-Louis Etienne, premier à atteindre le pôle Nord en solitaire en 1986, qui l'explique à franceinfo. Il conseille de "mettre des couches de vêtements plus amples", tel un rouge-gorge qui gonfle ses plumes afin d'emprisonner de l'air sous son plumage. "Nous devons faire pareil, il faut multiplier les couches de vêtements parce que l'isolant, c'est l'air", assure l'explorateur. "Surtout, il faut mettre à l'extérieur un vêtement coupe-vent", insiste-t-il.

Toujours selon ce spécialiste, il faut privilégier les aliments gras. Ne vous gênez pas pour reprendre de la tartiflette, dimanche. En revanche, "l'alcool est un piège". "Quand on a bu, on a tendance à être rouge un petit peu, parce que ça amène le sang à la périphérie, sous la peau. Et donc vous avez ce sentiment d'être chaud, parce que la température que vous percevez avec cet afflux de sang vous donne le sentiment d'avoir chaud. En fait, vous allez vous refroidir très vite parce que vous exposez la peau au grand froid", précise encore Jean-Louis Etienne.

>> Peur d'être gelé ? L'explorateur Jean-Louis Étienne vous donne ses conseils pour affronter la vague de froid

Pourquoi l'air est-il pollué alors que le ciel est si bleu ?

Ce grand soleil, on ne l'avait pas vu depuis des semaines. C'est vrai, mais ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour nos poumons. Les pics de froid sont des périodes propices aux pics de pollution, surtout dans les grandes villes. "L'air est plaqué au sol par l'anticyclone, il n'y a plus de mélanges, donc la production de polluant local reste là", explique à franceinfo Gilles Aymoz, chef du service bâtiment à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

En ville, "la production de polluants liée au trafic automobile, à l'agriculture à proximité et au chauffage reste, elle ne se disperse pas"L'air des campagnes n'est pas épargné pour autant, car la combustion de bois est l'une des principales responsables de l'émission de particules fines

>> Avec l'arrivée de la vague de froid, "une période propice aux pics de pollution" s'ouvre

Est-ce que je peux ne pas aller travailler à cause du froid ?

Gelures, hypothermie, crampes, assoupissement... Ces symptômes que le froid peut engendrer peuvent altérer la dextérité des travailleurs et ainsi augmenter les risques d'accident. Pourtant, dans le Code du travail, il n'existe pas de seuil de température minimum en dessous duquel un salarié peut exiger de ne pas travailler, même en cas de travail en extérieur (BTP, transport…).

Mais l'employeur a tout de même la charge de protéger la santé de ses salariés : les informer sur les risques, les former aux premiers secours, prévoir des vêtements adaptés aux conditions climatiques, aménager les temps de travail et de pause, fournir un local de repos chauffé et des boissons chaudes. Si un employeur n'a pas rempli ses obligations, le travailleur peut exercer son droit de retrait.

En cas de neige, il peut aussi être légal de ne pas se rendre au travail, surtout si les routes sont impraticables et les transports en commun à l'arrêt. Il est tout de même nécessaire de prévenir son employeur, afin de ne pas se voir reprocher une absence injustifiée.

Que prévoient les autorités pour les sans-abri ?

Ils sont environ 3 000 à dormir dehors, à Paris, cet hiver. Sans compter les dizaines de milliers d'autres personnes sans domicile, selon la fondation Abbé Pierre, qui survivent dans toute la France. Le plan "grand froid" a été réactivé, mercredi, dans 29 départements, puis étendu à 37 autres "afin d’ouvrir de nouvelles places et renforcer la veille sociale et les maraudes", ont annoncé, vendredi, Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, et Julien Denormandie, secrétaire d’Etat auprès du ministre, dans un communiqué.

Le plan grand froid permet en effet d'intensifier les maraudes, de renforcer les équipes du 115, d'allonger les horaires d'ouverture des accueils de jour et de nuit et d'ouvrir des places supplémentaires. Au total, 149 000 places d’hébergement d'urgence sont ouvertes et financées par l'État en France. En Ile-de-France, le nombre de places supplémentaires dans le cadre de ce plan est de 1 949, dont 1 253 places à Paris. Ces places s'ajoutent aux 3 928 ouvertes dans le cadre du plan hiver depuis le 1er novembre.

J'ai compris qu'il allait faire froid, mais j'ai eu la flemme de tout lire. Vous me faites un résumé ?

A partir de dimanche et surtout lundi, la France s'attend à connaître les températures les plus froides de l'hiver, à cause du phénomène "Moscou-Paris". Le mercure va descendre à -10°C en plaine mais, à cause du vent, la température ressentie risque même d'atteindre -15°C ou -17°C, et ce jusqu'à la fin de la semaine. Le plan grand froid a été activé dans 37 départements, afin de faciliter la mise à l'abri des personnes sans domicile, particulièrement vulnérables.