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Législatives 2022 : confrontés à un duel entre la Nupes et le RN, les candidats battus de la majorité affichent leurs divergences

Article rédigé par Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
La Première ministre Elisabeth Borne, le 12 juin 2022, à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

De nombreux de candidats de la majorité présidentielle éliminés au premier tour refusent de prendre position, notamment quand le candidat de la gauche est issu des rangs de La France insoumise.

Entre le "cas par cas" évoqué un temps et la consigne du "pas une seule voix pour le Rassemblement national", la majorité présidentielle a laissé s'installer un léger flottement sur son attitude en vue du second tour des législatives, prévu dimanche 19 juin, dans les circonscriptions où la Nupes affronte en duel un candidat du RN. Sur le terrain, les hésitations de l'état-major se font sentir et les candidats Ensemble ! vaincus au premier tour ne parlent pas tous d'une seule voix. Selon le décompte de Libération, seule une poignée de candidats sur la soixantaine de duels entre la Nupes et le RN ont appelé à voter pour l'alliance de gauche.

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"Personnellement, je vais voter blanc et mes électeurs font bien ce qu'ils veulent", explique ainsi Catherine Daufès-Roux, députée sortante de la 5e circonscription du Gard, arrivée troisième derrière Michel Sala (Nupes) et Jean-Marie Launay (RN).
"Je n'ai pas reçu de consigne de la part du groupe LREM, c'est très personnel par rapport à mon territoire et par rapport au candidat Nupes en face. C'est un pur LFI et il a même mené une campagne par le passé sur la circonscription avec l'étiquette du NPA."

"C'est une gauche que je ne cautionne pas du tout. S'il avait été PCF, PS ou EELV, j'aurais donné une consigne, mais pas là."

Catherine Daufès-Roux, députée LREM battue au premier tour

à franceinfo

A l'image de Catherine Daufès-Roux, ils sont nombreux à refuser de se prononcer en faveur de La France insoumise face au Rassemblement national. "Les deux partis sont extrêmement dangereux l'un et l'autre. Pour moi, il y a un signe égal", estime Jean-François Eliaou, député sortant de la 4e circonscription de l'Hérault. "Je ne vais pas donner de consigne de vote. Mes concitoyens ont choisi de ne pas aller voter, ils prennent leur responsabilité. Maintenant, c'est leur problème, poursuit l'élu, sans cacher son amertume. En face de moi, ce n'est pas une Valérie Rabault [députée sortante PS], il s'agit d'un LFI violent. Ce n'est pas la gauche, c'est l'ultragauche. Donc ça fait partie du 'cas par cas' évoqué par le ministre Gabriel Attal."

"On se retrouve avec deux extrémistes"

Dans la lignée des propos d'Elisabeth Borne, qui a évoqué "une confusion inédite aux extrêmes", certains candidats de la majorité n'hésitent pas à renvoyer dos à dos le RN et LFI. "Pour moi, c'est chat noir et noir chat. On se retrouve avec deux candidats extrémistes, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre... Donc je voterai blanc, sans état d'âme", confie Pascal Rifflart, candidat LREM battu dans la 1re circonscription de la Somme face au député sortant François Ruffin (Nupes) et à la jeune candidate RN Nathalie Ribeiro-Billet. Pour moi, François Ruffin est tout sauf un candidat démocratique. Il appelle à la violence, à l'insurrection, au non-respect des règles démocratiques... On ne peut pas mettre un type comme ça au pouvoir."

"Ce qui serait irresponsable, c'est d'appeler à voter pour l'un ou pour l'autre."

Pascal Rifflart, candidat LREM battu au premier tour

à franceinfo

Parfois, ce n'est même pas l'étiquette LFI qui pose problème. Mais les tensions de la campagne ont pu laisser des traces. "Ça a été une campagne d’insultes et d’intimidations. Cette campagne a été sale", raconte à France 3 Alexandrine Pintus, candidate de la majorité éliminée dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais face à Marine Le Pen et la candidate écologiste Marine Tondelier. Elle a donc choisi de ne pas respecter les consignes de son parti, qui appelle pourtant à faire barrage à la patronne du RN. "Mon vote sera donc blanc", explique-t-elle dans un communiqué.

"Pour moi, c’est la même chose. C’est deux Marine."

