Coronavirus : qui sont les "experts" qui nous parlent tous les jours dans les médias ?

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France Télévisions
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Temps de lecture : 34 min.
De gauche à droite : Patric Pelloux, Philippe Juvin, Karine Lacombe et Didier Raoult.  (LUDOVIC MARIN / AFP - THOMAS SAMSON / AFP - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP - CHRISTOPHE SIMON - AFP)

Invités réguliers des matinales radio et plateaux de chaînes d'information en continu, longuement interviewés dans la presse écrite, ils influencent l'opinion publique et parfois la décision politique face à la pandémie de Covid-19. Franceinfo s'est penché sur le profil d'une partie des experts français les plus médiatiques. 

"Ce qu'est un expert pour une télévision ou pour un groupe, c'est une chose. Ce qu'est un expert pour la science, c’est une autre chose", expliquait fin février le professeur Didier Raoult dans une vidéo. Dans le flot des milliers d'interventions de spécialistes sur les plateaux de télévision depuis le début de l'épidémie de coronavirus, il est effectivement parfois difficile de s'y retrouver. 

Le domaine d'expertise ne sera pas le même si vous avez affaire à un microbiologiste (un spécialiste des microbes et des virus), un infectiologue (un médecin qui est au contact des patients infectés) ou un épidémiologiste (un expert des courbes, qui étudie la façon dont le virus se propage). Pour vous permettre de mieux faire connaissance avec une partie de ces spécialistes rompus à l'exercice médiatique, sans chercher à distribuer les bons ou les mauvais points, franceinfo a tenté de mieux cerner l'identité de ces "experts" qui façonnent l'opinion publique.

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Djillali Annane
Martin Blachier
Eric Caumes
• Anne-Claude Crémieux
William Dab
• Jean-François Delfraissy
• Antoine Flahault
• Arnaud Fontanet
Jean-Paul Hamon
• 
Philippe Juvin
 
Gérald Kierzek
• 
Karine Lacombe
• 
Damien Mascret
• 
Patrick Pelloux
• 
Christian Perronne
 
Didier Raoult 

Djillali Annane

Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), lors d'une interview sur France 2 diffusée le 2 août 2020. (FRANCE 2)

CV : Djillali Annane, 57 ans, médecin-réanimateur, est chef du service de médecine intensive et réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP) de Garches (Hauts-de-Seine). Il est également doyen de la faculté de médecine Simone-Veil, à l'université de Versailles. Il a été conseiller de la ministre de la Santé Marisol Touraine de 2012 à 2017. "Une expérience très intéressante, cela permet de comprendre comment fonctionne notre administration, et cela permet d'essayer de participer à la construction d'une politique de santé", explique-t-il à franceinfo.

Légitimité : en tant que chercheur, il a rédigé environ 500 articles et participe au comité éditorial de plusieurs revues scientifiques internationales. "Concernant la pandémie de coronavirus, je fais aussi partie d'un groupe de travail au sein de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui vise à établir quels doivent être les traitements de la Covid-19", ajoute-t-il.

Prise(s) de position : à plusieurs reprises, il a cherché à alerter sur un rebond de l'épidémie en France. "On a malheureusement trop de mal à anticiper sur le virus depuis le démarrage de la pandémie et, encore aujourd'hui, on a un décalage d'une semaine à 10 jours entre les décisions politiques et l'alerte du terrain", regrette-t-il.  Il préconise la généralisation du port du masque obligatoire "partout et tout le temps, parce que s'il faut un GPS pour savoir quand il faut le mettre, c'est trop compliqué".

Il recommande aussi un dépistage systématique des personnes dans la tranche d'âge 15-40 ans, "là où le taux d'incidence est le plus élevé, et comme ils sont majoritairement asymptomatiques ils risquent donc de transmettre le virus aux tranches d'âge supérieures". Il incite enfin à se pencher sur les moyens de communication utilisés pour sensibiliser les jeunes, et suggère de faire appel notamment à des youtubeurs. 

Liens d'intérêts : "Je n'ai pas de liens particuliers avec l'industrie pharmaceutique et je mets à jour ma déclaration chaque année". Comme la majorité des médecins et des infectiologues, sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé révèle bien quelques avantages perçus et environ 2 500 euros de rémunérations de la part des laboratoires sur les dernières années. "Ce qui est dommageable, c'est le manque de transparence et parfois le manque de discernement de certains collègues. Quand on est dans le 'board' d'un industriel par exemple et qu'on l'aide dans sa politique industrielle, on a forcément un avis biaisé."

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Martin Blachier

L'épidémiologiste Martin Blachier lors d'une interview dans un reportage de France 2, diffusé le 19 mai 2020. (FRANCE 2)

CV : Martin Blachier, 35 ans, fait office de benjamin de cette liste d'experts. Médecin épidémiologiste et spécialiste en santé publique, il débute sa carrière dans des unités de recherche de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et comme épidémiologiste auprès de divers laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, MSD France). Il peut également faire valoir une expérience auprès de la Haute autorité de santé (HAS), en charge notamment de "l'évaluation des protocoles et des résultats des études post-inscriptions", selon son CV.

