Changement climatique : pourquoi le rapport du Giec est-il tant attendu ?

La publication du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est prévue lundi 9 août.

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Des représentants du Giec donnent une conférence de presse à Incheon (Corée du Sud), le 8 octobre 2018. (JUNG YEON-JE / AFP)

Hausse de la température mondiale, augmentation du niveau des océans, intensification des événements extrêmes... La publication du rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) est prévue lundi 9 août. "Très important dans le monde entier", ce document "est crucial pour le succès de la conférence climat de Glasgow (Royaume-Uni) en novembre", a soutenu le patron de l'Organisation météorologique mondiale, Petteri Taalas, à l'ouverture des négociations pour l'adoption de ce texte de référence. Pourquoi est-il tant attendu, tant par la communauté scientifique que politique ? Voici plusieurs éléments de réponse.

Parce que le Giec fait référence en la matière

Depuis plus de trente ans, le Giec analyse le changement climatique, ses conséquences et les stratégies d'adaptation possibles à travers le monde via des rapports d'évaluation mis à jour régulièrement. Il a déjà dressé cinq rapports d'évaluation. Il entame à présent la publication de son sixième rapport, qui se décompose en trois volets : le premier sur les éléments scientifiques les plus récents concernant le changement climatique, le deuxième sur les conséquences du changement climatique et les mesures d'adaptation – prévu pour février 2022 – et le troisième consacré aux mesures d'atténuation – pour le mois suivant. 

Son fonctionnement repose sur les contributions, pour ce premier volet par exemple, de "plus de 200 auteurs, les meilleurs experts au monde dans leur domaine", décrit à franceinfo Laurent Bopp, climatologue et océanographe chercheur au CNRS. "Pendant quatre ans, ils ont travaillé et discuté ensemble de dizaines de milliers d'articles pour faire sortir un consensus", continue-t-il, rapportant un processus auquel il a déjà participé.

Les publications qui en ressortent font aujourd'hui office de référence au sein de la communauté scientifique. Pour tout ce travail de diffusion des connaissances sur le réchauffement et les mesures nécessaires pour le limiter, le Giec a d'ailleurs reçu, en 2007 avec l'ex-président américain Al Gore, le prix Nobel de la paix.

Parce que le dernier rapport remonte à sept ans

Il s'agira du sixième rapport d'évaluation du Giec. Le dernier date de novembre 2014, il y a sept ans. Entre-temps, "il y a eu beaucoup d'avancées scientifiques importantes", note Laurent Bopp, qui cite des travaux sur l'attribution des événements météorologiques extrêmes au changement climatique ou encore sur "l'augmentation de la puissance de calcul" pour mieux représenter notamment les "phénomènes de petite échelle". Pas de quoi remettre en cause les précédentes prévisions, mais plutôt les approfondir.

"Dans ce nouveau rapport, la communauté a aussi généré de nouveaux scénarios", ces trajectoires de hausse de la température globale en fonction de l'action humaine, ajoute-t-il. "Ils nous permettront d'explorer les réponses du système climatique", salue Laurent Bopp.

Parce que les catastrophes climatiques se multiplient

Sécheresse extrême dans l'ouest de l'Amérique du Nord, vastes incendies en Turquie, au Liban ou en Grèce, inondations meurtrières en Allemagne et en Belgique, chaleur record au Canada, famine à Madagascar... Le rapport du Giec tombe au milieu d'une avalanche de catastrophes qui ont remis les conséquences du dérèglement climatique à la une. "Depuis des années, nous avions prévenu que c'était possible, que tout ça allait arriver", a relevé lundi 26 juillet la responsable climat de l'ONU, Patricia Espinosa, au début de l'adoption des nouvelles prévisions du Giec. Un chapitre du nouveau rapport sera justement consacré à ces événements extrêmes. "On est frappés par l'augmentation de leur fréquence, on a besoin de ces travaux scientifiques pour faire le lien avec le changement climatique anthropique", soutient Laurent Bopp.

Parce que la COP26 approche

La publication du rapport intervient à moins de 100 jours de la COP26 à Glasgow (Royaume-Uni), en novembre. Etape cruciale, elle sera l'occasion, comme prévu par l'accord de Paris, de vérifier que les pays ont bien "relevé le niveau d'ambition" de leur stratégie de réduction des émissions de CO2. "Si beaucoup l'ont déjà fait, on attend toujours que la Chine rehausse ses ambitions, par exemple", précise à franceinfo Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). L'ONU s'est d'ailleurs récemment inquiétée de ces délais qui ne sont souvent pas respectés. "On peut espérer que ce rapport du Giec soit un nouveau signal d'alerte pour que les pays relèvent leurs ambitions", avance Lola Vallejo.

Une "piqûre de rappel" nécessaire, alors qu'un rapport publié en février estimait que les effets combinés des nouveaux engagements des pays constitueraient moins de 1% de baisse des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 (comparé à 2010), très loin des 45% nécessaires pour rester sous les 1,5°C, comme le préconise l'accord de Paris. "Les émissions ne cessent d'augmenter [comme le montre le graphique ci-dessous] alors qu'il faudrait déjà être sur un plateau", dénonce Lola Vallejo.

 

Le Giec s'apprête donc à rejouer son rôle principal : fournir aux gouvernements les éléments scientifiques utiles pour "élaborer des politiques dans le domaine du climat", ainsi que des bases pour les négociations lors des COP. "Le rapport du Giec va être adopté par les pays membres, décrit Laurent Bopp. Ainsi, à la COP, on ne discutera plus de science, on pourra directement parler de politique climatique." 

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