Alexandrine Pintus, candidate LREM battue au premier tour

dans un communiqué

"Il y a eu des mensonges, de la diffamation… Je ne peux pas appeler à voter distinctement pour quelqu'un qui s'est comporté de cette manière", s'agace également le député sortant Bruno Questel, qui a été devancé dans la 4e circonscription de l'Eure par la candidate RN Chrystelle Saulière et par le socialiste Philippe Brun investi par la Nupes. "C'est la fin de ma carrière politique, donc dimanche prochain, je serai un citoyen comme un autre et je fais confiance aux citoyens pour décider", explique l'élu, qui se refuse à toute consigne de vote.

"Un choix qui va être difficile"

Ils sont plusieurs candidats à se retrancher derrière la liberté de leurs électeurs, malgré le risque de victoire du RN dans leur circonscription. "J'estime que les citoyens que je représente sont capables de prendre une décision tout seul sans que je leur dise ce qu'ils ont à faire, je leur conseille juste de bien lire les programmes", lâche Mireille Robert, candidate de la majorité défaite dans la 3e circonscription de l'Aude. Et concernant les appels lancés par la majorité au front républicain lors de la présidentielle, les candidats tentent d'esquiver ou de botter en touche quand on leur demande pourquoi la réciprocité ne s'appliquerait pas. "Les gens ont fait barrage ou pas, mais personne ne leur a mis le couteau sous la gorge..." estime Mireille Robert.

Certains ont pris le temps de bien écouter les dernières consignes de l'état-major macroniste avant de se prononcer. "Mes consignes sont celles de Madame Borne. On doit faire front contre le Rassemblement national, pas une voix ne doit aller au RN", explique Isabelle Seguin, candidate de la majorité malheureuse sur la 4e circonscription de l'Ain. Cette ancienne gagnante de l'émission "Koh Lanta" est arrivée troisième derrière Jérôme Buisson (RN) et Philippe Lerda (Nupes). "A titre personnel, je ne sais pas encore si je vais voter blanc ou pour le candidat de la Nupes, car la campagne était agressive. C'est un choix qui va être difficile."

"Aucune ambiguïté possible"

Pour d'autres, le choix se révèle plus facile. "Une demi-heure après avoir appris ma défaite, j'ai appelé à battre le Rassemblement national. Venant moi-même de la gauche, il y a pour moi aucune ambiguïté possible, je suis très clair là-dessus", tranche Richard Lioger, qui s'est classé troisième dans la 3e circonscription de Moselle. "Je ne connais pas trop cette candidate LFI [Charlotte Leduc] mais je la juge moins dangereuse que la dame du RN [Françoise Grolet]. J'espère simplement qu'elle n'affichera pas des idées communautaristes ou anti-européennes à l'Assemblée. Mais elle me semble acceptable." 

"C'est un choix qui doit être fait au cas par cas, je n'aurais pas dit la même chose face à Madame Simonnet ou Madame Rousseau."

Richard Lioger, candidat LREM battu

à franceinfo

"La menace de voir l’extrême droite conserver la 3e circonscription du Pas-de-Calais est bien présente, estime de son côté Nicolas Bays, lui aussi battu au premier tour. Face à cela, même si je maintiens que la Nupes est une menace pour notre pays, avec un programme irréaliste accentuant la dette, je considère que le RN, lui, est un danger pour la démocratie et pour le vivre ensemble. C’est pourquoi j’appelle les électeurs qui m’ont fait confiance à faire battre le candidat de Marine Le Pen."

Certains candidats éliminés vont même plus loin. Le novice Victor Albrecht, arrivé quatrième dans la 1re circonscription de l'Yonne, a ainsi proposé ses services à la candidate Nupes pour la campagne de l'entre-deux-tours. "Je lui ai dit au téléphone que je me mettais à sa disposition pour un coup de main si elle avait besoin d'aide, je ferais le maximum. J'appelle à voter pour elle, pas seulement contre le RN", insiste-t-il.

"Il n'y a pas d'ambiguïté à avoir face au RN. C'est une écolo, pas une frappadingue comme il peut y en avoir certains à LFI."

Victor Albrecht, candidat LREM battu au premier tour

à franceinfo

Mais Victor Albrecht se refuse pour autant à condamner d'autres candidats dont la position vis-à-vis du RN serait moins claire, se retranchant derrière le "cas par cas" et les spécificités de chaque territoire. "Avec d'autres candidats de la Nupes, comme Danièle Obono ou Sandrine Rousseau, j'aurais peut-être trouvé une formule un peu moins claire..."

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