Reportage Guerre en Syrie : "Nous voulons qu’ils oublient qu'ils sont des bombes en puissance", la délicate réhabilitation d'enfants de jihadistes

Article rédigé par
Gaële Joly et Raymond Albouy, édité par Simon Soubieux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
À la fin de la journée, ces enfants rejoignent leurs mères dans leurs cellules. (GAELE JOLY / FRANCEINFO)

Dans le centre de réhabilitation syrien d'Hassaké, les Kurdes tentent de redonner un brin de normalité à la vie de dizaines d'enfants de femmes jihadistes emprisonnées. Franceinfo s'est rendu sur place.

Au milieu de la cour de ce camp syrien, derrière la grande porte grise à l'ombre des barbelés, une Française de 11 ans joue avec ses petits camarades tchétchènes, suédois, iraniens, russes ou anglais. Ce centre de réhabilation pour enfants de Daech, géré par les forces kurdes, est situé dans le nord-est du pays, tout proche de la ville d'Hassaké.

>> L’attente sans fin des orphelins de jihadistes français dans le camp syrien de Roj

Ici vivent, une soixantaine d'enfants, dont quelques petits français. Leurs mères jihadistes sont emprisonnées quelques dizaines de mètres plus loin. Sans aide financière suffisante, les Kurdes font pourtant avec les moyens du bord pour accueillir ces enfants. 

Dans ce centre de réhabilitation d'enfants de jihadistes, les journées sont remplies de cours et de jeux.  (GAELE JOLY / FRANCEINFO)

"Qu'ils redeviennent des enfants"

Tous ces enfants passent leurs journées dans ce centre. Au programme : cours de sport et de mathématiques le matin, cours d'anglais et de sciences l'après-midi. Pendant les pauses, ils sont autorisés à regarder des dessins animés, à jouer entre eux et à sortir dans la cour. Quand la journée se termine, ils retournent dans les cellules de leurs mamans pour y passer la nuit.

L'entrée du centre de réhabilitation d'Hassiké, où sont accueillis une soixantaine d'enfants de femmes jihadistes. (GAELE JOLY / FRANCEINFO)

La directrice du centre, Perwin Husseun El Ali, assure que la difficulté majeure est d'arriver à obtenir la confiance de ces enfants. Heureusement, les comportements semblent évoluer avec le temps, "notamment chez les plus jeunes car ils ne sont pas encore embrigadés". Elle note aussi des évolutions positives : "Avant, ils étaient très agressifs entre eux et aujourd’hui ils jouent ensemble. Nous voulons juste qu’ils oublient qu'ils sont des bombes en puissance et qu'ils redeviennent des enfants.

Cependant, malgré les avancées, ces enfants n'ont pas vocation à rester dans ce centre, estime la directrice : "Ils doivent pouvoir rentrer avec leur mère parce que ce n'est pas acceptable de les séparer. Ils ne peuvent pas rester éternellement en prison car ils vont devenir de plus en plus radicaux. Il faut réagir maintenant".

Au total, selon les estimations, il serait nécessaire d'avoir plusieurs centaines de centres comme celui d'Hassaké pour s'occuper des 30 000 enfants qui croupissent dans le camp d'Al-Hol, connu pour héberger les mères les plus radicales.

Dans ce camp, les Kurdes tentent de redonner un brin de normalité à la vie de ces enfants.  (GAELE JOLY / FRANCEINFO)

"L'État islamique est en train de se réorganiser"

De son côté, le co-secrétaire kurde aux Affaires étrangères, le docteur Abdulkarim Omar, que franceinfo a pu rencontrer, note avec inquiétude le retour de Daech, depuis que la plus grande prison de la région a été violemment attaquée par les jihadistes, en janvier dernier, faisant 373 morts. "L'attaque de la prison a été massive, mais le problème va au-delà de ça", s'inquiéte-t-il. "L'État islamique a des cellules dormantes sur le terrain, ils sont en train de se réorganiser, tout ça parce que la communauté internationale ne prend pas ses responsabilités". 

Les Kurdes assurent qu'il ne pourront pas continuer à gérer les camps et les prisons sans aide financière supplémentaire. Ils demandent aux différents pays de venir chercher leurs ressortissants, au risque de les voir s'échapper ou de devoir les laisser partir.

"Il faut qu'ils redeviennent des enfants", le reportage de Gaële Joly dans le centre de réhabilitation syrien d'Hassaké
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