Covid-19 : cinq questions sur l'explosion des contaminations en France, décrite comme un "raz de marée" épidémique par le gouvernement

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Les courbes de l'épidémie de Covid-19 illustrent la cinquième vague épidémique en France, fin 2021. (FRANCEINFO)

La cinquième vague, portée par le très contagieux variant Omicron, déferle sur la France en cette fin d'année 2021. 

Jamais la France n'avait détecté autant de cas de contaminations au Covid-19 sur son territoire. Mercredi 29 décembre, plus de 208 000 nouveaux tests positifs ont été enregistrés en 24 heures à travers le pays. La veille, on dénombrait 180 000 nouveaux cas, un chiffre déjà en nette hausse par rapport au seuil des 100 000 cas franchi le jour de Noël. Pour le ministre de la Santé, Olivier Véran, la cinquième vague a désormais des airs de "raz de marée", selon l'expression employée lors de son audition par l'Assemblée nationale mercredi.

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Facteurs de cette reprise épidémique, conséquences sur le système de santé, prévisions à court terme... franceinfo passe à la loupe les différents indicateurs pour mieux comprendre ce boom des contaminations.

1Comment expliquer cette hausse brutale ? 

Pour les spécialistes, la flambée épidémique que connaît la France est due à au moins trois facteurs majeurs : la saison hivernale, les fêtes de fin d'année mais aussi, et surtout, la progression du variant Omicron. "C'est un variant bien plus contagieux que Delta, et que tous les autres variants, souligne Mahmoud Zureik, professeur en épidémiologie et santé publique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Ce qu'il s'est passé en Grande-Bretagne est en train de se passer en Ile-de-France : le nombre de cas double tous les deux ou trois jours avec Omicron, contre tous les 10 ou 12 jours avec Delta. C'est énorme."

La disponibilité des tests a-t-elle une incidence sur l'ampleur de ces chiffres ? "Effectivement, on peut avoir plus de cas enregistrés si l'on se teste davantage, confirme le professeur Zureik, qui ajoute que la flambée épidémique et la ruée vers les tests sont deux phénomènes qui s'alimentent mutuellement. Mais l'augmentation du nombre de tests n'explique qu'une petite partie du nombre de cas, car le taux de positivité continue à augmenter."

2La France est-elle un cas isolé ? 

Beaucoup d'autres pays, dont certains voisins européens, font face à une flambée épidémique. Mercredi, la France n'était d'ailleurs pas le seul pays à battre son record de nouvelles contaminations : l'Argentine, l'Australie, les Etats-Unis, l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Grèce et l'Italie ont eux aussi atteint des chiffres jamais vus. Tout comme le Danemark, qui est devenu le pays dans le monde avec le plus de nouveaux cas de Covid-19 par rapport à sa population.

3Les hôpitaux risquent-ils d'être bientôt submergés ?

L'explosion du nombre de cas entraînera indéniablement davantage d'hospitalisations, et donc une plus grande tension sur les services hospitaliers. "Mais il y a une grande différence entre de la tension et des établissements submergés", fait remarquer le professeur Mahmoud Zureik. Tout dépend de la sévérité du variant Omicron, qui serait moins importante que celle du variant Delta d'après de récentes études.

L'Institut Pasteur a publié, mercredi, une série de modélisations prévoyant des pics d'hospitalisations compris entre 1 400 et 5 000 admissions quotidiennes selon les scénarios. "Pour rappel, les pics d'admissions hospitalières quotidiennes ont été de 3 500 et 2 700 pour la première et deuxième vague", précise le document.

>> Covid-19 : l'Institut Pasteur publie des modélisations d'impact du variant Omicron sur les hospitalisations

Outre la dangerosité d'Omicron, l'Institut rappelle que deux autres paramètres sont à surveiller pour anticiper la pression hospitalière : l'efficacité vaccinale face à ce variant, qui est actuellement remise en cause, mais aussi l'ampleur des restrictions sanitaires décidées en France d'ici à la fin de l'hiver.

4La courbe des décès connaît-elle une augmentation proportionnelle ? 

Le nombre de personnes mortes du Covid-19 a augmenté ces dernières semaines, mais cette courbe semble décorrelée de celle des nouvelles contaminations. Alors que la moyenne des décès liés au Covid-19 à l'hôpital est passée de 28 à 173 morts entre le 20 octobre et le 29 décembre, soit une multiplication par six, celle des nouveaux cas est passée de 4 713 à 105 190 contaminations sur la même période. Soit une multiplication par 22, sans commune mesure. 

5La hausse peut-elle se poursuivre, et jusqu'où ?

Rien ne laisse penser que le nombre de nouveaux cas va décroître significativement dans les prochains jours en France. Notamment à cause des fêtes de fin d'année, synonymes de brassage de population et de relâchement concernant les gestes barrières, ainsi que de la prochaine rentrée scolaire, le 3 janvier. "Si on fait la fête dans un restaurant d'une centaine de personnes à Paris, la probabilité de se trouver avec une personne positive, avec le taux actuel, est de plus de 90%"alerte par exemple le professeur Mahmoud Zureik, interrogé par franceinfo.

Pour Olivier Véran, le nombre de contaminations va continuer à grimper et pourrait atteindre "plus de 250 000 cas par jour d'ici au début du mois de janvier... Un niveau hors de proportion par rapport à ce que nous avons connu depuis le début de la pandémie", déclarait le ministre de la Santé lundi. "C'est une estimation de l'Institut Pasteur qui semble réaliste, mais il faut rester prudent car beaucoup de phénomènes restent inexpliqués", tempère le professeur Zureik.

D'autres éléments de réponse se trouvent peut-être à l'étranger, où certains pays ont connu un pic de contaminations suivi d'une baisse durable. "On pense qu'il devrait y avoir une décroissance, déclarait jeudi sur franceinfo Sylvie Briand, directrice du département de la gestion des risques épidémiques à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). On l'observe dans les premiers pays touchés (par le variant Omicron)."

En attendant, la saison hivernale ne fait que commencer et les Français pourraient encore passer la majorité de leur temps dans des espaces clos, où les risques de transmission du virus sont les plus élevés. Dans un avis rendu le 16 décembre (PDF), la Haute Autorité de santé prévenait que "la 6e vague due au variant Omicron va s'installer rapidement et suivre sans vrai répit la 5e vague liée au variant Delta".

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