Vrai ou fake Législatives 2022 : l'accord trouvé à gauche est-il vraiment "historique", comme le clame La France insoumise ?

L'union de la gauche en vue des élections législatives a connu plusieurs précédents. En 1936, le Front populaire s'était étendu jusqu'aux syndicats et associations. En 1973, le rapport de force était en faveur du camp le plus modéré. En 1997, la "gauche plurielle" avait conclu des accords sans programme commun.

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Jean-Luc Mélenchon, entouré de cadres de La France insoumise, défile le 1er mai 2022 à Paris, à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses. (STEPHANE DUPRAT / HANS LUCAS / AFP)

Un tweet et quatre syllabes : "His-to-ri-que !" A en croire le député de La France insoumise Alexis Corbière, son parti a marqué l'histoire politique française, dimanche 1er mai, en concluant un accord avec Europe Ecologie-Les Verts dans la perspective des élections législatives des 12 et 19 juin. A l'instar du porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, les eurodéputés Manon Aubry et Manuel Bompard ont également qualifié d'"historique", lundi, le pacte conclu entre les deux partis autour de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale. Les négociations vont bon train avec le Parti socialiste et le Parti communiste français pour qu'ils la rejoignent.

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"C'est factuellement vrai, il n'y avait jamais eu d'accord, dans l'histoire, entre Europe Ecologie-Les Verts et La France insoumise au niveau national pour les élections législatives", a défendu, à raison, Manuel Bompard, sur France Inter. Jusqu'ici, les deux jeunes mouvements, nés respectivement en 2010 et 2016, n'avaient en effet trouvé des terrains d'entente qu'à l'occasion d'élections intermédiaires. Aux régionales de 2021, une liste EELV-LFI-PS-PCF avait par exemple été présentée dès le premier tour dans les Hauts-de-France.

Le précédent de l'union de la gauche en 1973

En cas de ralliement des autres principales forces de gauche, assisterait-on à une union inédite de ce côté de l'échiquier politique ? "Dans l'histoire récente, je ne vois pas d'autre cas d'une alliance à gauche qui aille des socialistes aux 'Insoumis', malgré quelques occurrences au niveau local", affirme au Monde l'historien Gilles Candar, spécialiste des gauches françaises et ex-élu socialiste. 

"Au niveau national, [une alliance LFI-EELV-PCF-PS] serait une première. (...) Ce serait assurément un fait important, historique."

Gilles Candar, historien

au "Monde"

Sous la Ve République, les grandes heures de l'union de la gauche remontent aux législatives de 1973. Une alliance avait alors été conclue entre le PS, le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), autour d'un programme commun de gouvernement. Le scrutin avait été marqué par une forte poussée de la gauche, revenue à un cheveu de la majorité de droite.

"L'accord sur le programme commun, en 1972, a été l'aboutissement de dix ans de travail tourmentés et tortueux, avec deux partis très puissants, et un lent virage du PCF vers des politiques plus unitaires, rappelle à franceinfo Marc Lazar, professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po. Cette année, on est dans une improvisation d'une tout autre nature, dans un paysage plus éclaté."

En comparaison avec les législatives de 1973, le scénario de 2022 diffère aussi dans la nature du rapport de force, favorable à La France insoumise. "Ce serait la première fois depuis longtemps qu'un accord se conclut avec une force motrice qui serait la plus radicale de la coalition", analyse Gilles Candar. L'union de la gauche des années 1970, elle, s'était faite "en faveur de ses éléments les plus modérés", rappelle l'historien.

Des accords "à géométrie variable" en 1997

Aux législatives de 1997, la "gauche plurielle" était née d'une ambition moindre. Le PS avait initié, après son effondrement aux législatives de 1993, "toute une série de négociations et de groupes de travail avec les autres partis", selon Marc Lazar. Le rapport de force était alors en faveur de Lionel Jospin et ses troupes. Ultra-dominant, le PS était arrivé au pouvoir après avoir uni ses forces avec le PCF, le Parti radical de gauche (PRG), le Mouvement des citoyens et Les Verts. 

Différence notable : "Il n'y a pas eu de programme commun, mais une série d'accords à géométrie variable que le PS avait signés avec ses partenaires, faute de mettre tout le monde d'accord, notamment les communistes et les Verts", souligne le chercheur. Il s'agissait seulement de se retirer au second tour en faveur du candidat de gauche le mieux placé.

Un "tournant" digne du Front populaire ?

Et si l'on remonte plus loin, à la veille de l'anniversaire de la victoire du Front populaire aux législatives de 1936 ? La gauche est "à un tournant aussi historique que celui-là", a estimé, lundi, le chef de file du PCF, Fabien Roussel. "Le Front populaire, c'est la semaine de 40 heures, les comités d'entreprise, les hausses de salaire tout de suite, de grandes avancées sociales, a-t-il listé sur franceinfo. C'est un mouvement de même ampleur que la jeunesse et le monde du travail attendent."

Le Front populaire avait remporté ces législatives en rassemblant sous sa bannière plusieurs partis de gauche, à commencer par l'ancêtre du PS, la SFIO, ainsi que le Parti radical et le Parti communiste. La règle était alors de voter pour le candidat le mieux placé à l'issue du premier tour. "Cet accord avait été immédiatement soutenu par une multitude d'organisations syndicales et d'associations, ce qui ne sera visiblement pas le cas cette année, observe Marc Lazar. Mais l'époque était différente, marquée par la montée du fascisme et un autre système politique, la IIIe République." 

Si un accord LFI-EELV-PS-PCF était trouvé avant le 8 mai, il resterait plus d'un mois à la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale pour rallier derrière elle la société civile d'ici au 12 juin et tenter d'entrer dans les livres d'Histoire.

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