Afghanistan : "Joe Biden a donné l'image de quelqu'un d'extrêmement fatigué, qui n'a pas compris la situation", estime une politologue

Alors que les troupes américaines doivent définitivement quitter l'Afghanistan mardi 31 août, et que les Etats-Unis ont mené une frappe de drone contre un "organisateur" de l'État islamique en représailles à l'attentat à l'aéroport de Kaboul, Nicole Bacharan juge l'alliance de circonstance entre talibans et armée américaine.

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Le président américain Joe Biden lors d'une déclaration après l'attentat terroriste à l'aéroport de Kaboul, jeudi 26 août. (JIM WATSON / AFP)

"Joe Biden a donné l'image de quelqu'un extrêmement fatigué, qui n'a pas compris la situation" en Afghanistan, estime samedi 28 août sur franceinfo la politologue, historienne et spécialiste des États-Unis Nicole Bacharan. "Il baisse dans les sondages. Je pense qu'il aura beaucoup de mal à se relever de ce qui se passe aujourd'hui." Nicole Bacharan estime qu'il sera "très difficile" pour le président américain de lutter contre le groupe État islamique, auteur revendiqué de l'attentat à l'aéroport de Kaboul, jeudi 26 août, en Afghanistan et qu'il serait "absurde" pour cela de s'allier aux talibans.

franceinfo : Est-ce que Joe Biden est en mesure de lutter contre le groupe État islamique en Afghanistan alors que les États-Unis sont désormais désengagés de ce pays ?

Nicole Bacharan : Ça paraît très difficile. La frappe de drone [en riposte à l'attentat contre l'aéroport de Kaboul] est par exemple partie de l'extérieur de l'Afghanistan, probablement du Pakistan. Mais souvenons-nous de ce qu'il s'est passé en Irak et en Syrie. Barack Obama a retiré l'essentiel des troupes américaines, et quand l'État islamique en Irak et en Syrie a avancé à grande vitesse, il a été obligé de renvoyer des militaires. Or, on voit bien que l'Afghanistan est maintenant l'un des principaux foyers de terrorisme du monde.

Est-ce qu'il existe une alliance implicite entre les Américains et les talibans pour lutter contre le groupe État islamique ?

Je crois qu'il y a une alliance autour de l'aéroport. J'espère tout de même que les Américains ont compris qu'ils ne peuvent pas faire confiance aux talibans, et qu'ils ont prétendu leur faire confiance parce qu'ils voulaient se retirer très vite d'Afghanistan. Visiblement, la situation à l'aéroport leur impose de discuter avec les talibans qui ont récupéré de l'armement lourd américain, via l'armée afghane qui a disparu.

"Se retrouver alliés des talibans contre l'État islamique, sachant qu'il y a en fait énormément de porosité et de circulation entre l'État islamique et Al-Qaïda, cela paraît complètement absurde."

Nicole Bacharan, politologue, historienne et spécialiste des Etats-Unis

à franceinfo

Quel va être l'impact de cette sortie de guerre afghane pour le président américain Joe Biden ?

À l'heure actuelle, il baisse dans les sondages. D'un côté, les Américains sont très las de ces guerres. Ils ont finalement le sentiment qu'ils ne gagneront jamais. Mais d'un autre côté, parmi les vétérans et même à l'intérieur des rangs de l'armée et des services de renseignement, on voit que la manière dont s'est fait le retrait est extrêmement critiquée. Toutefois, Joe Biden parie sur cette lassitude américaine des engagements extérieurs et sur un retour de la priorité donnée aux questions sociales et économiques.

"Je pense qu'il aura quand même beaucoup de mal à se relever de ce qui se passe aujourd'hui, mais également de l'image qu'il a donnée."

Nicole Bacharan, politologue, historienne et spécialiste des Etats-Unis

à franceinfo

On a vu quelqu'un qui n'avait pas compris la situation, qui a pris des mauvaises décisions et qui semblait extrêmement fatigué. Donc, pour donner l'image d'un chef politique capable de mener fermement la barque du pays, je crois qu'il est quand même très affaibli.

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