Légitimité : en 2012, il cofonde Public Health Expertise, un bureau d'études qui travaille pour divers organismes publics de santé comme l'OMS, ainsi que sur des projets industriels. Cette entreprise a réalisé des modèles de simulation pour l'hépatite C, le VIH, le dépistage des cancers, la prise en charge des addictions et, plus récemment, le Covid-19. "On a l'avantage d'associer le domaine médical, l'épidémiologie et la compétence mathématique pour produire des modèles de simulation, explique-t-il à franceinfo. Modéliser les épidémies, c'est notre métier. Donc on a une longueur d'avance sur les autres."

Prise(s) de position : il a commencé à travailler pleinement sur l'épidémie au début du confinement. "On a estimé qu'il fallait déconfiner rapidement parce que cela ne servait à rien d'attendre." Il défend alors un déconfinement progressif, par tranches d'âge. Il prévient par la suite que la stratégie d'une campagne de tests massive ne suffira pas et qu'il faudrait protéger les populations les plus vulnérables. Plus récemment, il s'est distingué en critiquant l'obligation du port du masque en extérieur, estimant que la mesure avait "une efficacité quasiment nulle".

Liens d'intérêts : "Je ne reçois aucune rémunération personnelle des laboratoires ou autres, mais mon entreprise travaille autant avec des acteurs publics que privés, explique-t-il. Mais je ne fais pas partie des gens pour qui il y a un risque de conflits d'intérêts, car je ne suis pas un médecin prescripteur de molécules."

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Eric Caumes

Le médecin Eric Caumes dans une vidéo Brut publiée le 2 avril 2020. (BRUT / FRANCEINFO)

CV : Eric Caumes, 62 ans, est infectiologue, chef du service de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, à Paris. Il est également professeur à la faculté de médecine de Sorbonne, à Paris. Il est spécialisé en dermatologie et en maladies infectieuses et tropicales. Il a été membre du Conseil d'administration de l'International Society of Travel Medicine (2007–2011). 

Légitimité : il est l'auteur d'environ 400 publications et de plusieurs livres, principalement sur les pathologies du voyageur et les maladies d’importation, de la dermatologie infectieuse et tropicale ou encore des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH. "Je ne fais pas que du sida. La plupart des gens qui gèrent cette épidémie sont des spécialistes du sida et ils ont tous des liens d'intérêts avec les laboratoires qui travaillent dessus, cela pose quand même un problème"détaille-t-il à franceinfo.  

Prise(s) de position : Eric Caumes a été fustigé par une partie de ses confrères pour avoir récemment proposé, dans un article du Parisien, de laisser les jeunes "se contaminer entre eux" pour "participer à l'immunité collective". "Mes collègues n'attendaient que ça pour me tomber dessus, car je suis un sacré poil à gratter, réagit-il. Je me suis borné à constater le relâchement chez les jeunes, et je me suis interrogé sur le positif et le négatif dans cette affaire. J'ai aussi rappelé que les jeunes n'étaient pas infaillibles et qu'ils pouvaient transmettre le virus à leurs aînés."

L'infectiologue, qui avait averti dès la fin février du risque d'un scénario à l'italienne, se montre également critique sur la gestion de l'épidémie par les autorités. "Expliquez-moi pourquoi les masques deviennent obligatoires en extérieur, et non dans les open space en entreprise ? On est mauvais. Ils font de la politique et non de la santé." Le gouvernement a, depuis, annoncé que le masque deviendrait obligatoire en entreprise à partir du 1er septembre, sauf dans les bureaux individuels.

Liens d'intérêts : "Je suis l'un des rares qui n'en aient pas, affirme-t-il. J'ai dû déclarer 10 000 euros sur dix ans, à peu près. Ce sont principalement des topos pour les labos, des interventions dans des congrès." Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé indique effectivement quelques avantages et une rémunération de 1 500 euros par le laboratoire Pfizer.

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Anne-Claude Crémieux

L'infectiologue Anne-Claude Crémieux, à Paris, lors d'une interview accordée à France 2, diffusée le 17 juillet 2020. (FRANCE 2)

CV : Anne-Claude Crémieux, 65 ans, est médecin infectiologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. Elle est également membre de l'Académie nationale de médecine et professeure à l'université de Paris. Cette spécialiste des maladies infectieuses a également été conseillère au ministère de la Santé entre 2003 et 2005, auprès de Jean-François Mattei puis de Philippe Douste-Blazy. 

Légitimité : auteure du livre Gouverner l'imprévisible : Pandémie grippale, Sras, crises sanitaires (éd. Lavoisier, 2009), elle revendique une "double casquette""en tant que professeure en maladies infectieuses, mais également avec l'expérience de la gestion de crise sanitaire au cabinet du ministre", explique-t-elle à franceinfo. Elle a rédigé pendant le confinement un bulletin de recherches sur le Covid-19 pour synthétiser les nouvelles publications scientifiques. Ce dernier a été diffusé à l'ensemble des médecins de l'AP-HP. "C'était d'autant plus essentiel que, pendant le confinement, les gens n'avaient pas le temps de lire", commente-t-elle. 

Prise(s) de position : avec d'autres médecins, elle a appelé début juillet au port du masque obligatoire dans les lieux publics clos, dans une tribune publiée par Le Parisien"La seule vraie mesure de protection, c'est que tout le monde porte un masque", martelait-elle encore sur BFMTV"J'ai essayé de préparer dès le début le public au scénario défavorable qui s'est produit, car c'est une erreur commune aux crises sanitaires de minimiser et de tenter de rassurer. Donc j'ai alerté pour permettre aux gens d'avoir les moyens de faire face", estime-t-elle.

