Témoignages La vaccination des mineurs contre le Covid-19, source de conflits entre les parents : "C'était le vaccin ou ma femme prenait la porte"

La loi sanitaire adoptée dans la nuit de dimanche à lundi suscite la discorde dans certains foyers. En effet, désormais, l'accord d'un seul parent est nécessaire pour la vaccination d'un mineur de moins de 16 ans contre le Covid-19.

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La vaccination des 12-17 ans contre le Covid-19 est autorisée depuis le 15 juin 2021 en France. (FREDERIC PETRY / AFP)

Possible depuis le 15 juin, la vaccination des mineurs dès 12 ans est pour le moment conditionnée à l'accord des deux titulaires de l'autorité parentale. Mais avec la future loi sanitaire, que le gouvernement compte voir entrer en vigueur le 9 août après le feu vert du Conseil constitutionnel, l'autorisation d'un seul parent sera nécessaire pour la vaccination des adolescents de moins de 16 ans (les 16-17 ans, eux, n'auront besoin d'aucune autorisation). De quoi semer le trouble dans certains couples ou entre parents séparés en cas de désaccord sur le sujet de la vaccination des enfants.

C'est ce que certains internautes ont confié en réponse à l'appel à témoignages de franceinfo (auquel une très nette majorité d'hommes ont répondu), à l'instar de Sébastien, pour qui le point de rupture a failli être atteint. Au cours d'une dispute sur le sujet de la vaccination des enfants, sa femme, qui s'y oppose, l'a traité de "collabo". "La vaccination en général est source de conflits, nos échanges sont allés très loin, raconte ce Mosellan. Finalement, ma femme a compris qu'elle avait dépassé les bornes et surtout que je ne plierais pas sur ce sujet pour nos [deux] enfants."

"C'était ça ou elle prenait la porte, peu importe si le divorce me coûtait tout."

Sébastien

à franceinfo

Entre Mylène et son conjoint, pourtant en profond désaccord sur la potentielle vaccination de leur fille de 14 ans, les échanges sont restés cordiaux. Finalement, ce sont les annonces de Jean-Michel Blanquer sur la rentrée scolaire, mercredi 28 juillet, qui ont coupé court à la discussion : "La situation au collège a clairement évolué, nous allons la faire vacciner." Le ministre de l'Education nationale a expliqué sur franceinfo que le test positif d'un élève entraînerait une "éviction" pendant sept jours des élèves non vaccinés ayant été à son contact. Ils suivront l'enseignement à distance. Les vaccinés pourront, eux, rester en classe. De quoi pousser le conjoint de Mylène à sauter le pas, même si, pour lui, cela signifie "réellement s'asseoir sur [ses] convictions, pour que [leur] fille ne vive pas en marge de la société".

Se passer du consentement ou attendre

Père de deux adolescents, Arthur* se dit, lui, complètement démuni face au refus catégorique de son ex-femme face au vaccin. "Personnellement, je ne suis pas pressé quant à la vaccination des enfants, mais je suis conscient du rôle important qu'elle a. S'il faut le faire, je le ferai", écrit-il à franceinfo. Il raconte que leur mère "est allée jusqu'à rédiger un avis contre le vaccin dans le carnet de santé des enfants, pour avoir un élément de preuve au cas où je le ferais dans son dos, probablement". S'il ne dit pas ce qu'il compte faire, il n'est aujourd'hui pas encore autorisé à se passer de l'accord de son ex-compagne.

Mais certains n'ont pas attendu que la loi sanitaire le permette et ont contourné le consentement de leur conjoint ou ex-conjoint, comme l'explique Vincent.

"J'ai fait vacciner ma fille de 13 ans en imitant la signature de ma femme. Mon but était de la protéger."

Vincent*

à franceinfo

Un délit de faux et d'usage de faux passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d'amende. Vincent en a informé sa femme, dont l'inquiétude face aux vaccins n'a pas faibli. "Mais elle a compris que notre fille voulait se faire vacciner, qu'elle ne voulait pas faire des tests PCR pour aller au restaurant ou autre."

