Présidentielle 2022 : comment le gouvernement multiplie les aides (et les dépenses) à six mois de l'élection

Le gouvernement a annoncé ces derniers mois plusieurs aides exceptionnelles pour permettre aux Français de faire face à l'inflation et la flambée des prix de l'énergie. Des coups de pouce ciblés, qui font grincer des dents dans l'opposition.

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Une station-service à Abbeville dans la Somme, photographiée le 23 mai 2020. (AMAURY CORNU / AFP)

Un problème, un chèque. Alors que le pouvoir d'achat s'impose, selon plusieurs sondages, comme la principale préoccupation des Français à quelques mois de l'élection présidentielle d'avril 2022, l'exécutif multiplie les aides depuis cet été à l'intention de plusieurs catégories de la population. Des gestes financiers, fiscaux ou budgétaires parfois critiqués par l'opposition et considérés comme des "cadeaux". "Acheter la paix sociale avec des chèques-cadeaux, c'est bien. S'attaquer aux causes de la hausse des prix du carburant, gaz, électricité, alimentation, c'est mieux. Gouverner, ce n'est pas faire des chèques à crédit, c'est apporter des solutions durables", a ainsi réagi le président du groupe Les Républicains, Damien Abad, sur Twitter, jeudi 21 octobre.

"Ce sont les mêmes qui nous reprocheraient de ne rien faire", a riposté le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. "Si vous mettez tout bout à bout (...) ça constitue une protection solide contre l'augmentation des prix à laquelle nous assistons aujourd'hui, et qui est, je le rappelle, la conséquence de la forte reprise économique." Quels postes de dépense sont concernés ? Qui peut recevoir ces aides ? Et de quels montants parle-t-on ? Franceinfo passe en revue les principaux coups de pouce et leurs bénéficiaires.

Une "indemnité inflation" de 100 euros pour ceux qui gagnent moins de 2 000 euros

De quoi s'agit-il ? D'un chèque de 100 euros présenté par Jean Castex jeudi 21 octobre comme réponse à l'inflation et à la hausse des prix du carburant. Elle sera accordée à tous les Français qui gagnent moins de 2 000 euros net par mois. Cette prime défiscalisée sera versée en une seule fois et automatiquement, dès fin décembre, par les employeurs aux salariés, et entre janvier et février pour les autres catégories, comme les retraités, indépendants, étudiants boursiers ou apprentis. Elle coûtera 3,8 milliards d'euros à l'Etat.

Qui est concerné ? Selon les calculs du gouvernement, 38 millions de Français touchent moins de 2 000 euros par mois. Cette prime individualisée sera donc attribuée à six fois plus de personnes que le chèque énergie. Jean Castex l'a présentée comme "une indemnité classe moyenne", destinée à ceux qui touchent moins que le salaire médian (évalué à 1 940 euros par l'Insee pour un salarié du privé).

Une rallonge de 100 euros du chèque énergie

De quoi s'agit-il ? D'un chèque supplémentaire de 100 euros pour aider les ménages aux revenus modestes à payer leur facture énergétique, dont les prix s'envolent. La mesure a été annoncée le 15 septembre par les services du Premier ministre. Matignon évoque "une aide sociale exceptionnelle (...) pour tous les ménages qui bénéficient aujourd'hui du chèque énergie". Elle s'ajoute donc au chèque énergie, un dispositif existant qui couvre une partie des factures d'électricité, de gaz ou de fioul ou encore des travaux de rénovation énergétique. "Si les mesures que nous prenons ne sont pas suffisantes, nous le revaloriserons", a également promis Jean Castex fin septembre. Cette aide bénéficie aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel est inférieur "à 10 800 euros par unité de consommation", précise le site service-public

Qui est concerné ? Près de six millions de foyers. Ils doivent recevoir cette aide exceptionnelle par courrier courant décembre, quel que soit leur mode de chauffage (électricité, fioul, gaz), sans démarche à effectuer.

Le prix du gaz bloqué jusqu'à fin 2022 

De quoi s'agit-il ? Le Premier ministre, Jean Castex, a d'abord annoncé le 30 septembre la mise en place d'un "bouclier tarifaire" visant à bloquer le prix réglementé du gaz jusqu'en avril 2022, après la hausse de 12,6% entrée en vigueur le 1er octobre. Mais dans un second temps, il a fait savoir, jeudi 21 octobre, que la durée de blocage du prix du gaz durerait "tout le long de l'année 2022". Il a justifié cette prolongation par le fait que les prix mondiaux du gaz ne devraient pas baisser au printemps prochain, mais plutôt à la fin de l'année 2022, selon les experts.

Qui est concerné ? Cinq millions d'abonnés (dont trois millions au tarif réglementé) doivent en bénéficier. Attention : l'augmentation prévue aura bien lieu... mais elle sera reportée à plus tard. A compter de 2023, le consommateur verra le prix du gaz qu'il consomme alourdi par un mécanisme de lissage. Il le paiera un peu plus cher que les cours du marché, afin que les sommes non payées en 2022 soient progressivement récupérées par les opérateurs. "Une partie [de ce rattrapage] sera également payée par le budget de l'Etat", annonce par ailleurs Matignon à l'AFP. Pour rappel, le prix du gaz a augmenté de 51 % de janvier à septembre 2021, après une forte chute en 2020 due à la pandémie de Covid-19.