Liens d'intérêts : "Je ne fais pas du tout partie des gens qui ont des liens d'intérêts avec les industriels qui développent des produits de santé ou des vaccins dans le cadre du coronavirus", assure l'infectiologue. Elle reconnaît en revanche des liens "avec certains industriels" dans le cadre de son travail de recherche. Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé indique des avantages et rémunérations cumulés d'environ 4 000 euros sur les dernières années (des laboratoires Pfizer, Janssen-Cilag et MSD France). Il s'agit le plus souvent de frais générés dans le cadre d'invitations à des congrès.

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William Dab

William Dab, ancien directeur général de la santé, à l'Assemblée nationale, le 23 juin 2020.  (ASSEMBLEE NATIONALE)

CV : médecin, ancien interne des Hôpitaux de Paris et diplômé d'un doctorat en épidémiologie, William Dab, 49 ans, est professeur titulaire de la chaire d'Hygiène et Sécurité du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) depuis 2007. Il est surtout connu pour avoir été directeur général de la santé (DGS) entre 2003 et 2005, c'est-à-dire le poste occupé actuellement par Jérôme Salomon. Il a aussi été membre du comité exécutif de l'OMS et président du Comité européen Environnement et Santé de l’OMS. 

Légitimité : ses anciennes fonctions lui permettent d'avoir une parfaite connaissance du fonctionnement des autorités sanitaires. Ses travaux en tant que chercheur ont porté sur la surveillance épidémiologique, l’organisation du système de sécurité sanitaire, le sida et la sécurité sanitaire de l’environnement et du travail.

Prise(s) de position : début avril, dans un entretien remarqué au Monde, il estime qu'"en matière de prévention, nous ne sommes pas à la hauteur de l’épidémie". Il déplore à l'époque que les personnes infectées soient renvoyées chez elles, qu'on n'en fasse pas assez au niveau des enquêtes épidémiologiques et que tout l’effort pèse sur les citoyens par le biais d’un confinement.

En juin, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, il n'épargne pas, une fois de plus, les autorités sanitaires, estimant qu'elles n'en ont "pas assez" fait en arrêtant trop tôt le dépistage systématique et le traçage des chaînes de contamination. Mais qu'elles en ont "trop" fait en confinant tout le territoire au lieu de trois régions seulement. Il pointe également du doigt les faibles ressources pour la santé publique, qui expliquent, selon lui, le manque de préparation du pays face à l'épidémie. Il dénonce ainsi un "terrible ratage sur la gestion du stock de masques  !"

Liens d'intérêts : "Ce qui est dangereux, ce sont les liens camouflés, estimait-il en 2018 sur France Culture, mais ces liens d'intérêts sont nécessaires." Dans cette émission, il expliquait avoir accepté des activités de conseil pour Saint-Gobain, afin de "former les managers à la prévention en santé au travail". Cela l'avait amené à démissionner de la présidence d'une commission d’évaluation des innovations techniques dans le domaine de la détection et du traitement de l’amiante dans le bâtiment, pour "protéger la réputation de cette commission".  

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Jean-François Delfraissy

Le président du Conseil scientifique, Jean-Francois Delfraissy, le 26 avril 2020, à Paris.  (JOEL SAGET / AFP)

CV : Jean-François Delfraissy, 72 ans, est professeur de médecine, spécialisé dans l'immunologie et l'infectiologie. Il a été chef de service de médecine interne et immunologie clinique de 1996 à 2013 à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Il a dirigé l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), de 2005 à 2017. En 2014, il a été chargé par Manuel Valls de s'occuper du plan Ebola en France, avant de devenir président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) en 2016. Il a enfin été nommé en mars dernier président du Conseil scientifique du Covid-19 par le gouvernement. 

Légitimité : cet immunologiste de renom totalise plus de 450 publications internationales dans le domaine du sida, de l'immunologie clinique et de la médecine interne. Il est l’un des pionniers dans la lutte contre le VIH, qui est devenue son domaine d’expertise. En tant que président du Conseil scientifique, il a la lourde charge de conseiller le pouvoir sur les mesures à prendre pour contrer l'épidémie. Après la décision du confinement, il avait confié devant la commission d'enquête "[ne pas avoir] dormi pendant trois ou quatre nuits".

Prise(s) de position : il assure ne pas prendre de position personnelle et ne parler dans les médias qu'en tant que président du Conseil scientifique. "J'anime un comité d'experts pluridisciplinaires et j'estime que la bonne science se fait à plusieurs", explique-t-il à franceinfo. Les avis de ce collège d'experts n'ont d'ailleurs pas toujours été suivis par le gouvernement. Lorsqu'Emmanuel Macron a ainsi annoncé la date du 11 mai pour le déconfinement, Jean-François Delfraissy a bien fait comprendre qu'il s'agissait d'une "décision politique". Il assume aujourd'hui toutes les prises de position du Conseil scientifique mais regrette, avec un peu de recul, "de ne pas avoir préconisé un confinement quelques jours plus tôt (...) Mais on a appris en marchant au sujet de ce virus", reconnaît-il. 

