Guerres en Ukraine et à Gaza, élections européennes... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

Le chef de l'Etat a répondu aux questions des journalistes Anne-Sophie Lapix et Gilles Bouleau. Il a notamment annoncé l'envoi d'avions de combat français à l'Ukraine, et a défendu son choix de s'exprimer à trois jours d'une élection.
Article rédigé par franceinfo
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Le président de la République, Emmanuel Macron, interviewé sur France 2 et TF1, à l'Abbaye-aux-Hommes de Caen (Calvados), le 6 juin 2024. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Après une journée consacrée à la mémoire du Débarquement, Emmanuel Macron a surtout abordé des enjeux plus actuels, jeudi 6 juin, dans une interview sur France 2 et TF1. Le chef de l'Etat a répondu en direct aux questions des journalistes Anne-Sophie Lapix (France 2) et Gilles Bouleau (TF1), depuis l'Abbaye-aux-Hommes de Caen (Calvados), après avoir participé à plusieurs cérémonies commémoratives. Il a principalement évoqué la guerre dans la bande de Gaza, le conflit en Ukraine et l'élection européenne organisée dimanche. Son choix d'accorder une interview télévisée à trois jours de ce scrutin avait suscité la colère des oppositions. Voici ce qu'il faut retenir des propos du président de la République.

Critiqué pour le timing de cette interview, il s'estime "dans son rôle"

Emmanuel Macron a d'abord été interrogé sur son choix de prendre la parole à trois jours du scrutin européen, ce qui avait poussé plusieurs partis de l'opposition à saisir le gendarme de l'audiovisuel. "Ce n'est pas moi qui ai choisi la date du 6 juin", qui marque le 80e anniversaire du Débarquement, a-t-il répondu, présentant cette commémoration comme la justification de sa prise de parole sur les questions internationales. Le chef de l'Etat a contesté l'idée que cet entretien représenterait une ingérence dans la campagne : "J'ai du mal à comprendre pourquoi parler du Débarquement, parler de ce qui se passe en Russie, parler de ce qui se joue avec ces élections européennes, c'est ne pas être dans mon rôle."

Il justifie l'absence de la Russie aux commémorations du Débarquement

"Il s'est passé une rupture en 2022", avec l'offensive russe en Ukraine, a expliqué le chef de l'Etat pour justifier le retrait de toute invitation à la Russie pour les commémorations du 80e anniversaire du Débarquement, jeudi. Dix ans plus tôt, le président russe Vladimir Poutine avait participé aux cérémonies en mémoire du D-Day. Depuis, "le président Poutine a décidé de lancer une guerre complète", a-t-il insisté. "Ce faisant, la Russie a un peu trahi le message de la Libération et du Débarquement."

Il annonce la cession d'avions Mirage 2000-5 à l'Ukraine

"Nous allons lancer une nouvelle coopération" entre l'Ukraine et la France, lors de la réception de Volodymyr Zelensky à l'Elysée vendredi, "et annoncer la cession de Mirage 2000-5", a dévoilé Emmanuel Macron. L'envoi de ces avions de combat de conception française, une première, s'accompagnera d'un "programme de formation des pilotes", en France, a-t-il ajouté. "Nous sommes en train de bâtir une coalition avec d'autres partenaires" au sujet de la cession des avions et de la formation à leur pilotage.

Il a par ailleurs également annoncé la volonté que la France forme, sur son territoire, une "brigade" de "4 500 soldats ukrainiens". Interrogé sur ses propos ouvrant la porte à l'envoi d'instructeurs français en Ukraine, Emmanuel Macron a affirmé "qu'il ne devait pas y avoir de tabou", ajoutant qu'il ne s'agissait pas "en soi d'un facteur d'escalade". "La paix ne se fera que si l'Ukraine peut résister", a-t-il insisté.

Il juge que les menaces russes "sont un signe de fébrilité"

"Nous nous sommes organisés pour faire face à tous les risques" liés à la Russie, a affirmé le président de la République, citant "les attaques cyber""les attaques informationnelles" et "les risques de provocations, comme on en a eu encore ces derniers jours", dans une référence apparente aux cercueils déposés devant la tour Eiffel. Ces "menaces" sont "un signe, aussi, de fébrilité de la part de la Russie", a-t-il estimé.

