Peur d'être gelé ? L'explorateur Jean-Louis Étienne vous donne ses conseils pour affronter la vague de froid

Le médecin aventurier Jean-Louis Étienne a indiqué vendredi sur franceinfo qu'il fallait privilégier les vêtements amples pour se couvrir du froid et éviter de boire de l'alcool.

L\'explorateur Jean-Louis Étienne en mars 2010, dans les Alpes.
L'explorateur Jean-Louis Étienne en mars 2010, dans les Alpes. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Une vague de froid venue de Russie s'apprête à traverser la France dès la semaine prochaine. Les prévisionnistes annoncent un froid glacial dès lundi 26 février sur tout le pays. Le thermomètre devrait descendre jusqu'à -5 et -10°C, mais dans certaines régions, par exemple dans le Jura, les "températures ressenties" pourraient tomber à -25°C. Jean-Louis Étienne, explorateur et médecin était invité vendredi sur franceinfo. L'aventurier qui a été le premier à atteindre le Pôle Nord en solitaire en 1986 a donné quelques conseils pour se prémunir du froid. 

franceinfo : Quels sont les effets de ce froid glacial quand on n'a pas l'habitude ? Que se passe-t-il dans notre corps quand il fait froid ?

Jean-Louis Étienne : Avec ou sans habitude, on a tous un corps chaud. Un corps à 37 degrés. C'est beaucoup et cette température il faut la garder, la maintenir. Notre corps ne peut pas fonctionner en dehors de 37 degrés. Et donc, quand il fait très froid, il y a deux choses à faire : se couvrir et bien manger. Se couvrir, c'est essentiellement mettre des couches de vêtements plus amples. Regardez ce que fait le rouge-gorge : il gonfle ses plumes. Pourquoi ? Parce qu'il emprisonne de l'air sous son plumage. Nous devons faire pareil, il faut multiplier les couches de vêtements parce que l'isolant c'est l'air. Il ne faut pas mettre des vêtements qui vont vous serrer, au contraire, et surtout il faut mettre à l'extérieur un vêtement coupe-vent. Parce que le vent accélère notre refroidissement. Se mettre à l'abri du vent c'est fondamental.

Quel aliment faut-il privilégier ?

Le corps est bien fait. En été on mange des salades, des fruits, des légumes, des choses légères. En hiver, on a davantage besoin de choses plus consistantes comme les tartiflettes, le cassoulet, les daubes... Parce que c'est plus riche en corps gras. Les graisses amènent neuf calories au gramme alors que les sucres amènent quatre calories au gramme. Donc, on a ce qu'on appelle "la faim des graisses". C'est très décrit dans les explorations polaires, je l'ai connue, quand vous êtes confrontés au froid en permanence, vous avez un appétit pour les corps gras.

Pas d'alcool en revanche, c'est bien ça ?

L'alcool est un piège. Parce que l'alcool fait ce qu'on appelle une vasodilatation périphérique. Je m'explique : quand on a bu on a tendance à être rouge un petit peu, parce que ça amène le sang à la périphérie, sous la peau. Et donc vous avez ce sentiment d'être chaud, parce que la température que vous percevez avec cet afflux de sang, vous donne le sentiment d'avoir chaud. En fait, vous allez vous refroidir très vite parce que vous exposez la peau au grand froid. C'est comme ça souvent que meurent les alcooliques qui dorment dehors. Ils ont beaucoup bu et le matin on les retrouve en hypothermie. Donc il ne faut pas oublier de se mettre à l'abri du vent dès qu'on doit attendre.

Vous avez souffert du froid dans vos expéditions ?

Oui j'ai souffert du froid en allant au Pôle Nord. On souffre du froid sous la tente, à l'abri. Sous la tente vous avez la même température qu'à l'extérieur parce qu'il n'y a pas de chauffage, mais on est à l'abri du vent. Donc c'est déjà pas mal. J'ai connu -52 degrés, dans la tente c'est terrible. On souffre du froid quand on est immobile. Au Pôle Nord j'ai eu des -40, mais quand vous tirez un traîneau, quand vous marchez, quand vous faites de la raquette, quand vous faites un effort, le corps produit sa propre chaleur. Là où on se refroidit vite, c'est à l'arrêt. Donc se mettre le plus possible à l'abri du vent c'est fondamental.

Quand il y a des épisodes de froid comme celui que traverse le pays en ce moment, vous dites vous que ce n'est pas si exceptionnel que ça par rapport à ce que vous avez vécu ?

Non, je dirais que ce n'est pas exceptionnel par rapport, déjà, à ici. On connaît quand même des hivers froids. Mais au Pôle Nord, ou quand j'ai traversé l'Antarctique, j'ai fréquenté les régions polaires, on est équipés différemment. On ne parle jamais du froid, il fait partie du décor. On est là en sachant qu'il fait froid, mais on est équipés pour ça. En ville c'est beaucoup plus compliqué.