Législatives : pourquoi le PS, EELV et le PCF s'opposent à un groupe unique de la Nupes à l'Assemblée, voulu par Jean-Luc Mélenchon

Les alliés de La France insoumise ont refusé, lundi, la proposition du leader de LFI de s'unir au Palais-Bourbon sous une même bannière lors de la mandature à venir. Ils estiment notamment que ce groupe unique amoindrirait leur influence.

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L'écologiste Julien Bayou, les "insoumis" Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens, le communiste Ian Brossat et le socialiste Olivier Faure, à Paris, le 30 mai 2022. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

C'est une sortie qui a bousculé le jeu politique à gauche, moins de vingt-quatre heures après le second tour des élections législatives. Lundi 20 juin, Jean-Luc Mélenchon a proposé aux alliés de La France insoumise (LFI) au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) de ne former qu'un seul groupe parlementaire lors de la prochaine législature. Le leader de LFI a appelé la coalition de gauche "à rester une alternative unie" dans une Assemblée nationale au visage totalement modifié.

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La réponse des partenaires politiques de Jean-Luc Mélenchon a été immédiate, lundi après-midi : les directions respectives des partis écologiste, socialiste et communiste se sont opposées à l'idée d'un seul groupe parlementaire dans le prolongement de la Nupes. Ils avancent plusieurs arguments pour justifier leur volonté de conserver une autonomie parlementaire.

Parce que la méthode de Jean-Luc Mélenchon est critiquée

D'abord, sur la forme, plusieurs députés regrettent la prise de parole inopinée de Jean-Luc Mélenchon, lundi, sans consultation préalable de ses alliés électoraux. "On arrive à l'Assemblée nationale, on n'a pas encore eu le temps de se voir… Il aurait été plus judicieux de la part de nos collègues de réfléchir au timing", regrette l'écologiste Aurélien Taché, qui n'est par ailleurs pas totalement hostile à cette proposition.

"Ce sont des discussions qu'on doit d'abord avoir en notre sein, car la logique d'une coalition, c'est qu'on se parle. C'est le premier mode de fonctionnement qu'on doit avoir", estime pour sa part Jérôme Guedj, nouveau député PS et tombeur de la ministre Amélie de Montchalin dans l'Essonne.

Parce qu'ils redoutent des prérogatives amoindries

Sur le fond, les opposants au groupe unique ne veulent pas perdre les avantages qui existent pour chaque groupe parlementaire. "Quatre groupes au sein de l'Assemblée seront plus forts qu'un seul", défend le député PCF André Chassaigne. Avec un seul groupe, "vous avez quatre fois moins de droits de tirage pour des commissions d'enquête", met en garde le député socialiste Olivier Faure sur franceinfo.

"Il y a aussi moins d'argent, moins de collaborateurs et moins de temps de parole."

Olivier Faure, premier secrétaire du PS

sur franceinfo

"Quand il y a plusieurs groupes, les prérogatives peuvent également être multipliées pour demander davantage de suspensions de séances ou faire des scrutins publics", abonde Guillaume Tusseau, professeur de droit public à Sciences Po. Selon lui, "il peut y avoir une rationalité à garder des groupes autonomes à l'Assemblée nationale", comme le stipulaient les accords conclus au lancement de la Nupes.

Parce que la présidence de la commission des finances n'est pas liée à la taille du groupe

La prestigieuse commission des finances aiguise les appétits des différents groupes d'opposition, à qui la présidence revient de droit, selon le règlement de l'Assemblée nationale. L'un des arguments des partisans d'un groupe unique repose sur l'idée qu'en unissant les forces de gauche, cela permettrait de sécuriser cette nomination pour la Nupes, alors que le Rassemblement national dispose de 89 députés au Palais-Bourbon, soit 17 de plus que La France insoumise.

La présidence de la commission des finances peut revenir à la gauche, même divisée en plusieurs groupes, selon les opposants à la proposition de Jean-Luc Mélenchon. "Concernant les postes à responsabilité au sein de notre Assemblée, une coopération intelligente entre nos groupes aboutira au même résultat que la constitution d'un groupe unique", balaie ainsi André Chassaigne auprès de franceinfo. Dans les faits, même si "le RN pourrait plus facilement réclamer la présidence de la commission" face à une Nupes divisée, selon Guillaume Tusseau, ce poste ne revient pas obligatoirement au groupe le plus nombreux, quand on se penche sur le règlement de l'Assemblée nationale.

Parce qu'un intergroupe parlementaire est déjà sur les rails

Les députés PS, EELV et PCF qui refusent le groupe unique proposé par Jean-Luc Mélenchon ont un autre argument pour balayer les accusations en désunion. "Il y aura déjà une instance de dialogue entre les députés, qui s'appelle l'intergroupe parlementaire", assure Guillaume Garot, élu PS de la Mayenne.

D'après ces parlementaires, l'intergroupe inclus dans l'accord de la Nupes suffira pour porter les revendications communes de cette alliance électorale. "Dans cet intergroupe, il y aura un vrai travail de lien qui sera mené", appuie la députée écologiste Sophie Taillé-Polian. "Il faut définir ce que sera cet intergroupe", tempère Olivier Faure, prudent. A gauche, les contours de la Nupes restent encore flous à l'Assemblée nationale.

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