Liens d'intérêts : "Je n'ai pas de conflits d'intérêts". Il a d'ailleurs fait une déclaration de ses biens à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique "pour vérifier qu'[il n'a] pas fait fortune en étant président du CCNE", explique-t-il. Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé confirme qu'il n'a pas touché de rémunérations des laboratoires mais qu'il a bénéficié comme les autres de quelques repas (pour un montant total de moins de 200 euros).

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Antoine Flahault

L'épidémiologiste Antoine Flahault, le 27 septembre 2019, à Chamonix (Haute-Savoie). (VALENTIN FLAURAUD / CHAM / AFP)

CV : épidémiologiste, docteur en médecine et en biomathématiques, Antoine Flahault, 59 ans, est directeur de l'Institut de santé globale à la faculté de médecine de l'université de Genève. Ancien interne des hôpitaux de Paris, il a fondé à Rennes l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) qu’il a dirigée de 2007 à 2012, détaille son CV. Il est actuellement membre correspondant de l'Académie nationale de médecine.

Légitimité : ce spécialiste en modélisation mathématique des épidémies a également dirigé le centre collaborateur de l’OMS pour la surveillance électronique des maladies. En 2006, le Premier ministre Dominique de Villepin lui avait confié la coordonination des recherches sur le virus du chikungunya dans l’océan Indien. En tant que chercheur, il a publié environ 300 articles scientifiques sur diverses épidémies.

Prise(s) de position : avant le confinement, il invite les autorités, dans un article du Figaroà "prendre des mesures fortes tout de suite, au moins jusqu'à l'été". Dès le 26 janvier, il fait également la promotion sur Twitter des masques de confection artisanale. "J'avais notamment tweeté une vidéo venue de Chine sur comment faire des masques avec du papier toilette", raconte-t-il à franceinfo.

Aujourd'hui, il préconise d'adapter la stratégie face à l'épidémie en fonction de l'âge des personnes. "Pour les moins de 40 ans, le risque est exceptionnel. Entre 40 et 80 ans, ça peut être une très mauvaise grippe. Et si vous avez plus de 80 ans, ça correspond à peu près à Ebola, résume-t-il. Si vous êtes jeune, vous pouvez vivre presque comme avant, mais il faut protéger les plus faibles, avec notamment le port du masque. Si vous êtes une personne à risques, il faut prendre vos précautions." 

Liens d'intérêts : "Je n'ai pas de conflit d'intérêts à déclarer, assure-t-il à franceinfo. J'ai eu des conflits d'intérêts avec du financement venu de certains laboratoires lors de certaines recherches, notamment sur le chikungunya, mais actuellement non." 

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Arnaud Fontanet

L'épidémiologiste Arnaud Fontanet lors d'une conférence de presse en présence du Premier ministre, Edouard Philippe, le 28 mars 2020, à Paris. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

CV : médecin et épidémiologiste, Arnaud Fontanet, 59 ans, est professeur à l’institut Pasteur et au Cnam. Ancien interne des hôpitaux de Paris, il a obtenu un doctorat en médecine à Paris 5 et en santé publique à Harvard. Il s'est spécialisé en épidémiologie des maladies infectieuses et tropicales. Il a été responsable pendant cinq ans d’un programme de recherche sur le sida en Ethiopie. Premier titulaire de la chaire de Santé publique au Collège de France, il est également membre du Conseil scientifique Covid-19 mis en place par le gouvernement.

Légitimité : il est l'auteur d'au moins 250 publications dans des revues scientifiques internationales. Ses principaux thèmes de recherche sont les hépatites virales et les virus émergents, comme le Sras, le Mers-CoV et désormais le Sars-CoV-2.

Prise(s) de position : en tant que membre du Conseil scientifique, il répercute souvent les avis de l'instance sur les plateaux de télévision. Il met aussi régulièrement en garde la population contre tout excès d'optimisme. "Quand il recommencera à faire froid dans l'hémisphère nord, le virus reviendra", déclarait-il début juillet sur France Inter"Je serais très surpris qu'on ait en 2021 un vaccin qui soit efficace", a-t-il également prévenu sur BFMTV

Interrogé par franceinfo, Arnaud Fontanet regrette par ailleurs que le débat sur l'hydroxychloroquine ait pollué l'espace médiatique, alors que la communauté scientifique avait par ailleurs des échanges de bonne qualité. "Les médias se sont focalisés sur le bout de la lorgnette. Quand on prend l'approche scientifique, il n'y a plus d'histoire. Un essai scientifique ça se fait en randomisé, en double aveugle, point", assène-t-il pour tenter de clore le débat avec Didier Raoult.

Liens d'intérêts : "Concernant les laboratoires, je n'ai pas de liens d'intérêts, assure-t-il à franceinfo. J'ai juste été rémunéré pour des rapports sur le risque pandémique à destination d'un groupe d'assurances (Allianz)." 

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Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, le 18 septembre 2018, à l'Elysée, à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

CV : Jean-Paul Hamon, 73 ans, est médecin généraliste. Il s'est installé en 1973 à Clamart (Hauts-de-Seine) dans un regroupement de cinq médecins généralistes. Il est président de la Fédération des médecins de France depuis 2011 et, à ce titre, intervient régulièrement dans les médias.