Il confirme l'arrestation d'un Français en Russie

Le président a confirmé qu'"un de nos compatriotes a été arrêté en Russie", comme l'a annoncé Moscou plus tôt jeudi. Il précise que cet homme "travaille pour une ONG suisse, qui sert beaucoup de grandes figures internationales", mais qu'en "aucun cas ça n'était quelqu'un qui travaille ou qui travaillait pour la France". La commission d'enquête russe dit le soupçonner d'espionnage. "Nous sommes très vigilants. Il recevra toutes les protections consulaires qu'il convient dans un tel cas", assure Emmanuel Macron.

Il réitère son soutien à l'entrée de l'Ukraine à l'UE

Emmanuel Macron a rappelé "le rôle moteur" de la France dans le lancement du processus d'intégration de l'Ukraine dans l'Union européenne, tout en justifiant le temps nécessaire à concrétiser cette adhésion : "Le signal politique est envoyé et après, c'est un rythme, qui est aussi celui de la capacité à intégrer l'acquis communautaire. Et donc nous allons l'aider à le faire." "Ce n'est pas une question de mois, c'est une certitude", a-t-il reconnu à la veille d'un entretien avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Paris.

Il rappelle le soutien de la France à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza

Interrogé sur le conflit dans la bande de Gaza, Emmanuel Macron a rappelé ses demandes de "cessez-le-feu" immédiat. Appelant à "la libération des otages" et "au respect du droit humanitaire", il a expliqué vouloir promouvoir "une solution politique permettant à deux Etats de vivre côte à côte, en sécurité pour chacun d'eux". Par ailleurs, il a assuré que le chef de gouvernement israélien, Benyamin Nétanyahou, restait à ses yeux "un interlocuteur pleinement légitime" malgré le mandat d'arrêt demandé à son encontre par le procureur de la Cour pénale internationale.

Il reste opposé à la reconnaissance de l'Etat de Palestine par la France dans l'immédiat

Interrogé sur la reconnaissance d'un Etat palestinien par plusieurs pays européens, le président de la République à réitéré sa position selon laquelle le moment serait mal choisi. "Ça n'est pas raisonnable de le faire maintenant", a-t-il jugé, jugeant qu'un tel geste diplomatique n'aiderait pas à mettre fin aux combats dans la bande de Gaza. "Ce qui met de la pression, c'est quand on arrive à engager des puissances comme les Etats-Unis et autres" pour demander un cessez-le-feu immédiat, a-t-il assuré.

"Reconnaître la Palestine, c'est reconnaître quelle Palestine ? Une Palestine où vous avez encore le Hamas dans des tas de tunnels ?", a-t-il également interrogé, ajoutant par ailleurs que "l'Autorité palestinienne doit passer par des réformes". "La France reconnaîtra l'Etat de Palestine quand cela sera un élément d'un ensemble complet qui permet la paix et la sécurité de tous dans la région", a-t-il conclu.

Emmanuel Macron a aussi évoqué les deux otages français toujours retenus par le Hamas, expliquant que la France n'avait "pas de nouvelles". "Je pense ici à leurs familles, à l'angoisse qu'elles vivent depuis le 7 octobre", a-t-il ajouté.

Il appelle les Français à voter aux élections européennes

"J'appelle nos compatriotes à aller voter le 9 juin" pour élire leurs députés européens, a lancé Emmanuel Macron, rappelant que ce scrutin ne compte qu'un tour. "Ne pas aller voter, c'est laisser l'avenir du continent et de notre pays à d'autres", a-t-il ajouté, en faisant référence aux électeurs britanniques qui ne s'étaient pas déplacés le jour du vote favorable au Brexit. Il a appelé à aller voter "pour l'Europe", pour "donner de la force à la France, à la voix que je porte", et a alerté sur le risque que l'extrême droit obtienne, dimanche soir, "une minorité de blocage en Europe".

Interrogé sur les conséquences qu'il tirerait d'un résultat défavorable de son camp, et sur l'éventualité d'une dissolution de l'Assemblée ou d'une coalition de Renaissance avec d'autres partis, Emmanuel Macron a balayé la question : "Il y aura un vote dimanche, j'irai voter, et dimanche soir, nous verrons les résultats. J'aime bien faire les choses dans le bon ordre."

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