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"Je ne demande pas à être protégé, je ne suis pas un panda en voie d'extinction" : avec les comités pour Adama Traoré, l'antiracisme a changé de génération

Ces militants qui se revendiquent de la "génération Adama" veulent croire que le mouvement actuel marque un tournant dans la lutte contre le racisme et les violences policières en France.

Article rédigé par
Gaële Joly, Boris Hallier - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Manifestation à Paris le 2 juin 2020, devant le Palais de justice. Au centre, Assa, sœur d'Adama Traoré, mort après son interpellation en 2016. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS VIA AFP)

SOS Racisme ne mobilise plus, place à la génération Adama : voilà le message de Youcef Brakni, membre du comité Adama Traoré. "SOS Racisme, c'est ce que nos aînés ont appelé de l'antiracisme folklorique. En fait, ce mouvement, qui a été créé par le Parti socialiste à l'époque, a clairement détourné les slogans en 'Touche pas à mon pote', par exemple. En fait, tout d'un coup, on n'est plus des sujets politiques pouvant parler par nous-mêmes, on parle à notre place. Moi, je ne demande pas à être protégé. Je ne suis pas un panda en voie d'extinction."

Mardi 9 juin, quelques milliers de personnes, dont des leaders politiques de gauche, se sont rassemblées à Paris à l'appel de SOS Racisme, pour saluer la mémoire de Georges Floyd. Pour Youcef Brakni, il n'était donc pas question de participer à ce rassemblement. L'enjeu samedi 13 juin, c'est de continuer sur la lancée de la manifestation organisée devant le tribunal de Paris. "Il y a eu un tournant à partir du 2 juin. Maintenant, la question du racisme systémique est abordée à la télévision. La question raciale, pas au sens biologique, mais au sens sociologique, au sens social, est maintenant clairement posée. Non, on ne cherche pas à diviser, à être des séparatistes comme j'ai pu l'entendre. Nous, ce qu'on veut, c'est faire une société tous ensemble. Assa Traoré, elle appelle le peuple français à descendre dans la rue contre le racisme et les violences policières." Un appel relayé par d'autres collectifs à Lille, Marseille ou encore Bordeaux.

"Ce n'est plus une attente, c'est une exigence"

C'est le sens des mots d'Assa Traoré, la sœur d'Adama : "Aujourd'hui, nous demandons des actes judiciaires. On espère que le peuple sera au rendez-vous et qu'on sera aussi nombreux que le 2 juin. Et s'il le faut, chaque semaine, nous sortirons dans la rue." Pour Almamy Kanouté, qui milite à ses côtés, éducateur et à l'affiche du film Les Misérables de Ladj Ly, le rassemblement de samedi 13 juin n'a qu'un seul objectif. "C'est une énième mobilisation pour rappeler à la France d'assumer ses responsabilités. Quand elle faute, elle doit le reconnaître. Ce n'est même plus une question d'attente, c'est affirmer une exigence que la justice se fasse dans un contexte d'impartialité la plus totale. Il n'est plus question de demander ou d'attendre. Nous exigeons que vérité et justice soient faites."

Pour Almamy Kanouté, la mobilisation va au-delà de l'affaire Taroré. "Nous en profitons, vu que toutes les caméras se sont braquées sur nous, pour rappeler qu'avant et après Adama Traoré, il y a eu de nombreuses victimes (...) On ne se laissera plus faire. On ne se laissera plus malmener, maltraiter ou tuer."

Toute la semaine, le collectif La vérité pour Adama a multiplié les plaintes, notamment contre Marine Le Pen, Julien Odoul, Marion Maréchal-Le Pen et des journalistes, dont Jean-Jacques Bourdin. Une stratégie nécessaire, poursuit Almamy Kanouté. "Ces séries de plaintes, c'est juste pour faire comprendre une chose : une génération a commencé à se saisir de ses droits et d'appliquer ses devoirs. Nous faisons la démonstration de l'usage de nos droits les plus fondamentaux." Assa Traoré le répète : tant que le dossier de son frère n'avancera pas, elle continuera de battre le pavé et promet d'organiser des rassemblements sauvages.

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