Espagne : pourquoi les élections législatives anticipées sont décisives

Les électeurs espagnols sont appelés aux urnes dimanche 28 avril. Convoquées par le président du gouvernement socialiste Pedro Sanchez, ces élections pourraient être un tournant dans la vie politique du pays.

Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol pendant un meeting, le 26 avril 2019. 
Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol pendant un meeting, le 26 avril 2019.  (ANTONIO NAVIA / NURPHOTO)

Elles devaient être organisées en 2020, mais la politique espagnole en a décidé autrement. N'ayant pas réussi à rassembler de majorité autour de son budget pour 2019, le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, a été contraint en février dernier de remettre en jeu son fragile mandat. Du coup, les élections législatives anticipées qui se déroulent dimanche 28 avril en Espagne pourraient être décisives pour l'avenir du pays. 

C’est la troisième fois en trois ans et demi que les Espagnols retournent aux urnes. Et, cette fois-ci, le scrutin pourrait être historique puisque le parti d'extrême droite Vox pourrait faire son entrée au Parlement. Franceinfo détaille les enjeux de ces élections annoncées comme un tournant.

Parce que le chef du gouvernement joue sa légitimité

Pedro Sanchez n’a pas été élu pour devenir chef du gouvernement. C’est le mantra de ses détracteurs issus des rangs de la droite depuis dix mois. Le socialiste issu du PSOE, le Parti socialiste ouvrier espagnol, est arrivé au pouvoir en juin 2018 après une motion de censure votée contre son prédécesseur de droite, Mariano Rajoy, leader du Parti populaire (PP). Il n'a donc pas eu à passer le test des élections législatives pour accéder à la tête du gouvernement.

Si le PSOE est donné gagnant à 28,8%, selon une compilation de sondages publiés par El Pais, le chef du gouvernement va en revanche devoir former des alliances avec d’autres partis pour atteindre la majorité absolue de 175 députés. Une alliance probable avec Podemos, le parti de Pablo Iglesias, des partis d'extrême-gauche, des nationalistes basques et catalans pourrait permettre à Pedro Sanchez d'atteindre son objectif.

Une alliance du PSOE avec Ciudadanos, parti libéral de centre-droit, tentée en vain en 2016, n'a pas non plus été clairement écartée par le Premier ministre. Mais les libéraux affirment eux vouloir "le chasser du pouvoir" et ont tendu la main au Parti populaire, classé à droite. Une majorité formée par le PP, Ciudadanos et le parti d'extrême droite Vox semble, elle, impossible selon les chiffres issus des sondages.

Parce que la crise catalane guette toujours

La fin du bipartisme, en 2015, a secoué la vie politique espagnole. L'irruption de Podemos, à gauche, et de Ciudadanos, au centre-droit, avait abouti à un blocage politique. Cette instabilité ne s'est pas améliorée depuis : tentatives d'alliances, motion de censurecorruption, sans oublier la crise catalane

Un an et demi après la tentative de sécession de la Catalogne, le dossier est toujours brûlant et continue d'animer les débats. Le procès des douze dirigeants indépendantistes catalans, qui se tient depuis mi-février et devrait durer jusqu'à mi-mai, alimente aussi la campagne. Il est à l'origine de la crise budgétaire qui a entraîné les élections anticipées.

Et pour ce scrutin, Pedro Sanchez aimerait ne pas avoir à compter sur les indépendantistes catalans pour former une éventuelle majorité. Il a réitéré récemment son refus de tout référendum d'autodétermination mais promis plus d'autonomie. La droite et l'extrême droite, qui accusent Sanchez de "trahison" pour être arrivé au pouvoir grâce aux voix des indépendantistes, ont mené des attaques contre les "putschistes" catalans, l'un des leitmotivs de leur campagne.

Parce que l'extrême droite pourrait entrer au Parlement

De 0,2% à 12% : la cote de Vox a bondi dans les derniers sondages, à tel point que le parti d'extrême droite pourrait entrer au Parlement. Selon les intentions de vote, Vox est crédité de 30 sièges sur 350. Quasi inconnue il y a un an, la formation politique a fait une entrée fracassante au Parlement andalou en décembre 2018. Le chef du parti, Santiago Abascal, est devenu l'une des figures de ces élections.

Le leader de Vox a libéré un sentiment nationaliste en sommeil depuis la mort de Franco en 1975. D'anciens généraux franquistes font ainsi parti des candidats de son parti. Anti-immigration et ultranationaliste, Santiago Abascal s'en prend aussi aux féministes. Lors de son dernier meeting de campagne, vendredi à Madrid, des membres des Femen sont venues perturber le rassemblement.

L’une des forces de Vox, c'est sa présence sur les réseaux sociaux. Samedi, le parti d’extrême droite y dominait dans les sujets de débats, selon les données consultées par l’AFP. Comme le relaie Courrier International, le mensuel classé à gauche TintaLibre, a lui choisi de titrer sa une "28A", pour "28 avril". La date du scrutin législatif qui représente "un nouveau Rubicon pour la démocratie espagnole", 80 ans après l'arrivée au pouvoir de Franco en avril 1939, à l'issue de trois ans de guerre civile.

Parce que la participation est incertaine

Selon les derniers sondages publiés par El Pais, un quart des électeurs est encore indécis. Les analystes estiment que cette incertitude pourrait réserver des surprises, à l'image de ce qui s'était passé 2015, comme l'explique Ouest-France. Cette année-là, le Parlement espagnol s'était retrouvé sans majorité et donc sans gouvernement.

De nouvelles élections avaient eu lieu en juin 2016 et Mariano Rajoy avait été investi en octobre. Seul un électeur sur deux avait alors fait le déplacement aux urnes. "Sans doute la lassitude des électeurs qui votent pour la deuxième fois en six mois pour choisir leurs députés", expliquait à l'époque Régis Nusbaum, journaliste pour France 3. Près de trois ans plus tard, les Espagnols semblent être dans le même état d'esprit.