COP26 : bonnes nouvelles, file d'attente et grandes promesses... Ce qu'il faut retenir des premiers jours de la conférence sur le climat

Pendant deux semaines, à Glasgow, dirigeants, financiers et négociateurs discutent âprement des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le réchauffement planétaire, sous le regard critique des militants du climat.

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Une sculpture représentant la Terre lors d'une manifestation en marge de la Cop26, à Glasgow (Royaume-Uni), le 5 novembre 2021.  (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Avant l'ouverture de la COP26 à Glasgow (Royaume-Uni), de nombreuses voix s'élevaient déjà pour prédire un fiasco. Mais à l'issue de la première semaine de négociations, vendredi 5 novembre, le bilan se révèle plus mitigé. Entre engagements ambitieux et promesses de gros sous, franceinfo liste les bons et mauvais points de la conférence de l'ONU sur le climat. 

Un parcours du combattant

Il fallait être patient pour venir écouter les chefs d'état rassemblés à la COP26, lundi 1er et mardi 2 novembre. Queue interminable à l'extérieur, contrôles de sécurité... Il y avait jusqu'à une heure et demie d'attente pour enfin pénétrer sur le site, pour un début de sommet placé sous le signe de l'agacement. 

Selon plusieurs ONG, des milliers d'experts n'ont pu assister aux négociations, recalés à l'entrée, victimes d'un long et complexe processus de contrôle sanitaire. Faute d'accès des personnes à mobilité réduite aux bus assurant la navette vers le site de la conférence, la ministre de l'Energie israélienne, qui se déplace en chaise roulante, a été privée de COP lundi. Karine Elharrar a finalement été accueillie le lendemain, par un Boris Johnson embarrassé

La ministre de l'Energie israélienne, Karine Elharrar, discute avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, à la COP26 de Glasgow (Royaume-Uni), le 2 novembre 2021.  (AFP)

Outre l'accès physique à l'évènement, cette première semaine a aussi mis en lumière les difficultés rencontrées par les petites délégations des pays du Sud. Mesures sanitaires compliquées, coût de l'hébergement prohibitif, difficultés logistiques... Autant de contraintes qui réduisent au quasi-silence certaines nations. 

La confirmation de la limite à 1,5 °C

En 2015, l'accord de Paris pour le climat entérinait l'objectif de contenir "l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels", idéalement sous les 1,5 °C. Six ans après, ce chiffre le plus bas est en train de s'imposer dans les discussions entre les négociateurs et dans les discours des chefs d'Etat. Un déplacement du curseur vers ce qui était demandé depuis le début par les scientifiques et les pays les plus vulnérables : "1,5 °C est ce dont nous avons besoin pour survivre", a d'ailleurs rappelé la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley. "Deux degrés est une condamnation à mort" pour de nombreux pays comme le sien, menacés par la montée des eaux. 

Est-ce que cet objectif affiché se concrétisera ? A l'ouverture de la COP26, la somme des promesses de chaque pays conduisait toujours à une hausse des températures de l'ordre de 2,7 °C d'ici la fin du siècle. Mais avec les annonces de la semaine, la trajectoire s'approcherait un peu plus du seuil fatidique des 1,5 °C : elle nous conduirait désormais à +1,8 °C, a estimé l'Agence internationale de l'énergie. A condition, bien sûr, que les promesses soient tenues.

Des promesses surprises

Pour parvenir à cet objectif de 1,5 °C, certains pays parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre traînent les pieds. Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le gouvernement brésilien a créé la surprise en rehaussant ses ambitions de réduction des émissions de CO2 : moins 50% d'ici 2030 (contre 43% précédemment) et un objectif "de neutralité carbone d'ici 2050". Quant à l'Inde, troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète, elle a annoncé son intention d'atteindre la neutralité carbone en 2070.

De vraies fausses nouveautés

Sur la déforestation. Lundi soir, plus de cent pays abritant 85% des forêts mondiales se sont engagés à enrayer la déforestation d'ici à 2030Pas dupes, les ONG rappellent que cet accord ne fait que reprendre les promesses de la Déclaration de New York sur les forêts (lien en anglais), signée par 38 pays en 2014. Il y était déjà question d'une réduction de moitié de la déforestation d'ici à 2020, et d'efforts en vue d'y mettre fin d'ici à 2030. 

