Remaniement reporté, déplacements avec les forces de l'ordre, discours à l'Assemblée... La semaine où Edouard Philippe s'est démultiplié

Le Premier ministre a mené de front déplacements et contre-attaques face à une opposition qui s'étonne du temps que prend le remaniement. Il a aussi rendu visite à des policiers et des gendarmes, affirmant ainsi son rôle de "premier flic de France" par intérim.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, visite le salon BPI France le 11 octobre 2018 à Paris.
Le Premier ministre, Edouard Philippe, visite le salon BPI France le 11 octobre 2018 à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Au filet et en fond de court. Dans la semaine du lundi 8 au vendredi 12 octobre, Edouard Philippe s'est attaché à répliquer à une opposition dopée par un remaniement ministériel sans cesse repoussé. Et à montrer simultanément qu'il assurait sans problèmes ses tâches de chef du gouvernement... et de ministre de l'Intérieur, photos et vidéos à l'appui sur les réseaux sociaux. Une façon très politique de se donner une visibilité accrue, pendant que le chef de l'Etat était à l'étranger. Récapitulatif.

Lundi 8 octobre : un ministre de l'Intérieur comme les autres

Premier jour de la semaine et pas un mot sur le remaniement. Mais sur Twitter, Edouard Philippe signale qu'il porte bien son costume de ministre de l'Intérieur par intérim. En attendant le remplacement de Gérard Collomb, il participe à Lyon au G6 (structure informelle, qui rassemble les ministres de l'Intérieur du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie, de la Pologne et de la France) sur les questions migratoires.

Mardi 9 octobre : un report inattendu

Coup de théâtre : présenté comme imminent avant le Conseil des ministres du mercredi, le remaniement gouvernemental n'a finalement pas lieu mardi 9 octobre. Il se fera sans démission du Premier ministre ni démission du gouvernement, annonce l'Elysée. 

Imperturbable en apparence, Edouard Philippe signifie ostensiblement qu'il assure l'intérim du ministère de l'Intérieur en participant, vers 22h30, à une patrouille de la brigade anticriminalité (BAC) dans le 19e arrondissement de Paris. Le Premier ministre publie sur Twitter sa photo "place Stalingrad avec les policiers de la BAC nuit", ainsi que ses "remerciements" aux policiers pour leur "engagement".

Mercredi 10 octobre : "Pas la moitié d'une feuille de papier à cigarette"

Nouvelle précision, nouveau report : le remaniement gouvernemental, annonce l'Elysée, n'aura pas lieu avant le retour d'Arménie d'Emmanuel Macron, prévu vendredi soir. Rien ne filtre de l'entretien entre Edouard Philippe et le chef de l'Etat qui se tient à 8 heures, avant le Conseil des ministres.

Le matin même, Le Canard enchaîné a révélé le blocage persistant entre Matignon et l'Elysée sur le choix du nouveau ministre de l'Intérieur. Edouard Philippe souhaiterait un duo formé par Gérald Darmanin, issu comme lui de la droite, et  Frédéric Péchenard, qui fut directeur général de la police nationale sous Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat préférerait Christophe Castaner, un de ses proches, selon l'hebdomadaire satirique.

A l'Assemblée nationale l'après-midi, l'opposition attaque Edouard Philippe sur les raisons de ce remaniement qui s'éternise. Pour faire taire les rumeurs de dissension au sein de l'exécutif, le Premier ministre répond qu'il n'y a pas "la moitié d'une feuille de papier à cigarette entre le président de la République et le Premier ministre ".

Parallèlement, les syndicats de policiers s'impatientent depuis la démission fracassante de Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le 2 octobre : qui sera leur nouveau patron ? "C'est quand même assez inédit que cela dure aussi longtemps. Comme signal politique, ce n'est pas bon", fait remarquer Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix.

Qu'importe : le même jour, Edouard Philippe se rend à la conférence Inno Génération organisée par BPI France. Il y place aussi, selon BFMTV , cette citation extraite d'un roman de Jack London, Martin Eden "Je sais ce que j'ai en moi. Je sais que je réussirai et je ne veux pas qu'on m'étouffe." Un cri du cœur destiné à Emmanuel Macron ?

Jeudi 11 octobre : un peu de baume au cœur

Rebelote le lendemain : lors des questions au gouvernement, le Premier ministre est interpellé par les sénateurs sur le remaniement. "Je ne suis pas sûr que les Français se passionnent pour les petites choses de la politique", tacle-t-il. Avant d'ajouter : “La situation n’a pas vocation à durer.” Il contre-attaque en vantant la suppression de la taxe d’habitation, qui touche, affirme-t-il,  80% des foyers : “Dix-huit millions de Français ont vu le changement sur leur fiche d’impôt”.

Les sondages du jour peuvent néanmoins lui mettre du baume au cœur. Certes, le délai important pris pour remanier le gouvernement est considéré comme quelque chose de "grave" par une majorité de Français (53%), selon un sondage Odoxa publié le même jour. Mais plus de la moitié des Français (55%) lui font confiance, alors qu'Emmanuel Macron rassure même pas un tiers des sondés (29%). Edouard Philippe est également jugé comme étant plus proche des gens que le chef de l'Etat (51% contre 34%), et plus compétent (49% contre 36%).  

Vendredi 12 octobre : en attendant le président

L'agenda est respecté : le Premier ministre trouve le temps de se déplacer à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) au Congrès de l'ordre des experts-comptables et à une résidence accueillant des personnes souffrant de troubles psychiques. Et n'oublie pas d'endosser à nouveau sa casquette de premier flic de France :

Edouard Philippe joue sa partition de ministre de l'Intérieur sans fausse note. Alors que les éditorialistes et les opposants multiplient les commentaires sur la lenteur du remaniement, le Premier ministre veut montrer que la barre est toujours tenue. Dans la soirée, Emmanuel Macron rentre à Paris de son voyage en Arménie. Le remaniement, lui, n'a toujours pas eu lieu.