Syrie : la Belgique organise un nouveau rapatriement de seize enfants de jihadistes et de six mères détenus dans les camps

La Belgique a rapatrié, dans la nuit de lundi à mardi, seize enfants de jihadistes et six mères, détenus en Syrie. Bruxelles estime qu’il est important de faire revenir les enfants pour des raisons humanitaires mais aussi sécuritaires.

Article rédigé par
Angélique Bouin, édité par Phéline Leloir-Duault - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le camp d'Al-Hol au nord-est de la Syrie, en septembre 2021. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

Dans la nuit de lundi 20 juin à mardi 21, seize enfants de jihadistes, âgés entre trois et douze ans, et six mères, détenus au camp d'Al-Hol au nord-est de la Syrie, ont été rapatriés en Belgique. Parmi les enfants rapatriés, une partie est née dans les camps. Dès leur arrivée, ils ont été conduits à l’hôpital pour des examens physiques et psychologiques. De leur côté, les mères ont directement été envoyées en prison.

>>>"Pourquoi je serais un danger ? On n’a rien à faire ici…" : l’attente sans fin des orphelins de jihadistes français dans le camp syrien de Roj

Depuis la chute du califat autoproclamé de l’État islamique, c’est la seconde opération du genre. La première a eu lieu en juillet 2021 avec dix enfants et six mères rapatriés. Depuis 2012, près de 400 citoyens belges ont rejoint les rangs de l'EI, faisant du pays l'un des plus concernés en Europe par ces départs massifs vers la Syrie. En mars 2021, après le feu vert des services antiterroristes, le Premier ministre belge Alexander De Croo, avait promis de "tout faire" pour rapatrier de ces camps les enfants de moins de 12 ans dont la filiation belge était prouvée par une analyse ADN.  

Pour tenter de préparer au mieux la séparation entre les enfants et leur mère, un questionnaire leur avait été transmis au préalable. "Chaque enfant a pu compter sur une personne parlant sa langue, souligne le commissaire de la police fédérale Marc de Mesmaecker et tous ont reçu une nourriture adaptée ainsi que des vêtements supplémentaires et des peluches."

"Nous avons fait en sorte que les enfants puissent se séparer momentanément de leur mère de la façon la plus sereine possible."

Marc de Mesmaecker, commissaire de la police fédérale

à franceinfo

Les mères ont pour la plupart déjà été condamnées par la justice belge à des peines allant jusqu'à cinq ans de prison. Leurs enfants vont être suivis par la Protection judiciaire de la Jeunesse, comme les dix autres rapatriés en juillet 2021. 

Une politique de rapatriement "jugée assez positive" par les autorités belges

On sait peu de choses au sujet de ces enfants déjà rapatriés, seulement qu'ils sont pour la plupart scolarisés en Belgique et qu'ils vivent, quand c'est possible, chez leurs grands-parents, mais tout cela s'organise dans une très grande discrétion.

>>Enquête franceinfo : de l'aéroport à l'école, l'épineux retour en France des enfants de jihadistes

"Ce que l'on observe néanmoins depuis le début de ces rapatriements en Belgique nous a convaincus de leur utilité", assure le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw. "Sans donner trop de détails, l'analyse qui a été faite montre pour le moment des évolutions très positives." Un bilan positif pour les femmes et les enfants rapatriés il y a un an, mais "il faut rappeler qu'il y a toute une série de femmes et d'enfants qui sont aussi revenus via la Turquie, précise le procureur fédéral. Et en tout cas, l'évolution des femmes et des enfants qui sont revenus l'année dernière est jugée assez positive par les différents services concernés", ajoute-t-il.

Pour justifier cette politique de retour engagée depuis 2017, les autorités belges ont expliqué que "dans ces camps en Syrie, il y a les terroristes de demain". L'OCAM, l'organisme belge qui est chargé de l'analyse de la menace terroriste, a jugé de son côté dans un rapport que les enfants et les mères qui ont séjourné dans ces camps nécessitent un suivi permanent qui est beaucoup plus facile à assurer sur le sol belge. 

Contrairement à ses voisins, la France rapatrie au compte-gouttes

Contrairement à la Belgique ou à l'Allemagne, la France maintient une politique décriée de retours au compte-gouttes, alors que les conditions de vie sur place sont "épouvantables", selon l'ONU. Plusieurs associations, comme 13onze15, Fraternité et vérité, la Ligue des droits de l'Homme, Human Rights Watch et Amnesty International, appelaient "solennellement la France à rapatrier les enfants français et leur mère détenus dans les camps du nord-est syrien dans les plus brefs délais", en mai 2022.

Un collectif de familles, regroupant celles de près de 80 femmes de jihadistes et 200 enfants français qui seraient encore retenus à Roj, demande régulièrement au président de la République Emmanuel Macron de rapatrier les enfants "prisonniers de Syrie" au nom des "engagements internationaux" de la France. Depuis 2016, 126 enfants français sont revenus de Syrie ou d'Irak, la plupart en bas âge. Le 14 décembre 2021, une Française de 28 ans, diabétique, est morte, laissant orpheline une fillette de 6 ans.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Etat islamique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.