Vrai ou fake Manque-t-on vraiment de recul vis-à-vis des vaccins contre le Covid-19 ?

Pour expliquer leur réticence face à la vaccination, de nombreuses personnes évoquent un "manque de recul" sur les effets de ces vaccins. On en sait pourtant beaucoup en la matière, plaident la virologue Mylène Ogliastro et le vaccinologue Daniel Floret.

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Un membre du personnel soignant du centre de vaccination contre le Covid-19 de Dinan (Côtes-d'Armor) prépare une injection de vaccin de Pfizer-BioNTech le 30 avril 2021. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

Un véritable sursaut. La plateforme Doctolib a enregistré un nombre record de prises de rendez-vous de vaccination contre le Covid-19, lundi 12 juillet, après les annonces d'Emmanuel Macron sur l'obligation vaccinale des soignants et l'élargissement du pass sanitaire. Jeudi, 2,6 millions de créneaux avaient été réservés depuis la déclaration du chef de l'Etat, selon Doctolib.

Les Français réticents vis-à-vis de la vaccination restent toutefois nombreux, y compris parmi les soignants. Selon eux, le recul sur le vaccin, son procédé et ses éventuels effets indésirables n'est pas suffisant. Un propos récurrent, que franceinfo a soumis à la virologue Mylène Ogliastro et au vaccinologue Daniel Floret. 

"On a déjà un recul de l'ordre d'un an"

Depuis l'ouverture de la campagne de vaccination en décembre 2020, 36 millions de personnes ont reçu au moins une dose d'un des quatre vaccins homologués en France. A l'échelle mondiale, plus de 2 milliards de premières injections ont été recensées, touchant un quart de la population de la planète, selon la base de données Our World in Data (en anglais).

"Ça fait quand même quelque chose de consistant", appuie Daniel Floret, vice-président du Comité technique des vaccinations, rattaché au Haut Conseil de la santé publique. "On a déjà un recul de l'ordre d'une année pour les personnes qui ont été dans les essais cliniques", ajoute-t-il. 

"L'autre point important, c'est que les effets indésirables des vaccins apparaissent habituellement dans les jours voire dans les semaines qui suivent la vaccination."

Daniel Floret, vaccinologue

à franceinfo

Dans le cas des vaccins contre le Covid-19 autorisés dans l'Union européenne, les quelques effets indésirables graves identifiés sont survenus rapidement : après quatre jours en moyenne pour les rares myocardites identifiées après une injection du vaccin Pfizer-BioNTech, en moins de dix jours pour les thromboses liées au vaccin d'AstraZeneca et "quelques semaines après la vaccination" avecle vaccin Janssen pour le syndrome de Guillain-Barré, lui aussi très rare, recense Daniel Floret. 

Par le passé, les seuls effets secondaires réellement établis en lien avec une vaccination se sont déclarés peu de temps après l'injection, assure le chercheur.

"Les effets indésirables à long terme, c'est une croyance. (...) On a quand même un siècle de recul par rapport à la vaccination."

Daniel Floret, vaccinologue

à franceinfo

Daniel Floret cite notamment l'exemple des rares "cas de narcolepsie" après le vaccin Pandemrix contre la grippe A (H1N1), apparus, selon lui, "deux mois à peu près après la vaccination". En 2013, au sujet du Pandemrix, l'Agence nationale de sécurité du médicament avait évoqué un délai moyen d'apparition des symptômes de quatre mois chez les enfants et cinq mois chez les adultes, avec des extrêmes compris entre deux jours et deux ans et demi.

L'ARN messager, "ce n'est pas récent"

Autre point soulevé par les plus réticents à la vaccination : les scientifiques manqueraient de recul sur la technologie employée par les vaccins, à savoir l'ARN messager pour Pfizer-BioNTech et Moderna et les vecteurs viraux pour Janssen et AstraZeneca. Un point de vue que réfutent les spécialistes interrogés par franceinfo.

"L'ARN messager est une technologie connue depuis les années 1990, utilisée en immunothérapie et contre le cancer."

