"Ce n'est pas un bon signal politique" : les syndicats policiers s'impatientent en attendant leur nouveau ministre

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a démissionné il y a neuf jours et, depuis, le Premier ministre assure l'intérim. Mais du côté des syndicats policiers, on trouve le temps très long.

Le ministère de l\'Intérieur, place Beauvau, à Paris, le 13 février 2018.
Le ministère de l'Intérieur, place Beauvau, à Paris, le 13 février 2018. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Qui sera leur nouveau patron ? Les syndicats de policiers se posent la question depuis la démission fracassante de Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le 2 octobre. Et ils vont devoir encore se "contenter" du Premier ministre, Edouard Philippe, qui assure l'intérim : annoncé pour mardi 9 octobre, le remaniement gouvernemental n'aura pas lieu avant le retour d'Emmanuel Macron d'Arménie, prévu vendredi soir, a annoncé l'Elysée mercredi 10 octobre. "C'est quand même assez inédit que cela dure aussi longtemps. Comme signal politique, ce n'est pas bon", fait remarquer Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix.

"On aimerait bien avoir un nouveau ministre", lâche Alexandre Langlois, secrétaire général de VIGI, ex-CGT Police, qui estime que les dossiers lourds sont en suspens. "On n'écrit pas à Edouard Philippe car on sait qu'il n'est là que pour quelques jours, ajoute-t-il. On n'a pas d'employeur, ce n'est pas facile." Pour autant, tous l'affirment : la machine continue de fonctionner.

Bien sûr, il y a des nominations de directeurs et des arbitrages en souffrance. Mais la boutique tourne, on n'a pas besoin de ministre pour ça.Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiersà franceinfo

"Sur le plan opérationnel, les policiers font leur travail, ça fonctionne. Et si ça fonctionne bien, certains, je n'en fais pas partie, peuvent questionner l'utilité du ministre", renchérit Jean-Claude Delage. 

Un attelage d'un politique et d'un technicien ? 

En attendant de savoir qui occupera la place Beauvau, les syndicats dressent le portrait idéal du prochain premier flic de France."On veut un ministre politiquement fort qui puisse s'imposer dans les arbitrages et ne pas se gratter la tête pendant huit jours quand Yann Moix incendie les policiers", ironise Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa Police, en référence aux propos du chroniqueur des "Terriens du samedi" (sur C8) contre les agents. "On a besoin de quelqu’un qui ait un poids politique, qui ait l’oreille du président et qui soit capable de s’imposer, de passer au-dessus de Bercy et d’obtenir des arbitrages face à la garde des Sceaux sur la réforme pénale", ajoute Patrice Ribeiro de Synergie-Officiers.

Tous les syndicats interrogés par franceinfo aimeraient un attelage d'un pur politique avec un technicien.

Il faut un fidèle du président avec un poids politique car c'est le poste le plus sensible du gouvernement. Il faut qu'il connaisse les questions de sécurité et qu'il lui soit associé un secrétaire d'Etat plus technique.Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Allianceà franceinfo

"L'attelage, c'est une des équations possibles, appuie Patrice Ribeiro. Avec un secrétaire d'Etat très technique et une ministre, une personne sûre, sur laquelle le président peut compter parce qu'à Beauvau, on est au courant de tout, des moindres histoires d'égouts du Tout-Paris." 

Un ancien gradé de la police parmi les favoris

Parmi les noms qui circulent, certains ont la préférence des syndicats. "Un duo Castaner-Péchenard, par exemple, ça serait audacieux. Christophe Castaner comme ministre d'Etat, car c'est un proche du président, et Frédéric Péchenard comme secrétaire d'Etat, car il a une connaissance du ministère et c'est un type honnête", assure Jean-Claude Delage.

Frédéric Péchenard, ancien patron de la police nationale et désormais vice-président de la région Ile-de-France en charge de la sécurité, séduit les policiers. "Péchenard, ça tient la route, il a défendu la police", glisse Philippe Capon. Selon les informations de franceinfo, ce proche de Nicolas Sarkozy a bien été contacté par l'Elysée pour sonder ses intentions. Mais un duo avec Christophe Castaner serait exclu par Frédéric Péchenard, alors qu'un attelage avec l'actuel ministre du Budget et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, le séduirait davantage.