Légitimité : "Mon expertise est celle d'un médecin généraliste confronté à un nouveau virus. On a vu des cas défiler dans notre cabinet, on a soigné des gens, explique-t-il à franceinfo. Par ailleurs, j'ai été contaminé au début du confinement, donc j'ai pu expérimenter le fait de l'avoir."

Prise(s) de position : il défend les intérêts des généralistes, notamment sur les mesures de protection à prendre pour éviter la contamination des soignants. Dans une interview au Parisienau début de l'épidémie, il ne cache pas sa colère face à la pénurie de masques. "Pour être honnête, j'ai aussi relayé, au début, les propos du gouvernement sur le fait que le masque n'était pas nécessaire pour le grand public", admet-il. Dans ses premières interventions, il se voulait rassurant. "La mortalité reste de l'ordre de celle de la grippe, il n'y a pas à paniquer", affirme-t-il sur France Inter en février.

"J'ai même pensé un temps qu'il fallait mettre les personnes fragiles à l'abri et laisser courir ce virus. Heureusement qu'on ne m'a pas écouté, c'était la technique suédoise, on aurait sans doute eu beaucoup plus de morts", raconte-t-il avec franchise. On a découvert le virus au fur et à mesure. J'ai réalisé qu'on allait trinquer quand on a vu arriver le cluster dans l'Oise."

Liens d'intérêts : "Je n'ai aucun conflit d'intérêts avec les laboratoires ou autres", affirme-t-il. Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé confirme qu'il a reçu très peu d'avantages (essentiellement des repas) pour moins de 500 euros sur les dernières années.

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Philippe Juvin

Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, le 3 avril 2020, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

CV : chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, ce professeur de médecine de 56 ans à l'université Paris 7 porte la double casquette de soignant et d'homme politique. Maire (LR) de la Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine) depuis 2001, il a également été député européen de 2009 à 2019. Il dirige par ailleurs la fédération Les Républicains des Hauts-de-Seine. Il a effectué une mission en Afghanistan pour l’Otan dans un camp militaire français pendant deux mois en 2008.

Légitimité : Philippe Juvin est un bon connaisseur de l'hôpital public et de l'AP-HP. Avant d'arriver à la tête de son service d'urgences, il avait dirigé celui de l’hôpital Beaujon, où il avait expérimenté "une méthode pour améliorer la gestion des lits", comme il l'explique à L'Obs. Au sein de LR, il est considéré comme un spécialiste en matière de santé, de handicap et de dépendance. 

Prise(s) de position : très tôt, il sent le danger de la pandémie. Quand le premier patient chinois atteint du coronavirus en France arrive dans son service, il décide immédiatement de l'isoler. "J’ai eu du pif", confie-t-il à L'Obs. Il réorganise alors son service et prévient les Français sur TF1, le 15 mars : "Une vague très haute va arriver. J’ai l’impression, collectivement, que nous sous-estimons la menace (…) Je suis pour un confinement total, à l’italienne." Il est aussi l'un des premiers à alerter sur la pénurie de masques. "Une honte", s'indigne-t-il dans L'Obs.

On fait des cœurs artificiels en France, et on n’a pas de masques ?

Philippe Juvin

à "L'Obs", en mars

Il plaide désormais depuis plusieurs semaines pour une systématisation du port du masque. "L'enjeu du masque est le même que celui du préservatif avec le VIH", explique-t-il fin juillet à L'Express. Il n'hésite pas ainsi à critiquer les décisions gouvernementales en la matière qui, selon lui, manquent de clarté. "C'est flou. Et quand on veut lutter contre une épidémie, il faut de la rigueur", estime-t-il sur franceinfo.

Liens d'intérêts : quand il intervient dans les médias pour s'interroger sur l'action du gouvernement, il est parfois difficile de savoir s'il s'exprime en tant que professionnel du monde de la santé ou en tant qu'élu LR et membre de l'opposition. "Je suis libre avant tout, répond-il sur Twitter. Quand il m’est arrivé de féliciter le gouvernement, personne ne s’en offusquait. Et d’un coup, car j’ose pointer son amateurisme, le fait d’être LR deviendrait honteux ?" Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé indique par ailleurs quelques avantages reçus ces dernières années (des repas ou des inscriptions à des congrès), pour un montant inférieur à 2 000 euros. 

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Gérald Kierzek

Gérald Kierzek, médecin urgentiste, le 12 mars 2020 à Paris. (IBO/SIPA)

CV : médecin urgentiste, Gérald Kierzek, 46 ans, est devenu le visage de la santé sur les chaîne du groupe TF1, en particulier LCI, depuis 2018. Lors de ses études, il s'oriente vers la santé publique pour "faire autre chose que de voir des malades", confie-t-il à Libération en 2014. Après un passage par la direction de la politique médicale de l’AP-HP et par le cabinet du ministre de la Santé Bernard Kouchner, il devient responsable du service mobile d'urgence et de réanimation (Smur) de l'Hôtel-Dieu, à Paris. Il commence parallèlement une seconde carrière dans les médias à partir de 2011, en devenant chroniqueur au "Magazine de la santé" sur France 5 puis chroniqueur dans "Le Grand Huit", sur D8, l'année d'après. 

