Avec la vague de froid, la température ressentie va descendre jusqu'à -25 °C. Mais ça veut dire quoi au juste ?

Alors qu'une intense vague de froid s'apprête à gagner l'Hexagone, l'expression fait son retour dans les bulletins météo. Franceinfo vous explique pourquoi notre corps peut ressentir une température différente de la température réelle.   

Froid polaire à New-York. 
Froid polaire à New-York.  (STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES)

Vous avez froid ? Ce n'est rien comparé à ce qui vous attend la semaine prochaine. Les prévisionnistes annoncent un froid glacial dès lundi sur tout le pays. Le thermomètre devrait descendre jusqu'à -5 et -10 °C, mais dans certains régions, par exemple dans le Jura, les "températures ressenties" pourraient tomber à -25 °C. Mais qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Si vous grelottez déjà, on vous explique ce que recouvre cette notion, régulièrement employée par les météorologues.

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Quelle est la différence avec la température classique ?

La température que vous voyez sur les cartes des bulletins météo, c'est la température sous abri : celle mesurée par un thermomètre placé à 1,5 m du sol, comme l'explique Météo FranceMais la perception des températures par le corps humain varie d'une personne à l'autre et selon les conditions atmosphériques. "Ainsi, à température donnée, la sensation de froid est plus vive en présence de vent que par temps calme"explique l'organisme.

Notre corps s'isole naturellement contre le froid grâce à une fine couche d'air retenue par les poils de notre peau, la "couche limite", explique Olivier Proust, prévisionniste chez Météo France, à franceinfo. Mais face au vent, "cette pellicule isolante est constamment balayée". Conséquence : la peau perd sa protection et se retrouve directement exposée à la température ambiante et donc à la sensation de froid. C'est le "refroidissement éolien".

Comment on la calcule ?

Les météorologues de Météo France et de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) calculent cet indice grâce à "une relation mathématique empirique, qui tient compte de la température de l'air et de la vitesse du vent", comme l'explique Météo France. On vous épargne la formule exacte, un peu compliquée à retenir. Par exemple, si la température de l'air est de -10 °C, mais que souffle un vent de 30 km/h, la température ressentie sera de -20 °C. "Cela signifie que la sensation sur la peau sera voisine de celle éprouvée sous une température de -20 °C par une journée sans vent", explique Météo France.

Un résultat à prendre avec quelques pincettes.

L'indice de refroidissement éolien est un bon critère pour déterminer la vulnérabilité de l'organisme face au froid mais ce calcul reste approximatif car il ne s'agit pas d'une estimation physique incontestable.Olivier Proust, prévisionniste à Météo Franceà franceinfo

"C'est un complément à utiliser avec précaution, prévenait déjà Jérôme Lecou, ingénieur prévisionniste à Météo France, dans Le Monde en 2012. Il faut toujours l'associer à la température en degrés Celsius, car sinon on risque de tomber dans le sensationnalisme."

-25 °C de température ressentie, ça change quoi pour nous ?

En cas de trop fort refroidissement, le corps s'expose à des dommages importants comme des gelures ou des risques d'hypothermie. La quantification de la température ressentie permet d'anticiper ces dangers par les pouvoirs publics qui peuvent mettre en place des mesures préventives. Le refroidissement éolien s'établit donc selon des critères bien définis.

Mais concrètement, qu'est-ce que ça change ? Le gouvernement canadien, plus habitué à gérer des froids exceptionnels, donne des clés de lecture sur son site. Avec une température ressentie de -9 °C, les risques pour notre organisme sont "faibles". Jusqu'à -27 °C, ils sont "modérés", avec notamment un "risque d'hypothermie et de gelure si la personne se trouve à l'extérieur pendant de longues périodes sans protection adéquate".

En France, on est loin, bien loin des -78 °C ressentis en 1975 à Kugaaruk, dans le grand nord canadien : dans ce cas-là, "la peau exposée peut geler en moins de deux minutes", précise le gouvernement.