Mylène Ogliastro, virologue

à franceinfo

"Ce n'est pas récent", insiste Mylène Ogliastro, chercheuse à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae)Cette technique avancée se fonde sur l'utilisation d'un code génétique appelé acide ribonucléique (ARN) qui, une fois dans l'organisme, permet la production de protéines spike – des marqueurs du virus – pour engendrer une réponse immunitaire.

"Vous avez vu la rapidité avec laquelle on est allé pour avoir une solution ? Avec des vaccins classiques, on en serait encore à se demander à faire des tests pré-cliniques", s'enthousiasme la virologue. Les travaux sur les vaccins ont également été accélérés grâce aux recherches sur le premier syndrome respiratoire aigu sévère (Sars) identifié au début des années 2000, rappelle-t-elle. 

L'ARN messager "ne persiste pas" dans le corps

Daniel Floret se veut rassurant. "L'ARN messager disparaît de la cellule très rapidement après son introduction, donc il ne persiste pas, décrit le vaccinologue. Il en va de même pour les particules lipidiques, qui sont le vecteur de l'ARN messager."

"On ne voit pas bien pourquoi l'ARN messager pourrait avoir des effets secondaires à long terme."

Daniel Floret, vaccinologue

à franceinfo

Quant aux vaccins à vecteurs viraux Janssen et AstraZeneca, qui se fondent sur l'utilisation d'un virus appelé adénovirus détourné de ses fonctions d'origine, là aussi, les spécialistes certifient leur fiabilité. "On a davantage de recul puisqu'il y a déjà des vaccins à vecteur viral qui existent et pour lesquels on n'a pas eu de problème particulier", notamment "contre Ebola", détaille Daniel Floret.

"On est sur une technologie de pointe mais on a quand même l’habitude d'utiliser des virus pour vacciner : les vaccins viraux vivants atténués, ça existe depuis des dizaines d’années", appuie le vaccinologue, en citant notamment les vaccins contre la rougeole, la rubéole ou encore les oreillons.

"Une phase de vigilance aiguë"

ARN messager ou adénovirus, ces technologies reposent donc sur plusieurs années de travaux. Néanmoins, certaines personnes réticentes à la vaccination mettent en avant la poursuite des tests de sécurité des vaccins contre le Covid-19. Ceux-ci se trouvent en effet encore en phase 3 d'étude, sur des milliers de personnes. La phase 3 de Pfizer devrait se terminer en mai 2023. L'objectif : collecter davantage d'informations, après avoir mesuré la toxicité des vaccins en phase 1 et leur efficacité en phase 2.

Sommes-nous donc des cobayes ? Daniel Floret réfute cette idée. "Le fait que la phase 3 ne soit pas terminée, c'est essentiellement une garantie de sécurité, explique-t-il. Les personnes inscrites dans l'essai clinique vont être surveillées au long cours. C'était une exigence des agences réglementaires qui montaient les essais cliniques." 

La virologue Mylène Ogliastro abonde. "On est vraiment dans une phase de pharmacovigilance aiguë, c'est-à-dire qu'il y a un niveau de vigilance extrêmement élevé et mondialisé", observe la chercheuse.

"On vaccine beaucoup et on surveille beaucoup."

Mylène Ogliastro, virologue

à franceinfo

La chercheuse de l'Inrae regrette cependant la suspension, durant deux jours, en mars dernier, du vaccin AstraZeneca, après l'identification de plusieurs cas de thromboses. Malgré un "risque réel" de complications, "ça n'a servi à rien de suspendre AstraZeneca pour deux jours", déplore-t-elle. "Cela a simplement jeté l'opprobre sur le vaccin."

"On demande de la transparence et il y en a. Et quand il y en a trop, cela génère de l'angoisse."

Mylène Ogliastro, virologue

à franceinfo

Les deux spécialistes sont unanimes : la protection de la société en ces temps de pandémie passe par la vaccination. Au-delà du risque individuel posé par une absence de vaccination, se pose aussi un risque collectif : "continuer à laisser circuler le virus et donc continuer de le diversifier", avec le danger de nouveaux variants, qui pourraient être capables "de résister davantage aux vaccins ou de contourner le système immunitaire".

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