Légitimité : "Je ne suis pas journaliste, je suis médecin", tient à rappeler Gérald Kierzek à Télérama. Malgré son agenda médiatique chargé, il assure toujours deux à trois gardes par semaine aux urgences de l’Hôtel-Dieu. "Je fais le même métier à la télévision qu’à l’hôpital devant mes patients : j’explique la médecine, je fais de la prévention, je parle de bénéfice/risque… Notre rôle à la télévision est aussi anxiolytique (...) on doit calmer les angoisses, détaille-t-il aussi sur le site du Quotidien du médecin. Ma légitimité est liée à ma pratique clinique. Le gros danger, ce serait d’être déconnecté de la réalité."

Prise(s) de position : le plus souvent, il se borne à faire œuvre de pédagogie pour le public. "Si tout le monde porte son masque, on va s'auto-protéger les uns les autres", explique-t-il sur TF1 à la veille du déconfinement, en montrant par exemple les bons gestes pour mettre correctement son masque. Parfois, le chroniqueur ose aussi la critique de l'action gouvernementale. "C’est d’une mauvaise foi absolue. Dire que la crise de l’hôpital n’a rien à voir avec le coronavirus... L’hôpital est mobilisé en première ligne !", s'emporte-t-il sur LCI après une visite d'Emmanuel Macron à La Pitié-Salpêtrière.

Liens d'intérêt : sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé révèle quelques avantages reçus ces dernières années via des frais de restauration ou de transport dans le cadre d'invitations à des congrès, pour environ 2 000 euros. 

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Karine Lacombe

Karine Lacombe lors d'une audition à l'Assemblée nationale, le 25 juin 2020, à Paris.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

CV : médecin et infectiologue, Karine Lacombe, 50 ans, est cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP). Elle est également professeure à la faculté de médecine de Sorbonne Université. Elle est titulaire d'un diplôme en santé publique et évaluation des actions de santé et d'un doctorat en épidémiologie.

Légitimité : "Concernant mes thèmes de recherche, je travaille plutôt sur les infections virales chroniques et sur l'évaluation des actions de santé (prévention, traitement, méthode diagnostique)", explique-t-elle à franceinfo. Dans le cadre de ses travaux, elle a notamment développé des recherches cliniques sur les problématiques des hépatites VIH-chroniques B et C et des comorbidités liées à l'utilisation des antirétroviraux, en relation avec les équipes de recherche de l'Inserm. Elle est l'auteure d'environ 130 articles et livres sur ces sujets.

Prise(s) de position : elle s'est exposée pour dénoncer le protocole et les méthodes d'évaluation du professeur Raoult et son traitement à base d'hydroxychloroquine. Sur France 2, elle s'était dite "écœurée" de voir que le Dr Raoult "expose les gens à un faux espoir de guérison (...) Ce qui se passe à Marseille est à mon avis absolument scandaleux (...) C'est en dehors de toute démarche éthique." Ses prises de position lui ont valu de fortes hostilités, notamment sur les réseaux sociaux. "J'ai été menacée de mort et j'ai porté plainte", a-t-elle même expliqué devant la commission d'enquête parlementaire du Covid-19. "Je ne me suis pas opposée au Dr Raoult, mais à ses méthodes d'évaluation", rappelle-t-elle fois à franceinfo.

Liens d'intérêts : les partisans de Didier Raoult ont attaqué les supposés conflits d'intérêts de l'infectiologue avec des laboratoires pharmaceutiques. Karine Lacombe a perçu 15 000 euros du laboratoire Gilead et 3 000 de la part d'AbbVie sur cinq ans, comme elle l'indique dans une déclaration publique d’intérêts (PDF) datant de 2016. "Cela n’a rien d'inhabituel, beaucoup de chercheurs sont dans le même cas, explique-t-elle. J'ai des liens d'intérêts avec des labos qui travaillent dans le domaine des infections virales." 

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Damien Mascret

Damien Mascret répond aux questions des internautes sur franceinfo, le 1er avril 2020. (FRANCEINFO)

CV : Damien Mascret, 53 ans, est médecin généraliste et sexologue à Paris. En plus de son expérience de soignant, il est également journaliste et diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille. Il travaille pour Le Figaro depuis 2011. Après des expériences à Europe 1 et RTL, il a rejoint le service public et France Télévisions en 2018. 

Légitimité : il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le malade n'est pas qu'un numéro (éd. Odile Jacob, 2004) et Ministre - Un an dans les pas de Xavier Bertrand (éd. Ed. de Santé, 2007). Il est intervenu régulièrement sur franceinfo et France 2 ces derniers mois pour parler du Covid-19. Il a fait preuve de pédagogie en répondant régulièrement aux inquiétudes des téléspectateurs, sans chercher pour autant à minimiser la situation. "Pour moi, l'important, ce n'est pas de rassurer les gens, mais d'informer correctement, explique-t-il à franceinfo. Même quand l'information est anxiogène, il faut la donner. Je mets le journaliste devant le médecin."

Prise(s) de position : il joue régulièrement la prudence dans ses avis, en acceptant les limites des connaissances actuelles sur le virus. "On n’aime pas trop parier avec les virus, on ne sait jamais comment ils se comportent, surtout quand ils sont nouveaux", prévient-il sur France 2. "La chloroquine doit être prescrite. Il ne faut pas la prendre en automédication. Pendant la grossesse, on se méfie beaucoup de ces produits, car ils peuvent compromettre la fertilité (...) il faut être très prudent", alerte-t-il également fin mars sur franceinfo.

