PS : sept signes qui montrent que le parti à la rose est dans le rouge

Figures de l'aile gauche du parti, le député européen Emmanuel Maurel et la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann annoncent leur départ pour fonder un nouveau parti. Une nouvelle étape dans l'effondrement du PS.

L\'escalier de l\'ancien siège du Parti socialiste, situé rue de Solférino à Paris, le 16 mars 2018.
L'escalier de l'ancien siège du Parti socialiste, situé rue de Solférino à Paris, le 16 mars 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le Parti socialiste est-il devenu "un canard sans tête", comme l'assure Marie-Noëlle Lienemann ? La sénatrice va quitter le PS pour un nouveau parti qui sera lancé en 2019 avec le député européen Emmanuel Maurel, a-t-elle annoncé samedi 14 octobre au Journal du dimanche.

"Il est minuit moins cinq avant notre disparition", témoignait un militant socialiste en janvier. Plusieurs signes attestent que le parti à la rose est de moins en moins flambant depuis qu'Emmanuel Macron a succédé à François Hollande à l'Elysée en mai 2017.

1Juin 2017 : le PS est laminé aux législatives

A l'issue du second tour des législatives, le 18 juin 2017, le PS ne compte plus que 32 députés. Son score est quasiment divisé par dix par rapport aux élections précédentes, puisque le PS comptait 295 députés en 2012 dans la foulée de la victoire de François Hollande, rappelle La Croix. Des poids lourds comme les anciens ministres Marisol Touraine ou Jean-Jacques Urvoas sont éliminés. Le soir même, Jean-Christophe Cambadélis annonce qu'il démissionne du poste de premier secrétaire du PS et appelle à "repenser la gauche""Il s'agit d'un immense défi, d'une tâche de longue haleine", prévient-il.

2Septembre 2017 : Solférino est mis en vente

La nouvelle tombe en septembre 2017 : le Parti socialiste vend l'hôtel particulier de la rue de Solférino. Avec cet immeuble disparaissent trente-sept années de souvenirs. En 1980, François Mitterrand avait fait acheter ce bel hôtel particulier, proche de la Seine, pour sa campagne présidentielle victorieuse l'année d'après. Les murs ont vu les larmes des militants, lors de l'élimination de Lionel Jospin, le 21 avril 2002, comme entendu les cris de joie lors de l'élection de François Hollande, le 6 mai 2012.

Le siège du PS sera finalement acheté par le promoteur immobilier Apsys, qui gère 31 centres commerciaux en France et en Europe.

3Octobre 2017 : 55 permanents licenciés

Après sa déroute aux législatives, le Parti socialiste, à la recherche d'économies, lance un plan social visant à licencier 55 permanents sur 97, soit plus d'un sur deux. Parmi eux figure une personnalité emblématique du parti, Eric Plumer. Cet ancien responsable de la sécurité surnommé "Jaurès" dénoncera six mois plus tard, sur le site du quotidien Ouest France, les conditions de son éviction du parti, le 27 octobre 2017. "Après la branlée qu'on s'est prise, je peux comprendre un licenciement, confie Eric Plumer. Mais il y a la manière. Là, ça a été digne d'une entreprise du CAC40."

4Avril 2018 : un inconnu prend la tête du parti

Ils sont quatre à vouloir remplacer Jean-Christophe Cambadélis à la tête du parti : l'ancien ministre de l'Agriculture et proche de François Hollande Stéphane Le Foll, le sénateur Luc Carvounas, le député européen Emmanuel Maurel et le député de Seine-et-Marne Olivier Faure. C'est ce dernier qui est élu par les militants. Il prend, le vendredi 7 avril, la tête du parti et proclame : "Notre rassemblement n'est pas une option, il est un impératif."

Problème :  cet auteur de BD est assez peu connu du grand public. Seuls 9% des Français le considèrent comme le "meilleur opposant" à Emmanuel Macron, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié le 17 mai, contre 42% à Jean-Luc Mélenchon.

5Août 2018 : Hollande "candidat à rien"

Après trois mois de tournée dans les librairies hexagonales pour dédicacer son livre Les Leçons du pouvoir, paru chez Stock, le bilan de François Hollande est impressionnant : 58 villes visitées dans 48 départements, plus de 20 000 personnes rencontrées lors de très longues séances de dédicaces, par exemple plus de huit heures dans une librairie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). Le tirage initial a été doublé, pour atteindre 140 000 exemplaires. Interrogé, le président de la République l'assure : "Je ne suis candidat aujourd'hui à rien."  Heureusement ? Selon un sondage Ifop publié le 22 août par Le Figaro, "seuls 17% des Français espèrent sa candidature en 2022".

6Septembre 2018 : Valls part à Barcelone

C'est officiel : le 25 septembre, soutenu par le parti libéral espagnol Ciudadanos, Manuel Valls officialise sa candidature à la mairie de Barcelone. Il démissionne également de son mandat de député en France. Après avoir pris congé du PS, l'ancien Premier ministre de François Hollande, ex-candidat incarnant l'aile droite à la primaire du Parti socialiste, choisit de faire de la politique hors de France.

7Octobre 2018 : l'aile gauche s'en va

Nouveau coup dur pour les socialistes : le député européen Emmanuel Maurel annonce vendredi 12 octobre son départ du PS, avec une partie de l'aile gauche du parti, pour se rapprocher de La France insoumise. "Je n'annonce pas un départ, mais une scission. Aujourd'hui, je ne pars pas seul, mais avec de nombreux militants, des centaines de cadres et d'élus sur l'ensemble du territoire", affirme-t-il. Une de ses proches promet la publication prochaine d'une liste de 500 noms.

Le lendemain, la sénatrice PS de Paris et vice-présidente du Sénat Marie-Noëlle Lienemann déclare au JDD qu'elle partait aussi. La sénatrice annonce la création d'un nouveau parti, "qui se veut l'héritier de cette gauche écologiste, républicaine et socialiste""Nous ne sommes pas dans l'idée de rejoindre La France insoumise", explique d'abord la sénatrice. En revanche, "nous souhaitons avoir des convergences avec La France insoumise, travailler dans une dynamique de rassemblement en créant notre propre parti, qui se veut l'héritier de cette gauche écologiste, républicaine et socialiste."