Vaccins contre le Covid-19 : trois questions sur les multiples retards de livraisons en Europe

Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca ont annoncé des livraisons réduites de leurs doses à l'Union européenne à cause de problèmes de production. Des délais qui ont des répercussions sur le calendrier vaccinal français.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Un médecin prépare une dose de vaccin contre le Covid-19, le 22 janvier 2021, à Villelongue-Dels-Monts (Pyrénées-Orientales). (JEAN-CHRISTOPHE MILHET / HANS LUCAS / AFP)

Après Pfizer-BioNTech et AstraZeneca, le laboratoire Moderna prévoit lui aussi des délais rallongés pour livrer toutes les quantités prévues de son vaccin contre le Covid-19 aux pays de l'UE. Le ministère de la Santé a annoncé, jeudi 28 janvier, que le groupe américain fournirait notamment 25% de doses en moins à la France. Comment expliquer ces retards en série du côté des trois sociétés ? Quelles sont les conséquences pour le calendrier de vaccination français ? Quelles sont les dispositifs envisagés par la Commission européenne et la France pour faire face à ces problèmes d'approvisionnement ? Franceinfo fait le point.

>> Retrouvez toutes les infos liées à la pandémie de Covid-19 dans notre direct

Pourquoi ces retards ?

Les trois laboratoires expliquent que les retards de livraisons des vaccins sont liés à des problèmes de fabrication. "La production de masse n'est pas à la hauteur de ce qui était attendu, explique à franceinfo Sylvie Briand, directrice à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée des risques épidémiques et pandémiques. Pour la plupart de ces vaccins, ce sont des vaccins nouveaux, donc les chaînes de production étaient limitées. Les entreprises Pfizer et Moderna avaient fait des investissements depuis quelques mois pour essayer d'augmenter cette production, mais ce n'est évidemment pas suffisant pour l'instant."

Le groupe Pfizer-BioNTech a ainsi annoncé, mi-janvier, un retard de trois à quatre semaines sur son calendrier prévisionnel de livraison, finalement réduit à une semaine. En cause : des modifications nécessaires pour modifier la chaîne de production de l'usine belge de Puurs, qui doit être rénovée. Ces modifications "nécessitent des approbations réglementaires supplémentaires", a précisé le groupe américain.

Le patron de Moderna, le Français Stéphane Bancel, a également évoqué des problèmes logistiques. "Il faut généralement trois à quatre ans pour construire un outil industriel pour un nouveau vaccin, explique-t-il à LCI. Le fait d'avoir une approbation en moins de douze mois crée un problème commun : le démarrage des chaînes de production. Ce lancement, souvent lent, a lieu en temps réel, sans stock préalable. Donc dès qu'il y a un petit dérapage, qui serait habituellement normal, il se voit tout de suite." Selon Les Echos, Moderna espère rattraper ces retards d'ici la fin du mois de mars.

De son côté, AstraZeneca a déclaré vendredi 22 janvier que, "si nous recevons l'approbation en Europe, les volumes initiaux seront inférieurs aux prévisions initiales en raison d'une baisse de rendement sur un site de fabrication de notre chaîne d'approvisionnement européenne". "Les problèmes que nous avons sont liés à la fabrication de la substance médicamenteuse. Nous pensons avoir réglé ces problèmes, mais nous avons deux mois de retard par rapport à ce que nous voulions", a précisé le patron du groupe, le Français Pascal Soriot, dans un entretien au Figaro.

Alors que Bruxelles soupçonne AstraZeneca de livrer des doses produites dans l'UE au Royaume-Uni, Pascal Soriot a également pointé des questions de contrat. "L'accord britannique a été conclu en juin, trois mois avant l'accord européen. Comme vous pouvez l'imaginer, le gouvernement de Londres a stipulé que la production provenant de la chaîne d'approvisionnement britannique irait d'abord au Royaume-Uni, a-t-il affirmé. Dans l'accord avec l'UE, il est mentionné que les sites de fabrication britanniques étaient une option pour l'Europe, mais seulement plus tard."

Quelles sont les conséquences pour la France ?

