Témoignages Elections législatives 2022 : faire barrage ou "rester à la maison", le dilemme des électeurs d'Emmanuel Macron face à un second tour entre le RN et la Nupes

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Un électeur vote à Paris, pour le premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022. (MAEVA DESTOMBES / HANS LUCAS / AFP)

Après avoir voté pour la majorité présidentielle au premier tour des législatives, ils ont bien du mal à faire un choix entre le Rassemblement national et l'alliance de gauche. La majorité des électeurs interrogés par franceinfo songe au vote blanc ou à l'abstention pour ce second dimanche de scrutin.

"Entre la peste et le choléra, je ne peux pas choisir", estime Antoine*, un étudiant de 24 ans qui vote pour Emmanuel Macron depuis 2017. Comme la majorité des électeurs macronistes interrogés par franceinfo, le jeune homme ne souhaite pas se prononcer, pour le second tour des élections législatives, dimanche 19 juin, entre le candidat Rassemblement national et le candidat PCF de la Nupes qui s'affrontent en duel sur sa circonscription, la 7e de l'Hérault. Le premier est arrivé en tête mais le second devrait bénéficier d'un report des voix en sa faveur. "On a d'un côté un programme qui va augmenter la dette, purement démagogique et qui n'est pas réalisable. De l'autre, une formation qui prône le rejet, la haine et les discriminations", tranche Antoine.

"Je vote à chaque élection depuis mes 18 ans, mais c'est la première fois que je vais m'abstenir."

Antoine, électeur LREM

à franceinfo

Cet étudiant ingénieur assume mettre "un signe égal" entre le RN et l'alliance de gauche. "Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, je quitte la France. Et si demain Jean-Luc Mélenchon devient Premier ministre, je termine mes études avant de partir et de participer à la fuite des cerveaux."

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Sylvie, 64 ans et retraitée depuis deux ans, ne compte pas non plus se déplacer dimanche pour départager la candidate RN et la candidate LFI de la Nupes qui se font face dans la 2e circonscription de la Marne. "Je préfère rester à la maison et je pense que dans notre circonscription, il va y avoir un très fort taux d'abstention [au premier tour, l'abstention nationale avait atteint un record pour des législatives, à 52,49%] prédit cette sympathisante LREM. Je ne connais pas la candidate Nupes, mais je n'ai pas envie de la connaître. Elle appartient à un parti dirigé par Jean-Luc Mélenchon, qui au-delà de ses effets de manche, est entouré de gens dangereux."

"Mon enveloppe restera vide"

Par devoir civique, certains ont tout de même prévu de se déplacer au bureau de vote mais ne feront pas pour autant un choix. "Je ne veux pas choisir entre l'extrême droite et l'extrême gauche, donc mon enveloppe restera vide pour la première fois, et j'ai 64 ans !", témoigne Corinne, électrice sur la 6e circonscription de l'Hérault où la députée sortante Emmanuelle Ménard, élue en 2017 avec le soutien du RN, est arrivée largement en tête au premier tour. Cette dernière devrait d'ailleurs être réélue sans encombre dimanche. "En face, la candidate est LFI, mais même si elle était PS ou autre, le fait qu'ils se soient associés à LFI, je ne voterais pas pour eux. Si les LR s'étaient associés au RN, qu'est-ce qu'on dirait ?"

De son côté, Robert assure qu'il aurait volontiers voté pour un candidat socialiste, même issu de la Nupes, mais il doit choisir entre un candidat RN et une candidate issue de La France insoumise. Tout comme Mireille Robert, la députée LREM sortante de sa circonscription (la 3e de l'Aude), Robert va donc opter pour le vote blanc. "La Nupes est un conglomérat de circonstance pour ces élections. On a bien compris que le but, c'est l'hégémonie de LFI et je refuse de participer à ça, confie ce retraité de 65 ans. Leur programme est une ineptie qui tiendrait au plus trois mois avant d'être abandonné en rase campagne, et Jean-Luc Mélenchon a un comportement problématique, notamment vis-à-vis des questions internationales. De l'autre côté, le RN, ce n'est pas possible non plus. Il y a trop de relents pétainistes."

