Coronavirus : six questions sur la dérogation accordée au Puy du Fou pour accueillir 9 000 spectateurs

Le parc vendéen a obtenu une autorisation préfectorale lui permettant de dépasser la jauge maximum des 5 000 spectateurs fixée dans le cadre de l'épidémie de Covid-19.

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France Télévisions
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Les tribunes vides du spectacle "La Cinéscénie" au Puy du Fou, aux Epesses (Vendée). (PHILIPPE ROY / AFP)

"Le Puy du Fou n'a bénéficié d'aucun passe-droit", a assuré Roselyne Bachelot, dans les colonnes du Parisien (article payant), dimanche 16 août. La ministre de la Culture a été contrainte de s'expliquer après la polémique déclenchée par la dérogation préfectorale dont a bénéficié le parc vendéen pour accueillir jusqu'à 9 000 spectateurs, samedi, lors de son spectacle nocturne intitulé "La Cinéscénie".

"Non sens absolu", "incompréhensible"... La décision a fait grincer des dents de nombreux professionnels du monde de la culture, alors que le Premier ministre Jean Castex avait annoncé quelques jours plus tôt la reconduction jusqu'au 30 octobre de l'interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes en raison de l'épidémie de Covid-19. Pourquoi le Puy du Fou a-t-il bénéficié d'une dérogation ? S'agit-il d'une exception ? Franceinfo fait le point.

Comment le préfet justifie-t-il cette décision ?

Si les rassemblements de plus de 5 000 personnes sont interdits jusqu'au 30 octobre, les préfectures peuvent toutefois accorder des dérogations. Cette possibilité est encadrée par un décret publié le 10 juillet selon lequel, à compter du 15 août, "le préfet de département peut accorder à titre exceptionnel des dérogations, après analyse des facteurs de risques". Pour prendre sa décision, celui-ci s'appuie sur la situation épidémique dans la zone concernée et étudie les "mesures [sanitaires] mises en œuvre par l'organisateur (...) afin de prévenir les risques de propagation du virus"

La préfecture de Vendée a ainsi pris un arrêté, vendredi 14 août, autorisant le parc du Puy du Fou à accueillir jusqu'à 9 000 personnes lors de son spectacle nocturne, prévu le lendemain. Dans un communiqué (PDF), le préfet de Vendée justifie sa décision en partie par une "circulation du virus en net retrait" dans le département et "les engagements pris par l'organisateur" pour réunir les spectateurs, tout en limitant les risques de contamination.

"C'est ce qui s'est passé pour le Puy du Fou et ce qui se passera pour tous (...) les organisateurs de manifestations [assises] de plus de 5 000 personnes qui demanderont des dérogations (...) sous réserve d'accepter les contraintes sanitaires", a garanti Roselyne Bachelot lundi sur BFMTV. La ministre recevra également à partir de mardi les acteurs du monde de la culture, frappés par la crise économique liée à l'épidémie, a appris franceinfo auprès du ministère. Ces rendez-vous successifs, qui auront lieu au ministère, s'étaleront sur plusieurs jours. 

Quelles étaient les mesures sanitaires sur place ?

Dans les gradins du parc vendéen, qui comptent 12 000 places au total, les 9 000 spectateurs ont été divisés en trois groupes de 3 000 personnes séparés par des vitres en plastique. Des milliers de places ont ainsi été laissées libres, "afin de permettre la distanciation physique entre chaque groupe de personnes assistant au spectacle", selon le communiqué de la préfecture.

Par ailleurs, le port du masque a été rendu obligatoire pour tous les visiteurs de plus de 11 ans, "en permanence et tout au long du parcours, dès le parking et dans l'enceinte de la 'Cinéscénie'", précise la préfecture. Enfin, du gel hydroalcoolique a été versé dans les mains de chaque spectateur "dès son entrée" et des distributeurs ont été installés "tout au long du parcours du spectateur".

Le Puy du Fou respecte-t-il les règles ?

Le Puy du Fou avait déjà créé la polémique en juillet en accueillant pour ce même spectacle 12 000 personnes, réparties en trois tribunes de 4 000 spectateurs, séparées par des parois plastifiées. A l'époque, le parc n'avait pas obtenu d'autorisation de la préfecture, mais assurait avoir l'accord du maire des Epesses, commune sur laquelle il est situé. Une information toutefois réfutée par l'élu auprès de Ouest-FranceEt après la diffusion d'un reportage de France Télévisions, montrant la promiscuité entre les visiteurs, le parc était repassé sous la barre des 5 000 spectateurs.