Rien de nouveau non plus quant à la présence du Brésil parmi les signataires : le pays "s'était engagé à éradiquer la déforestation illégale sur son sol en 2015 et ça n'a toujours pas eu lieu", relève le géographe François-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'Amazonie. Pire, l'Indonésie, pays signataire qui abrite la troisième plus grande forêt tropicale du monde, a déjà reculé sur son engagement.

Sur le méthane. Mardi, une centaine de nations, représentant plus de 40% des émissions mondiales de méthane, ont promis de réduire les émissions de ce gaz à effet de serre d'au moins 30% d'ici 2030, par rapport aux niveaux de 2020. Là encore : pas de surprise. L'Union européenne et les Etats-Unis avaient annoncé cet "engagement mondial" dès septembre, précisant alors qu'une "initiative" serait lancée à la COP26.

Si l'objectif "collectif" était déjà inscrit noir sur blanc, seuls huit pays, en plus de l'UE, avaient fait part de leur soutien. Certes, les trois plus gros pollueurs – la Chine, la Russie et l'Inde  – manquent à l'appel, mais "avec autant de pays à bord, cet engagement peut faire une réelle différence dans le rythme de la montée en température", espère le président du think tank américain World Resources Institute (lien en anglais).

Une veillée funéraire du charbon

A l'initiative du gouvernement britannique, plus de quarante nations se sont engagées sur une "déclaration de transition du charbon vers l'énergie propre". Y figurent des pays dans le "top 10" des utilisateurs de cette ressource pour la production d'électricité, tels la Corée du Sud, l'Indonésie ou la Pologne. En revanche, de grands acteurs du secteur - Australie, Chine, Inde, Etats-Unis, Japon ou Russie - ne figurent pas parmi les signataires.

Parallèlement, une vingtaine de pays (dont de grands investisseurs comme les Etats-Unis et le Canada) et des institutions financières se sont engagés à mettre un terme, d'ici fin 2022, au financement à l'étranger de projets d'énergies fossiles sans techniques de capture de carbone. "C'est très bien qu'il y ait cet accord sur le charbon, mais il est largement insuffisant  puisque cela ne va pas empêcher la construction de nouvelles centrales en Chine ou ailleurs", a réagi sur franceinfo Sandrine Mathy, directrice de recherche au CNRS. Bonne nouvelle toutefois : ce nouveau plan inclut pour la première fois gaz et pétrole. Il contient aussi la promesse de réorienter cet argent vers des énergies renouvelables.

Enfin, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont annoncé mobiliser 8,5 milliards de dollars pour "accélérer le passage du charbon aux énergies renouvelables" en Afrique du Sudpays très dépendant de cette source d'énergie décidément has been

Un défilé de riches

Selon le Daily Mail (lien en anglais), "400 jets privés ont atterri à Glasgow" pour la COP26. A bord, des dirigeants, des personnalités et des milliardaires, comme Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon. A la tête d'un empire fondé sur la consommation et le commerce en ligne, promoteur du tourisme spatial, le controversé businessman a promis de donner "2 milliards de dollars alloués à la restauration de la nature et la transformation du système alimentaire". De l'argent destiné à l'Afrique pour financer une muraille d'arbres de 8 000 km. De son côté, Bill Gates, le fondateur de Microsoft, est venu offrir 315 millions de dollars pour soutenir les agriculteurs vulnérables.

De quoi échauder militants et ONG, prompts à pointer la responsabilité de ces aspirants philanthropes dans les émissions de gaz à effet de serre. "Ce n'est plus une conférence sur le climat. C'est un festival de greenwashing des plus riches. Une célébration du business as usual et du blabla", a fustigé la militante écologiste suédoise Greta Thunberg.

La veille, elle avait participé à une action de plusieurs centaines de membres du mouvement Extinction rebellion (XR) contre cette "pratique dangereuse" qui "induit en erreur le public, lui fait croire qu'on agit", selon le porte-parole de la branche écossaise de l'organisation.

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