Un choix "à contrecœur"

Si la majorité des électeurs interrogés fait le choix de l'abstention ou du vote blanc, d'autres préfèrent trancher. Et dans ce cas, c'est la Nupes qui a d'abord la préférence des électeurs interrogés. David, 46 ans, n'est pas un macroniste béat mais vote pour le chef de l'Etat parce que "c'est le moins pire". Dans la 2e circonscription du Cher où il est inscrit, ce Vierzonnais a glissé dans l'urne un bulletin pour la députée sortante de la majorité présidentielle, Nadia Essayan. Sauf que la parlementaire fait partie des 27 députés du camp présidentiel éliminés à l'issue du premier tour. Au second tour, David a le choix entre le candidat de la Nupes, arrivé largement en tête, et la candidate du RN.

"A contrecœur", il votera pour le candidat communiste, même si la "Nupes a un programme qui ne tient pas la route économiquement". "Je vais voter pour un candidat que je n'apprécie pas, dans un groupe que je n'apprécie pas", souffle-t-il, mais face au RN, le choix a été vite fait.

"Je préfère quand même l'extrême gauche à l'extrême droite."

David, électeur macroniste qui va voter Nupes

à franceinfo

S'abstenir n'était pas une option envisageable pour lui car le vote "est tellement important pour la démocratie", souligne-t-il.

"C'est une façon de me rassurer un peu"

A 300 kilomètres de là, Jean-Pierre suivra les pas de David. Ce retraité de 63 ans qui réside dans le petit village de Pitres est électeur dans la 4e circonscription de l'Eure. Celle du député LREM sortant Bruno Questel, éliminé au premier tour donc. Une surprise tant pour le parlementaire, qui met un terme à "sa carrière politique", que pour Jean-Pierre, macroniste convaincu.

"Légèrement abasourdi" à l'annonce des résultats, cet ancien proviseur de lycée s'est demandé pour qui il allait voter. Au choix : Chrystelle Saulière, du RN, arrivée première, ou Philippe Brun, candidat Nupes. "Et puis, j'ai eu l'agréable surprise de voir que Philippe Brun était encarté au PS, je voterai donc pour lui", explique cet ancien socialiste, contrairement à Bruno Questel qui a préféré ne pas se prononcer pour son ancien opposant. Mais Jean-Pierre, qui juge Jean-Luc Mélenchon "trop extrémiste, trop caricatural", est bien conscient du "paradoxe".

"Je tends la perche à Mélenchon pour gravir une marche de plus vers l'accession à une majorité au Parlement".

Jean-Pierre, électeur macroniste qui va voter Nupes

à franceinfo

Pour conforter son choix, l'électeur se raccroche à deux arguments. Le premier : "Il se peut que l'alliance de la Nupes ne tienne pas dans le temps" et que les députés "reviennent à leur parti d'origine". "C'est une façon de me rassurer un peu", soupire-t-il. Seconde justification avancée : "C'est aussi un vote utile pour faire barrage au RN et marquer mon opposition à ce parti".

"Je veux bloquer la Nupes"

Une position diamétralement opposée à celle prise par Ivan. Il fait partie des quelques rares électeurs, parmi tous ceux contactés, à avoir décidé de glisser un bulletin RN dans l'urne. Une grande première pour ce technicien logistique, électeur d'Emmanuel Macron depuis 2017, qui s'apprête à faire le grand écart idéologique. Dans la 5e circonscription de Seine-Maritime où il vote, ce quinquagénaire mettra donc dans l'urne un bulletin pour le RN, arrivé deuxième derrière le candidat de la Nupes et député sortant (PS), Gérard Leseul. La raison ? "Une allergie totale à Mélenchon."

"Je ne comprends pas comment les socialistes ont pu se laisser embarquer dans cette galère, c'est un vote punitif pour ma part."

Ivan, électeur macroniste qui va voter Rassemblement national

à franceinfo

"Mon allergie au mélenchonisme est très très forte, c'est le pire qui puisse arriver, c'est pire que le RN", repète-t-il. Le quinquagénaire s'est aussi décidé au regard des projections en sièges à l'Assemblée nationale. "Le danger est plus au niveau des Insoumis que du RN, qui n'aura pas beaucoup plus qu'un groupe à l'Assemblée." Un raisonnement partagé par les rares autres électeurs optant pour le RN au second tour. "Comme il n'y a pas de danger que le RN ait la majorité, je veux bloquer la Nupes", insiste encore Ivan. "Pas un choix de cœur, je conçois que ça puisse étonner mais c'est mon analyse", conclut-il.

*Le prénom a été modifié.

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