"Ce coronavirus est beaucoup plus contagieux que le premier Sras de 2003", estime le virologue Christian Bréchot

L'ancien directeur de l’Inserm estime que depuis l'épidémie de Sras en 2003, "il y a eu des progrès en santé publique globale indiscutables".

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Radio France
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Le virologue Christian Bréchot, ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, à Veyrier-du-Lac en Haute-Savoie (photo d'illustration). (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

En France, plus de 13 000 personnes sont mortes depuis le début de l'épidémie de coronavirus, selon le dernier bilan, vendredi 10 avril, de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé. Dans les dernières 24 heures, 987 personnes sont mortes. Le nombre de patients en réanimation, 7 004, diminue pour le deuxième jour de suite, 62 de moins que la veille. Mais il faut rester prudent, Jérôme Salomon a qualifié la situation de "pâle rayon de soleil". "Ce coronavirus est beaucoup plus contagieux que le premier Sras de 2003", a expliqué, samedi 11 avril sur franceinfo, le professeur Christian Bréchot, virologue, ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, aujourd’hui président du Global Virus Network (GVN).

franceinfo : Est-ce qu'il y a une différence entre le coronavirus et le Sras de 2003 ?

Pr Christian Bréchot : Malheureusement, ce coronavirus est beaucoup plus contagieux que le premier Sras de 2003. Il se multiplie à la fois dans les poumons et dans la gorge. La mortalité qu'il induit est plus faible, mais il a toutes les conditions idéales pour donner une pandémie et c'est ce qu'il est en train de faire.

Les autorités sanitaires en Chine et ailleurs ont-elles mieux réagi qu'en 2003 ?

Oui, globalement depuis le Sras de 2003 il y a eu des progrès en santé publique globale indiscutables. La Chine a révélé les données scientifiques de façon beaucoup plus précoce cette année, alors qu'en 2003 il avait fallu attendre vraiment longtemps. Malheureusement, elle a été très opaque sur la transmission interhumaine. Je crois qu'on a été en retard sur le diagnostic. Je crois qu'il y a une réflexion globale à avoir au niveau de l'organisation du diagnostic dans le monde et sur notre capacité à réagir beaucoup plus rapidement.

On n'avait pas suffisamment pris la mesure des investissements qui sont nécessaires pour faire face à une pandémie.

Pr Christian Bréchot

à franceinfo

Pourtant on savait que des pandémies liées à des virus respiratoires pouvaient apparaître, mais on n'était pas suffisamment préparés.

Les mesures de confinement sont-elles une bonne chose ?

Oui. On attend tous un vaccin, mais il n'arrivera pas avant 18 mois, deux ans au mieux. Jusqu'à présent personne n'a fait un vaccin efficace contre un coronavirus humain. Je pense qu'on y arrivera, mais ça n'est pas simple. Donc, on a des traitements qui progressent de façon extrêmement rapide et on a la prévention, le cloisonnement et ça marche.

Va-t-il falloir s'habituer à vivre longtemps avec le coronavirus ?

Il faut être très humble et très prudent avec ce virus parce qu'on s'est déjà trompés. On ne voit pas bien avec une pandémie de cette ampleur comment tout pourrait miraculeusement revenir à la normale. En permanence, la circulation des gens va poser question. Je pense qu'on va revenir à une vie normale, on espère qu'à partir de la mi-mai on va être dans une situation de décélération, mais le gouvernement à raison de prôner un relâchement progressif. Tout va dépendre du pourcentage de la population contaminée. Si vous avez 15%, il va falloir être très prudent parce que vous avez la possibilité d'une rechute de l'épidémie. Malheureusement, les indications que l'on a sont plutôt de 15%.

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