Violences intrafamiliales : comment donner l'alerte et agir durant le confinement

En période de confinement, les femmes et les mineurs victimes de violences dans le foyer sont encore plus en danger. Voici les dispositifs d'aide qui existent.

Une affiche de l\'association NousToutes, qui lutte contre les violences faites aux femmes, sur un mur parisien, le 25 mars 2020.
Une affiche de l'association NousToutes, qui lutte contre les violences faites aux femmes, sur un mur parisien, le 25 mars 2020. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

En obligeant chacun à limiter ses déplacements, le confinement lié à l'épidémie de Covid-19 réduit les crimes et délits… A l'exception des violences intrafamiliales. Les violences conjugales ont ainsi augmenté de 32% en zone gendarmerie et de 36% dans la zone de la préfecture de police de Paris, pendant la première semaine de confinement, a annoncé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Les appels au 119, le numéro pour les enfants et les adolescents en danger, ont par ailleurs augmenté de 20% lors des trois premières semaines de confinement, par rapport aux trois précédentes, a précisé jeudi 9 avril le secrétaire d'Etat à la Protection de l'Enfance, Adrien Taquet.

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Comment donner l'alerte lorsque l'on est confiné avec son agresseur ? Comment agir, si l'on est témoin de ces violences intrafamiliales ? Franceinfo dresse la liste des dispositifs d'aides aux victimes de violences.

Pour donner l'alerte en cas d'urgence

Si une intervention policière est urgente, contactez le 17 (police), le 112 (numéro d'urgence européen) ou le 114 (pour les personnes sourdes et malentendantes). Si vous ne pouvez pas appeler sans éveiller de soupçons, envoyez un SMS au 114. Un signalement est aussi possible en ligne sur appel.urgence114.fr. Les opérateurs de ce numéro préviendront les forces de l'ordre en leur transmettant vos coordonnées et ces dernières pourront intervenir si besoin. En cas d'urgence médicale, contactez le 15 (Samu).

Pour signaler des violences ne nécessitant pas une intervention immédiate

Pour les enfants et les adolescents victimes de violences intrafamiliales, la ligne téléphonique "Allô enfance en danger" est joignable 24 heures/24 et 7 jours/7 en composant le 119. Si vous êtes en danger ou risquez de l'être, l'opérateur du 119 contactera les services départementaux afin que votre situation soit évaluée par des travailleurs sociaux. Si ces mesures sont insuffisantes, ces derniers pourront saisir la justice. Cette ligne téléphonique est désormais doublée d'un service de signalement des violences par internet sur allo119.gouv.fr.

Pour les femmes victimes de violences, arrêtonslesviolences.gouv.fr permet de signaler en ligne des cas de violences sexuelles et sexistes, 24 heures/24 et 7 jours/7, sans laisser de traces dans l'historique. Des policiers et des gendarmes formés prennent votre signalement et peuvent déclencher des interventions. Depuis le 26 mars, la police nationale dispose également d'un tchat, accessible tous les jours entre 8 heures et 21 heures, grâce auquel vous pouvez signaler votre situation et demander conseil.

Il est également possible pour les femmes victimes de violences de solliciter de l'aide en pharmacie. Le pharmacien peut recueillir votre identité et composer le 17 si vous souhaitez prévenir la police. Si tel n'est pas votre souhait, il vous proposera la "remise discrète" d'un flyer avec les coordonnées des forces de l'ordre (appel 17, SMS au 114), des services d'accompagnement (3919 et 119) ainsi que l'adresse de la plateforme de signalement des violences sexuelles et sexistes et son tchat. 

Pour obtenir des conseils d'associations et d'avocats

Le 3919, numéro d'écoute national pour les femmes victimes de toutes les formes de violences (physique, psychologique, économique...) reste joignable du lundi au samedi de 9 heures à 19 heures. Il est gratuit et n'apparaît pas sur les factures téléphoniques. Il en va de même pour son équivalent pour les mineurs, le 119, qui est lui accessible 7 jours/7 et 24 heures/24. Ces deux numéros vous permettent de recevoir conseil et accompagnement pour signaler les violences dont vous êtes la victime.

La secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa a par ailleurs annoncé, samedi 28 mars, l'installation "dans les prochaines semaines" d'une "vingtaine" de "points d'accompagnement éphémères" dans des locaux de centres commerciaux, en partenariat avec des associations locales. L'objectif est que les femmes victimes de violences puissent y trouver "une oreille attentive et un accès à leurs droits", a-t-elle détaillé dans Le Parisien.

Pour obtenir des conseils juridiques, les femmes victimes de violence peuvent joindre la permanence téléphonique des avocats bénévoles du barreau de Paris (01 44 32 49 01)du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 14 heures à 17 heures. Un formulaire en ligne est également disponible. 

Pour porter plainte pour violences conjugales

Il est toujours possible de déposer plainte pour violences conjugales en période de confinement. Il faut pour cela "contacter par téléphone le commissariat ouvert à proximité de son domicile, afin de prendre rendez-vous", précise un officier du tchat de la police nationale à franceinfo. Lorsque vous irez à ce rendez-vous, n'oubliez pas de cocher la case "déplacements résultant d'une convocation émanant d’une juridiction administrative ou de l’autorité judiciaire" sur votre attestation dérogatoire de sortie.

Pour obtenir l'éloignement d'un conjoint violent

Pour lutter contre les violences conjugales, l'objectif est "l'éviction du conjoint violent", a rappelé Marlène Schiappa sur franceinfo, mercredi 1er avril. Pour cela, vous pouvez demander une ordonnance de protection, sans avoir à déposer plainte, en remplissant ce formulaire et en l'adressant au greffe du juge aux affaires familiales du tribunal de votre domicile. Votre demande sera traitée, y compris durant le confinement. Les violences intrafamiliales demeurent "des contentieux prioritaires et urgents" donnant lieu à des ordonnances de protection ou des comparutions immédiates, a en effet déclaré la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, mardi 7 avril. 

Une plateforme temporaire de logements pour conjoints violents, avec quelque 70 places, a d'ailleurs été mise à la disposition des procureurs, d'agents de probation et d'associations, afin de faciliter ces évictions. Ce "dispositif exceptionnel et temporaire (...) évalue les disponibilités de logement chez nos partenaires habituels" et en cas d'insuffisance, "peut faire appel à des nuitées hôtelières qui sont prises en charge par le gouvernement", a précisé Nicole Belloubet.

Pour être logée en urgence

Sans attendre que la justice ordonne l'éviction de votre conjoint, il reste possible de fuir le domicile conjugal même en période de confinement. Pour être relogée en urgence, appelez le 115. Quelque 20 000 nuitées d'hôtel supplémentaires sont prises en charge par le secrétariat d'Etat chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes "pour qu'une réponse immédiate puisse être apportée en plus des structures d’hébergement habituelles", a indiqué Marlène Schiappa mercredi 1er avril dans Ouest-France.

Une ligne à destination des auteurs de violence

Un numéro d'écoute à destination des auteurs de violence est actif depuis lundi 6 avril (08 019 019 11). Cette ligne, financée par la Délégation aux Droits des femmes et gérée par la Fédération nationale d'accompagnement des auteurs de violences (Fnacav), est ouverte du lundi au dimanche de 9 heures à 19 heures

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