La fille de Vincent n'est pas la seule. Les deux adolescents de Rachel* souhaitent se faire vacciner, puisqu'ils "se rendent compte qu'ils ne pourront plus aller au cinéma ou à la piscine". Tout est sujet à conflit avec le père de ses enfants, dont elle est séparée depuis un an. Mais Rachel ne compte rien lâcher sur la vaccination, même si son ex-conjoint "estime qu'elle ne sert à rien".

L'ex-compagne de Gabriel affirme, elle, que le vaccin n'est pas si urgent. Une position qui embarrasse ce père de famille. "Je vais attendre jusqu'à fin septembre, mon ex-compagne estime qu'on a le temps jusque-là, développe-t-il. Si, à la fin de ce délai, elle n'est toujours pas d'accord, je ferai vacciner nos jumeaux sans son consentement."

Une position partagée par Marion*, séparée du père de ses enfants depuis dix ans. Ces derniers mois, marqués par la pandémie, ont abîmé leur relation, à tel point qu'il n'y a plus aucune communication entre eux depuis le deuxième confinement. Là encore, leurs deux adolescents de 12 et 15 ans sont favorables à la vaccination. "Juridiquement, je sais que je ne risque plus rien avec les nouvelles dispositions de la loi sanitaire. Les enfants partent avec lui tout le mois d'août : si rien n'a changé de son côté à la rentrée, je leur prendrai des rendez-vous", affirme-t-elle.

"Une position compliquée" pour le parent décideur

Pour Lise, mère d'une fille de 13 ans dont elle a la garde, la question de la vaccination a aussi dégradé l'entente avec son ex-conjoint, avec lequel elle s'entend généralement à propos des questions d'éducation. Leur fille pratique l'équitation à un haut niveau. Il est donc "impossible pour elle de faire cette activité sans pass sanitaire, elle veut se faire vacciner", raconte sa mère. Mais son père est farouchement opposé au vaccin anti-Covid, car "il estime que nous n'avons pas assez de recul dessus".

Et la nouvelle loi sanitaire n'aide pas vraiment à dénouer la situation : "C'est bien qu'on puisse se passer d'une des deux signatures, mais cela met le parent décideur dans une position compliquée, développe Lise. S'il se passe quelque chose à la suite du vaccin, il n'y a qu'un parent qui en porte la responsabilité morale."

D'autres tentent encore la voie des échanges constructifs, comme Ingrid, 42 ans, séparée du père de ses enfants. Cette Francilienne n'est pas favorable à la vaccination obligatoire, ni à l'instauration du pass sanitaire, et admet ne pas être toujours d'accord avec son ex-compagnon quant aux questions d'éducation. "Mais on dialogue, assure-t-elle. Quelle que soit la position de mon ex-mari, je lui ai dit que je suivrais sa décision. Nous allons écouter l'avis de notre fils, mais on prendra la décision avec son père."

Le coup de pouce de l'enfant

Pour des couples séparés et vivant dans des villes différentes, la question de la vaccination pose également un problème logistique : après l'entrée en vigueur de la loi, il sera nécessaire d'avoir un pass sanitaire pour les transports longue distance. Pour Xavier*, éloigné de sa fille de 15 ans, dont il n'a pas la garde, par plus de 800 kilomètres, il est impensable que les désaccords sur le sujet avec son ex-compagne compliquent la venue de l'adolescente, qui souhaite par ailleurs se faire vacciner. "Ma fille vient me voir une fois par mois en avion, il est hors de question qu'elle fasse des tests PCR à chaque fois."

"Je vais insister auprès de mon ex-compagne jusqu'à ce que ma fille se vaccine."

Xavier*

à franceinfo

Au milieu de ces batailles, c'est parfois l'enfant qui finit par faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. C'est ce qui s'est passé pour Jean-Philippe, 60 ans, habitant de l'Ain, en désaccord avec son ex-femme, qu'il qualifie de "vaccino-sceptique". Leur fils de 14 ans "a mis le sujet sur le tapis : il veut se faire vacciner. Sa voix a mis mon ex-femme en minorité." D'après les données de Santé publique France, 35,5% des 12-17 ans ont reçu au moins une première dose de vaccin au 28 juillet.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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