Liens d'intérêts : "Je n'ai pas de liens d'intérêts à déclarer", affirme-t-il à franceinfo. Sa fiche sur la base de données publique Transparence-Santé est vide.

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Patrick Pelloux

Patrick Pelloux répond aux journalistes après une rencontre avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn, le 9 septembre 2019, à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)

CV : médecin urgentiste au samu de Paris, Patrick Pelloux, 56 ans, est président du syndicat de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUF). Docteur en médecine, il s'est fait connaître sur les plateaux de télévision lors de la canicule de 2003 en donnant l'alerte sur les conséquences dans les services hospitaliers. Egalement écrivain, il a longtemps tenu une chronique dans Charlie Hebdo où il racontait des anecdotes sur son expérience médicale, avant de mettre un terme à l'expérience quelques mois après l'attentat dans les locaux de l'hebdomadaire. Il est également apparu à plusieurs reprises au cinéma dans des rôles de médecin ou d'infirmier.

Légitimité : son franc-parler et ses différentes casquettes en font un habitué des matinales radio et des plateaux de télévision pendant l'épidémie. Il n'est ni virologue, ni épidémiologiste, mais il peut faire valoir son expérience d'urgentiste. Il est par ailleurs l'auteur de plusieurs ouvrages, tel que Urgences… Si vous saviez : Chroniques du samu (éd. Le Cherche Midi, 2012), On ne vit qu'une fois (Le Cherche midi, 2014) ou L'Instinct de vie (Le Cherche Midi, 2017). Politiquement, il n'a jamais fait mystère des liens d'amitié qu'il a déveoppés avec l'ancien président François Hollande.

Prise(s) de position : il a parfois été raillé pour certaines prises de position, comme lorsqu'il a conseillé sur BFMTV aux gens de se "raser" la barbe pour lutter contre le virus. "Sauf à travailler au très proche contact de malades, se raser la barbe n’est pas nécessaire pour se protéger du coronavirus", rappelle Le Monde. Il a également pris la défense du professeur Raoult sur BFMTV et proposé de tester la chloroquine sur les résidents d'Ehpad atteints par le virus.

Je m'insurge contre ceux qui disent que c'est un escroc, un fou. (...) Son idée tient a priori la route au vu des études qu'il a sorties, en prévention et pour traiter des gens potentiellement malades.

Patrick Pelloux

sur BFMTV, en avril

Il milite désormais pour la généralisation du port du masque, y compris en extérieur. "Il va falloir prendre la décision de dire aux gens de porter le masque tout le temps, de se laver les mains au savon ou au gel hydroalcoolique toutes les heures, et de respecter la distanciation physique", martèle-t-il sur franceinfo. Il préconise également le port du masque obligatoire dans toutes les entreprises. 

Liens d'intérêts : la base de données publique Transparence-Santé n'indique pas de liens d'intérêts. 

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Christian Perronne

Le professeur Christian Perronne, le 26 janvier 2017.  (LEEMAGE / AFP)

CV : à 65 ans, Christian Perronne est le chef du service maladies infectieuses de l'hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP) de Garches (Hauts-de-Seine). Il est également professeur à l'université de Versailles. Il s'est spécialisé au fil de sa carrière sur les maladies tropicales et les maladies infectieuses émergentes. Pendant quinze ans, il a aussi été conseiller en matière de santé publique au ministère de la Santé. Il a également été expert pour les agences française et européenne du médicament ou l’OMS, et est aujourd'hui président de la commission spécialisée "maladies transmissibles" du Haut Conseil de la santé publique.

Légitimité : il a participé à de nombreuses recherches sur le sida ou le virus H5N1 de la grippe aviaire. Mais il est surtout présenté comme un spécialiste de la maladie de Lyme, cette pathologie transmise lors d'une piqûre de tique infectée par une bactérie. En 2016, il affirme au JDD que l'explosion de cette maladie, causée et cachée par "l'armée américaine et les scientifiques sous sa coupe", est due à une prolifération incontrôlée de tiques manipulées par un chercheur en virologie nazi. Des prises de position qui lui ont valu la méfiance d'une partie de la communauté scientifique. 

Prise(s) de position : présent comme beaucoup de médecins sur les plateaux de télévision au début de l'épidémie, il commence par s'inquiéter sur TF1 de la pénurie de masques, avant de prendre fait et cause pour le traitement hydroxychloroquine-azithromycine vanté par Didier Raoult. "C’est une évidence scientifique mondiale. Ça marche et nous ne faisons pas ce choix", déclare-t-il le 30 mars sur C8, dans l'émission "Balance ton post". C'est le début d'une longue croisade qui va l'amener à écrire le livre Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? (éd. Albin Michel), un ouvrage dans lequel il s'en prend aux décisions du gouvernement mais aussi à ses collègues. Il accuse sans preuve ces derniers d'avoir écarté la chloroquine pour satisfaire leur ego, mais surtout pour des raisons économiques liées aux grands laboratoires. 