La hausse du prix de l'électricité limitée en 2022

De quoi s'agit-il ? L'augmentation du prix réglementé de l'électricité, qui devait être de 12% pour la durée comprise entre février 2022 et février 2023, sera, elle, limitée à 4% via une baisse des taxes, dans le cadre de la mise en place du "bouclier tarifaire" annoncé le 30 septembre par le Premier ministre.

Qui est concerné ? Ce plafonnement va bénéficier aux abonnés des tarifs réglementés d'EDF, soit 70 % des ménages, selon Les Echos. Pour aller plus loin, et bénéficier aux clients d'autres fournisseurs, de nombreux acteurs de l'industrie, ainsi que l'association de consommateurs UFC-Que choisir, réclament une hausse du volume d'électricité nucléaire à bas prix qu'EDF est obligé de vendre à ses concurrents chaque année.

Un plan d'investissement de 1,5 milliard d'euros pour Marseille

De quoi s'agit-il ? D'un plan d'investissement très vaste annoncé par Emmanuel Macron au terme de sa visite à Marseille, début septembre. Baptisé "Marseille en grand", ce projet a pour but de désenclaver et de moderniser la deuxième ville de France avec des enveloppes qui "s'étaleront sur une durée allant de 5 à 8 ans" précise Laurent Carrié, préfet délégué à la mise en œuvre du plan présidentiel, cité par 20 Minutes.

Qui est concerné ? La priorité est donnée aux transports en commun marseillais, afin de transformer son métro, son port, son réseau de bus et ses tramways. A lui seul, ce chantier est chiffré à 1 milliard d'euros. Parmi les objectifs de ce plan : une meilleure intégration des quartiers nord de la ville, rongés par la pauvreté, l'insécurité et le trafic de drogue. Une aide de 169 millions d'euros a aussi été annoncée pour les hôpitaux, ainsi que la construction d'un nouvel hôtel de police à 150 millions d'euros.

Plus d'un milliard d'euros pour le ministère de l'Intérieur

De quoi s'agit-il ? Jean Castex avait promis en juillet de gonfler le budget du ministère de l'Intérieur dans le budget 2022, avec plus de 900 millions d'euros de crédits supplémentaires. Le projet de loi de finances va même plus loin, avec une rallonge supplémentaire de 500 millions d'euros annoncée par Emmanuel Macron mi-septembre.

Qui est concerné ? Véhicules, matériel informatique, protections : d'après le ministère de l'Intérieur, ces crédits supplémentaires serviront surtout à mieux équiper les forces de l'ordre, dont les effectifs vont croître : 2 000 personnes devraient être recrutées d'ici la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. Près de 190 millions d'euros serviront à la hausse naturelle des salaires, parallèlement au versement de primes pour "les personnels les plus méritants".

Une assurance récolte de 600 millions d'euros par an pour les agriculteurs

De quoi s'agit-il ? D'une garantie annoncée le 10 septembre par Emmanuel Macron"Nous avons décidé de mettre 600 millions d'euros par an pour financer le système, ce sont des fonds de l'Etat et de l'Europe que nous allons mobiliser", a précisé le président de la République. Il a promis qu'un projet de loi serait présenté en Conseil des ministres "avant Noël". Le texte sera examiné à l'Assemblée nationale au mois de janvier pour une adoption "dans cette mandature" et une mise en application en 2023, en même temps que la nouvelle politique agricole commune (PAC) de l'UE.

Qui est concerné ? Tous les agriculteurs victimes des aléas climatiques pourront bénéficier de ce régime universel d'indemnisation, qu'ils soient assurés ou non.

Une rallonge de 2 milliards d'euros pour le dispositif MaPrimeRénov'

De quoi s'agit-il ? Ce dispositif d'aide à la rénovation énergétique des logements lancé en janvier 2021 est prolongé en 2022, grâce à une enveloppe de 2 milliards d'euros, annoncée par Jean Castex mi-septembre. Initialement, le dispositif devait durer deux ans avec un budget de 2 milliards d'euros justement, mais ce dernier sera entièrement dépensé d'ici à la fin de l'année 2021, a révélé le Premier ministre. D'où cette décision du gouvernement de doubler la mise.

Qui est concerné ? L'aide concerne tous les foyers, mais elle est calculée selon le montant et la nature des travaux. Elle est surtout conditionnée aux revenus des ménages. Quelque 500 000 dossiers ont déjà été déposés depuis janvier.

Le plan d'investissement France 2030, estimé à 30 milliards d'euros

De quoi s'agit-il ? D'un plan d'investissement présenté le 12 octobre par Emmanuel Macron, dont le montant avoisine les 30 milliards d'euros sur cinq ans. Ce nouveau projet se concentre sur la réindustrialisation de certaines filières stratégiques avec, au bout du compte, un effet positif espéré pour l'emploi et la croissance.

Qui est concerné ? Les secteurs du numérique, de l'industrie verte, de la biotechnologie, de l'espace et de la santé. Le nucléaire figure en haut de la liste des priorités : "Nous devons faire émerger en France d'ici 2030 des réacteurs nucléaires de petite taille, innovants et avec une meilleure gestion des déchets", a notamment déclaré Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat espère "produire en France près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides" et faire du pays "le leader de l'hydrogène vert" d'ici à la fin de la décennie.

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