Le Puy du Fou pourrait bénéficier d'une nouvelle dérogation pour le week-end du 21 et 22 août. Mais cette éventuelle attribution "s'appuiera notamment sur une réévaluation de la situation sanitaire ainsi que sur le respect effectif des engagements lors de la représentation du 15 août", écrit le préfet de Vendée.

Y a-t-il eu d'autres dérogations ?

Au 15 août, il s'agissait de l'unique dérogation accordée pour organiser un événement de plus de 5 000 personnes, avait appris France Télévisions auprès du ministère de l'Intérieur. Depuis, le club de rugby de Perpignan a été autorisé par arrêté préfectoral, lundi, à accueillir jusqu'à 8 000 supporters pour une rencontre contre Colomiers prévue vendredi. 

Une décision en partie justifiée par un seuil épidémique relativement faible dans le département des Pyrénées-Orientales, justifie la préfecture, contactée par franceinfo. A cela, s'ajoute la mise en place d'un protocole sanitaire strict pour cette rencontre : port du masque obligatoire, accès à la buvette limité, supporters placés dans les gradins par groupes de dix personnes, avec séparation de plusieurs rangs. "Pour l'instant, c'est un match amical, ça sera peut-être plus compliqué en septembre avec la reprise du championnat", tempère toutefois la préfecture qui traitera chaque événement au cas par cas.

Pour l'heure, ces autorisations restent encore largement marginales. Plusieurs clubs de footballqui souhaitaient lancer la saison de Ligue 1 avec davantage de supporters, se sont vus notifiés d'un refus. A l'instar du club de Bordeaux qui visait 10 000 spectateurs contre Nantes, samedi, sur les 42 000 qu'il peut recevoir au stade Matmut Atlantique. "C'est toujours le facteur épidémique qui prime. Il faut rappeler que la Gironde est en vigilance modérée", remarque la préfecture auprès de franceinfo.

C'est un match test, le premier au Matmut Atlantique depuis le confinement. Pour l'instant, on reste donc à 5 000 spectateurs.

La préfecture de Gironde

à franceinfo

Enfin, du côté des événements culturels, l'interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes a entraîné l'annulation de plusieurs grands festivals cet été, comme celui d'Avignon ou des Vieilles Charrues. "La situation de nombreux festivals notamment de musique n'est pas comparable. Beaucoup sont des festivals debout, configuration qui reste aujourd'hui interdite", a toutefois rappelé la ministre de la Culture dans Le Parisien. Elle a par ailleurs ajouté sur BFMTV que les dérogations n'avaient "pas été demandées" dans le secteur de la culture, promettant que "ceux qui [la] demanderont l'obtiendront".

Quelles sont les réactions ?

Certains se sont étouffés en prenant connaissance de cette dérogation, notamment dans le milieu de la culture, touché de plein fouet par la crise économique liée à l'épidémie. "C'est incompréhensible", a lâché Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre parisien du Rond-Point, au micro d'Europe 1. Pascal Nègre, ex-président d'Universal Music France, pointe quant à lui sur Twitter un "deux poids, deux mesures"


Même critique de la part du directeur général de la Ligue de football professionnel, Didier Quillot, qui a demandé sur Europe 1 "une uniformité dans les décisions à travers le territoire"

Qu'en dit la sphère politique ?

De nombreux élus, notamment classés gauche, ont également torpillé la dérogation accordée au Puy du Fou, dénonçant un traitement de faveur pour le parc, fondé par Philippe de Villiers, qui revendique sa proximité avec Emmanuel Macron"Il y a les incitations générales à la distanciation physique et il y a les dérogations pour les amis du président. Macron avait avancé la réouverture du Puy du Fou. Là, ils l'autorisent à créer des clusters", a écrit sur Twitter Julien Bayou. Le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts fait référence à une précédente polémique, survenue fin mai, lorsque Philippe de Villiers avait annoncé avoir obtenu l'autorisation de rouvrir le parc du président de la République lui-même, et avait publié un SMS qu'il disait avoir reçu de Macron.

Sur BFMTV, samedi matin, Aurore Lalucq, eurodéputée de Place publique, a quant à elle qualifié cette dérogation de "non-sens absolu" et de "totalement irresponsable". Un soupçon de favoritisme rapidement démenti par l'Elysée qui a assuré samedi, à franceinfo, n'être "en aucun cas intervenu" dans l'attribution de la dérogation par le préfet de la Vendée. Il n'y a eu "aucun fait du prince", a encore martelé la ministre de la Culture dans Le Parisien.

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