"J'ose le dire, il y a une véritable corruption qui a plongé des dizaines de milliers de Français dans la mort", dénonce-t-il sur Sud Radio. Sur BFMTV, il va encore plus loin et affirme que 25 000 morts auraient pu être évités avec l'utilisation massive de la choloroquine. "Les propos sont graves, car ils font passer pour des 'criminels' les médecins qui s'appuient sur les données de la science pour soigner leurs patients, tout en cherchant à imposer des traitements probablement inefficaces", réagissent alors plusieurs infectiologues dans un communiqué. Depuis, le Conseil national de l’Ordre des médecins s’est saisi de son cas. L’AP-HP a également alerté ses instances déontologiques.

Liens d'intérêts : il a bénéficié de quelques avantages venus de laboratoires (hébergement, repas dans le cadre d'invitation à des congrès ou rémunérations pour un travail d'expertise) s'élevant à environ 5 000 euros sur les cinq dernières années, selon la base de données publique Transparence-Santé. 

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Didier Raoult

Didier Raoult lors d'une audition devant la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale sur l'épidémie de coronavirus, le 24 juin 2020, à Paris. (THOMAS COEX / AFP)

CV : Didier Raoult, 68 ans, est un spécialiste des maladies infectieuses et professeur de microbiologie. Il est pionnier en matière de paléomicrobiologie, une nouvelle discipline qui consiste à diagnostiquer des maladies infectieuses anciennes. Dans les années 1980, il fonde sa renommée sur son travail autour des rickettsies, des bactéries à l'origine notamment du typhus. Il se distingue aussi en 2003 avec l'identification du virus géant Mimivirus. Ses découvertes lui valent d'ailleurs le Grand Prix Inserm 2010. Devenu expert des bactéries, il s'intéresse particulièrement à la maladie de Whipple (une infection bactérienne chronique) et à la bactérie responsable de la fièvre Q. Il a ainsi reçu des malades du monde entier. Il a présidé l'université Aix-Marseille II entre 1994 et 1999 et dirige l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille.

Légitimité : "Je suis une star des maladies infectieuses. J'ai tout eu, j'ai un cursus qui fait rêver à peu près n'importe qui, se targue-t-il sur BFMTV début juin. J'ai eu une quantité de prix considérables." Personne ne peut retirer à Didier Raoult ses diplômes ou ses distinctions. Il est indéniable que le microbiologiste de renommée mondiale a une expertise sur le sujet des maladies infectieuses. Il est d'ailleurs coauteur de milliers de publications scientifiques et se vante d'être le numéro 1 dans le domaine des maladies infectieuses, en se basant sur le site ExpertScape. Comme le précise Libération, ce site a "une définition de l’expertise essentiellement basée sur le nombre de publications". Ce nombre pléthorique de publications laisse circonspects certains de ses confrères. "Il teste beaucoup de pistes, si c'est intéressant il publie très vite, pas forcément des choses de haut niveau, sinon il abandonne", explique à franceinfo Christophe Rogier, qui a travaillé avec Didier Raoult entre 2007 et 2011. 

Prise(s) de position : rare dans les médias, Didier Raoult est devenu un média à lui tout seul en publiant un bilan de situation sur l'épidémie toutes les semaines sur la chaîne YouTube de l'IHU. Il avance rapidement à contre-courant au début de l'épidémie. Il défend les dépistages massifs, propose un traitement à base d'hydroxychloroquine et claque la porte du Conseil scientifique. "Sur le plan de l’éthique médicale, j’estime ne pas avoir le droit en tant que médecin de ne pas utiliser le seul traitement qui a jusqu’ici fait ses preuves", explique Didier Raoult au Parisien (article réservé aux abonnés).

Je suis convaincu qu’à la fin tout le monde utilisera ce traitement.

Didier Raoult

au "Parisien", en mars

Il n'a de cesse, dans les semaines qui suivent, de défendre son traitement, quand une partie de ses confrères réclament le résultat des essais cliniques avant de trancher sur l'efficacité de ce cocktail médicamenteux. "Il nous a nui énormément. Tout le monde voulait de l'hydroxychloroquine et aujourd'hui les études montrent que ce n'est pas efficace", assure le Pr Eric Caumes. "Il a le mérite d'avoir familiarisé le public avec ce qu'étaient les essais thérapeutiques. On n'avait jamais eu de débat sur comment démontrer l'efficacité des molécules, il y a dans cette histoire une forme de démocratie sanitaire", tempère Anne-Claude Crémieux.

A plusieurs reprises, il a également cherché à rassurer le public. "L'épidémie est en train de disparaître de Marseille", annonce-t-il ainsi en avril. "On n'est pas affolés par la situation actuelle", rassure-t-il encore dans une vidéo postée le 4 août. L'atypique professeur, désormais soutenu par une communauté de fans regroupés dans plusieurs groupes Facebook, continue de défendre ses positions hétérodoxes, à rebours de la communauté scientifique. "Il est probable qu'avec tout ce que je parle, je dis des bêtises comme tout le monde", admet-il malgré tout sur BFMTV.

Liens d'intérêts : il n'a de cesse de se revendiquer libre et indépendant pour mieux dénoncer les conflits d'intérêts dont serait coupable une partie de la communauté scientifique. La base de données publique Transparence-Santé ne laisse effectivement transparaître aucun lien d'intérêts le concernant. 

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