Ces retards se traduisent fatalement par un nombre réduit de vaccins livrés à la France. Moderna fournira 150 000 doses en moins à l'Hexagone, soit un quart de ce qui devait en théorie arriver dans les congélateurs français en février, selon le ministère de la Santé. Pour le vaccin de Pfizer-BioNTech, Paris a reçu 200 000 doses de moins que ce qui était prévu, indiquent Les Echos.

La France n'obtiendra par ailleurs que 4,6 millions de doses du Covishield d'AstraZeneca, soit la moitié des 9 millions sur lesquelles tablait l'exécutif. Paris avait déjà revu ses prévisions à la baisse par rapport au contrat prévoyant initialement 17,5 millions de doses, livrées entre fin décembre et fin mars.

Ces livraisons réduites ont bien sûr des conséquences sur le calendrier de vaccination français. Le ministère de la Santé a indiqué jeudi qu'il n'y aurait finalement que 400 000 nouveaux rendez-vous ouverts vendredi pour recevoir la première injection du vaccin contre le Covid-19. En début de semaine, il en avait annoncé 500 000. Trois régions (Hauts-de-France, Ile-de-France, et Bourgogne-Franche-Comté) vont par ailleurs cesser les premières injections afin de garder les doses disponibles pour les deuxièmes injections (les rappels), rapporte LCI.

Conséquence logique : le nombre de primo-injections en Ile-de-France devrait chuter à 45 000 la première semaine de février, puis 25 000 la semaine suivante, indique l'ARS. Le rythme des premières injections ne devrait repartir à la hausse qu'à partir de la deuxième quinzaine du mois de février, selon BFMTV"Ces vaccinations continuent quand même, tente de rassurer Sylvie Briand. Peut-être qu'on arrivera moins rapidement à la couverture vaccinale qu'on espérait pour les personnes à risque, mais ça va déjà avoir un effet sur la réduction des gens qui vont être hospitalisés et avoir des [formes graves de la maladie]."

Comment Bruxelles et Paris s'adaptent-ils ?

Dans l'immédiat, l'Union européenne ne peut pas compenser ces retards par des livraisons d'autres vaccins puisque seuls ceux de Moderna et de Pfizer-BioNTech sont actuellement autorisés par l'Agence européenne des médicaments (EMA). Le troisième produit qui doit obtenir le feu vert de l'EMA en cette fin de semaine, c'est celui d'AstraZeneca. Mais on sait déjà qu'il ne livrera pas lui non plus les doses prévues. Les trois autres vaccins qui devraient être homologués par l'UE ne le seront pas avant plusieurs semaines.

Face à ces problèmes d'approvisionnement, la Commission européenne a menacé, par la voix de sa présidente, Ursula von der Leyen, de mettre en place "un mécanisme de transparence sur les exportations de vaccins". Les 27 imposeraient ainsi aux fabricants de leur signaler les exportations hors de l'UE des doses qui y sont produites. "Il y a cette nationalisation de la production vaccinale où les pays vont avoir tendance à préférer servir en premier leurs concitoyens par rapport à des exportations. C'est un phénomène qui était prévisible, explique Sylvie Briand à franceinfo. Pour les pandémies futures, c'est sûr qu'il faudra essayer de trouver des systèmes qui permettent justement d'avoir un meilleur équilibrage du marché."

Ursula von der Leyen continue en outre de faire pression sur AstraZeneca pour qu'il respecte ses engagements. Elle a déclaré vendredi à la radio allemande Deutschlandfunk que le contrat signé avec le groupe britannique donnait des quantités de livraisons très précises pour décembre et les trois premiers trimestres de 2021"Il y a des clauses contraignantes et le contrat est très clair", a-t-elle asséné quelques heures avant que Bruxelles ne dévoile le document

De son côté, le gouvernement français travaille également à des solutions concrètes. Il a par exemple demandé à Sanofi de mettre à disposition ses chaînes de fabrication pour conditionner le vaccin Pfizer-BioNTech et donc en augmenter la production. "Nous devrions pouvoir fournir plus de 100 millions de doses d'ici la fin de l’année, qui seront destinées à l'Union européenne et donc en partie à la France", a promis Paul Hudson, le directeur général du laboratoire, dans une interview au Figaro. Pour ce faire, le groupe pharmaceutique français va utiliser son usine de Francfort, en Allemagne, pour mettre le produit en flacons à partir de juillet.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.