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Confinement des non-vaccinés contre le Covid-19 : le choix de l'Autriche est-il envisageable en France ?

Même si les indicateurs épidémiques repartent à la hausse dans l'Hexagone, l'hypothèse d'un confinement en fonction du statut vaccinal est, pour l'heure, écartée par le gouvernement.

Article rédigé par franceinfo
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Des passants dans les rues de Salzbourg, en Autriche, le 12 novembre 2021. (BARBARA GINDL / APA / AFP)

C'est une première dans l'Union européenne. L'Autriche a instauré, lundi 15 novembre, un confinement pour les personnes non-vaccinées contre le Covid-19. "La situation est grave (…). Nous ne prenons pas cette mesure le cœur léger, mais malheureusement elle est nécessaire", a justifié dimanche le chancelier autrichien, Alexander Schallenberg, pointant un taux de vaccination "honteusement bas" dans son pays.

Concrètement, les deux millions de personnes concernées par ce confinement n'auront pas le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux. Face à la hausse des contaminations en Europe, d'autres pays, comme l'Allemagne, prennent également des décisions fortes pour inciter les derniers réticents à se faire vaccinerDes mesures similaires sont-elles envisageables en France ? Eléments de réponse.

D'un point de vue sanitaire : la situation dans les deux pays n'est pas comparable

"On n'est pas sorti de l'épidémie, ni en France ni ailleurs, l'heure n'est pas venue de baisser la garde", a prévenu vendredi Jean Castex. Cependant, si la France voit ses indicateurs épidémiques repartir à la hausse, la situation n'est, pour l'instant, pas comparable avec la situation en Autriche. Dans les deux pays, on recense plus de 10 000 nouveaux cas quotidiens en moyenne sur les sept derniers jours. Mais la France compte près de huit fois plus d'habitants. La dynamique est également différente, alors que le taux d'incidence dans l'Hexagone est remonté à plus de 100 cas pour 100 000 habitants lundi (avec des départements comme la Haute-Corse ou les Bouches-du-Rhône où il s'envole à nouveau), contre plus de 850 cas en Autriche (en anglais). Samedi, le pays a par ailleurs enregistré un record de contaminations depuis le début de la pandémie, avec plus de 13 000 nouveaux cas (en anglais).

Du côté du nombre de patients hospitalisés, "qui sont en immense majorité des personnes non-vaccinées""on sent un frémissement" depuis le début du mois de novembre, mais "on est encore loin des vagues précédentes", a commenté lundi sur franceinfo François Braun, président de Samu urgences de France (SUdF). 

"La cinquième vague sera celle des non-vaccinés et des personnes fragiles 'non rappelées' [qui n'ont pas reçu de nouvelle dose de rappel]. Chaque injection éloigne un patient de l'hôpital et nous rapproche collectivement d'un hiver serein", a mis en garde mardi Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, en déplacement dans les Hauts-de-Seine. Sur le plan de la vaccination, 75% de la population française a bénéficié d'un schéma complet. Un chiffre supérieur aux 65% de personnes totalement vaccinées en Autriche. 

D'un point de vue politique : la piste d'un reconfinement écartée (pour l'instant)

"Il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement", a martelé Bruno Le Maire dimanche sur BFMTV. Interrogé sur le confinement pour les non-vaccinés instauré en Autriche, le ministre de l'Economie a assuré que c'était "tout ce que nous voulons éviter""Pour le moment, il est absolument hors de question de parler de reconfinement", a quant à lui affirmé Gabriel Attal, samedi soir sur le plateau de l'émission "On est en direct", sur France 2.

"L'objectif, et la méthode que nous avons tenue, c'est celle de la vaccination et du rappel", a de son côté souligné Christophe Castaner, lundi sur France 2. Le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale a précisé que "620 000 rendez-vous" ont été pris en ce sens depuis l'allocution d'Emmanuel Macron, mardi dernier. Lors de sa prise de parole, le chef de l'Etat a lui-même lancé un appel à se faire vacciner aux six millions de personnes "qui n'ont reçu aucune dose", au nom de "l'esprit de responsabilité".

Si un confinement à l'autrichienne n'est donc pour l'instant pas à l'étude, le gouvernement ne ferme aucune porte. "Il ne faut jamais rien exclure par principe. Cette épidémie continue de surprendre le monde entier", a prudemment avancé le porte-parole du gouvernement. 

D'un point de vue juridique : un risque de rupture d'égalité

Lors des précédentes vagues épidémiques, l'éventualité d'un confinement des plus âgés et des plus fragiles avait déjà provoqué de vifs débats. En novembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait écarté cette piste "pour des raisons de faisabilité et de solidarité entre les générations".

Juridiquement, un éventuel confinement appliqué aux seules personnes non-vaccinées risquerait de créer une rupture d'égalité. "Je ne pense pas que l'on puisse prendre des mesures différenciées en fonction du statut vaccinal, car la seule différenciation que permet l'état d'urgence sanitaire est territoriale", estime auprès de BFMTV Jean-Philippe Derosier, spécialiste du droit constitutionnel. "Il y a une vraie question démocratique et de cohésion sociale avec ce type de mesure", a également jugé lundi sur franceinfo Sandra Hoibian, directrice du pôle société au Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie).

La chercheuse a pointé un risque de fracture au sein de la société française. Une analyse partagée par l'épidémiologiste Pascal Crépey, auprès de 20 Minutes : "Augmenter les contraintes sur la population qui refuse le vaccin serait susceptible de la radicaliser. Sans pour autant parvenir à la faire changer d'avis."

D'un point de vue scientifique : l'efficacité d'une telle mesure n'est pas encore connue

Reste enfin à savoir si un confinement des non-vaccinés peut être réellement efficace pour contenir l'épidémie. En Autriche, le gouvernement évaluera l'effet de ces restrictions dans dix jours, a précisé le ministre de la Santé, Wolfgang Mückstein. "D'un point de vue médical", cette mesure a "du sens", plaide Gilles Pialoux. "Il faut expliquer que le remplissage des services hospitaliers, le remplissage des réanimations et les décès sont très essentiellement dus aux non-vaccinés", rappelle le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, interrogé sur BFMTV.

"Certes, des mesures coercitives à leur encontre sont susceptibles de les protéger et de réduire le fardeau des hospitalisations", abonde Pascal Crépey. "Mais elles ne pourraient pas permettre d'enrayer la dynamique épidémique, puisque la vaccination ne protège qu'à 50% de la transmission du virus", ajoute l'enseignant-chercheur dans les colonnes de 20 Minutes.

"Aucune mesure n'est totalement satisfaisante", a pour sa part estimé lundi sur franceinfo François Braun, président de Samu urgences de France, qui plaide davantage pour une "association" de plusieurs mesures sanitaires. Ainsi, Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, énumère auprès du Parisien (article abonnés) une liste de solutions alternatives comme aller vers les non-vaccinés, maintenir le masque à l'école, aérer au maximum les espaces clos ou encore renouer avec les gestes barrières. 

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