Covid-19 : le professeur Didier Pittet "ne comprend pas" les réticences des soignants sur le vaccin AstraZeneca, "un excellent vaccin"

L'épidémiologiste, nommé à la direction de la mission d'évaluation de la gestion de la crise à l'Élysée, assure que le vaccin AstraZeneca est efficace et invite tous les soignants à se faire vacciner contre le Covid-19.

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Radio France
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Le professeur Didier Pittet, épidémiologiste, spécialiste de l'hygiène des mains et du contrôle des infections, à Genève (Suisse), le 10 novembre 2020. (FABRICE COFFRINI / AFP)

"Je ne comprends pas" les réticences des soignants à se faire vacciner "parce les vaccins sont certainement parmi les outils les plus performants, avec le moins d'effets secondaires", a déclaré, vendredi 5 mars sur franceinfo, le professeur Didier Pittet, épidémiologiste suisse, nommé à la direction de la mission d’évaluation de la gestion de la crise du Covid-19 par l’Élysée. 

Comprenez-vous les réticences de nombreux soignants face au vaccin AstraZeneca en particulier ?

Non, je ne les comprends pas parce les vaccins sont certainement parmi les outils les plus performants, avec le moins d'effets secondaires. En l'occurrence, les soignants qui se feront vacciner protégeront à la fois leur famille et leur entourage. Les vaccins nous protègent de la maladie. Et pour ce qui est de savoir s'il protège les personnes autour de nous, on pourra certainement le démontrer dans quelques mois. Le vaccin AstraZeneca est globalement, sur des populations, légèrement moins efficace en termes de pourcentage d'efficacité.

Par contre, à terme, c'est un vaccin qui a un spectre plus large que les vaccins Pfizer et Moderna par exemple. Donc, ce vaccin est un excellent vaccin. On peut discuter par rapport à la problématique du variant sud-africain, mais enfin, pour l'instant ce variant sud-africain, à part dans certaines régions et dans endroits du monde, n'est pas en train de poser un problème par rapport à la vaccination. Chez moi en Suisse, la vaccination contre le Covid-19 est pour l'instant limitée dans le nombre de doses, mais on les mêmes problématiques depuis des décades, cette difficulté de convaincre les soignants à accepter cette vaccination, qu'elle soit contre la grippe ou contre d'autres vaccins.

Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement français envisage un retour à des jours meilleurs d'ici la mi-avril, grâce aux effets de la campagne de vaccination. Diriez-vous la même chose ?

Je pense que ce qu'il a dit a été un peu interprété différemment de ce qu'il voulait vraiment dire. Il a probablement raison de dire que dans une période de six à huit semaines, on pourra commencer à relâcher certaines des mesures en prenant des précautions particulières, en ne lâchant rien sur les gestes barrières. Probablement que la période sera un peu différente, on aura passé les mauvais jours du printemps et la fin de l'hiver. Et puis, on aura aussi une campagne de vaccination qui aura commencé à prendre ses effets de manière plus large. Donc, on pourra commencer à relâcher les mesures et à retourner vers l'idée d'une vie qui pourra retourner vers la normalité.

Je pense qu'on va avoir un été qui ne sera pas un été normal. On va avoir un automne pour lequel on aura d'autres problématiques, éventuellement de nouveaux variants, avec peut-être la nécessité de nouveaux vaccins dans le reste du monde. On va devoir passer l'hiver, et puis c'est probablement en été 2022 qu'on pourra faire un vrai point de situation. D'ici là, on va certainement ne pas pouvoir tout relâcher comme tout le monde l'aimerait. Et c'est dans le monde entier, bien entendu.

L'Élysée vous a confié la mission de tirer les leçons d'une épidémie qui n'est pas encore terminée. C'est une mission presque impossible ?

C'est l'une des grandes difficultés. Nous allons tirer les leçons de ce qui s'est passé jusqu'à présent en utilisant différentes méthodes, des revues, des différentes bases de données internationales sur les taux de mortalité ou des mortalités en excès, la révision des plans pandémie des différents pays ou des interviews que nous avons réalisés avec plus d'une centaine de personnes.

Comme toujours, il y a des domaines dans lesquels on est meilleur. Il y a des domaines dans lesquels on est moins bon. Évidemment, il n'y a pas de miracle sur la disponibilité des masques, sur la montée en puissance des tests, sur toute une série d'éléments, dont certains sont très importants. La situation s'est considérablement améliorée au fil de l'évolution et au fil de l'apprentissage. Mais cet apprentissage est réel pour tous les pays au monde en fait. Certains pays avaient la chance d'être beaucoup mieux préparés parce qu'historiquement, ils avaient été confrontés à des phénomènes pandémiques sérieux. D'autres ne l'étaient pas.

Il y a des points de la gestion française de l'épidémie auxquels nous mettez une note moyenne ?

On met plus que la moyenne, par exemple, sur la capacité à adapter l'offre de soin qui a été spectaculaire. Il faut aussi savoir reconnaitre que tous les pays n'ont pas été égaux devant la pandémie, dans le sens que la première vague a heurté les pays de manière très, très inégale. Certains n'ont même pas pratiquement vécu de premières vague, tel que les pays de l'Est et c'est important parce qu'actuellement, les pays de l'est de l'Europe vivent une seconde vague qui est extrêmement importante.

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