Municipales 2020 : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il décidé de maintenir les élections ?

Peu avant son allocution, jeudi soir, le chef de l'Etat a envisagé un report des élections, mais s'est finalement ravisé.

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France Télévisions
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L'allocution d'Emmanuel Macron, le 12 mars 2020. (DENIS CHARLET / AFP)

Maintien ou report ? Le président de la République a tranché. Jeudi 12 mars, à 20 heures, Emmanuel Macron a annoncé le maintien des élections municipales du 15 et 22 mars, malgré l'épidémie de coronavirus. "Il est important en ce moment, en suivant l'avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d'assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions", a assuré le chef de l'Etat.

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Pourtant, quelques heures avant cette allocution, la possibilité d'un report avait bien été évoquée, comme le rapporte lJournal du dimanche. France info revient sur les raisons qui ont poussé le président de la République à maintenir ce scrutin.

Parce que c'est la ligne de l'exécutif depuis plusieurs semaines

Tous les ministres l'ont martelé pendant des jours et des jours : les élections municipales se tiendront aux dates prévues, les 15 et 22 mars. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, l'a encore rappelé à la veille de l'allocution présidentielle, mercredi 11 mars : "Il n'est absolument pas à l'ordre du jour de repousser les élections municipales."

Le ministre de l'Intérieur avait aussi envoyé le 10 mars des instructions aux maires pour maintenir ces élections, malgré la propagation du virus. Electeurs comme responsables des bureaux sont invités à se laver les mains fréquemment, avec des flacons de gel hydroalcoolique placés à l'entrée et à la sortie des bureaux, et à maintenir une distance raisonnable avec les autres personnes présentes. En bref, "voter est sans danger", a insisté Christophe Castaner.

Parce que les scientifiques ont donné leur aval

Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement et le président de la République assurent prendre leurs décisions après consultation des professionnels de santé. C'est aussi l'argument avancé pour le maintien du scrutin. "J'ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes", a affirmé Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée.

Mais alors, comment comprendre la fermeture des écoles et des universités, annoncée au même moment ? "On n'est pas dans les mêmes conditions de confinement qu'on peut avoir dans d'autres situations, et donc il n'y avait pas lieu de reporter l'élection municipale", a assuré sur franceinfo Marc Fesneau, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement.

Néanmoins, l'organisation de ces élections devra respecter certaines règles d'hygiène : "Il conviendra de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires" les jours de scrutin, a souligné le chef de l'Etat, "afin que nos aînés n'attendent pas longtemps, que des files ne se constituent pas, que les distances soient aussi tenues et que ces fameuses mesures barrières soient bien respectées".

Parce que la droite s'y opposait fermement

Avant de faire son choix, l'exécutif a pris la température du côté de l'opposition. "J'ai aussi demandé au Premier ministre, il l'a fait ce matin, de consulter largement toutes les familles politiques et elles ont exprimé la même volonté", a expliqué Emmanuel Macron, lors de son allocution. L'entourage du président du Sénat avait confirmé un peu plus tôt qu'un entretien téléphonique était prévu entre Gérard Larcher et Emmanuel Macron en fin d'après-midi, à l'initiative du président de la République.

Et autant dire que la température est vite montée. Le report des élections municipales ? "C'est un coup d'Etat, c'est un coup de force institutionnel, c'est l'utilisation de la crise sanitaire pour éviter une débâcle électorale", a affirmé le président des Républicains, Christian Jacob, quelques heures avant l'intervention du chef de l'Etat. "Cela me semblerait absolument stupéfiant", a aussi affirmé sur BFMTV le président LR de la commission des Finances Eric Woerth. A coup sûr, l'annonce d'un report du scrutin aurait fracturé (un peu plus) les camps politiques.

Parce qu'un scrutin est très difficile à reporter

Au moment d'étudier la possibilité  de repousser l'élection des maires de près de 35 000 communes à 72 heures du premier tour du scrutin, l'éxecutif s'est aussi heurté à des difficultés légales. Comme le rappelle Public Sénat, l'exécutif aurait dû passer par la loi afin d'entériner le report des élections municipales. "Un décret ne pourrait que décaler l'élection d'une semaine, le mois de mars étant fixé par la loi", souligne le site internet de la chaîne parlementaire. 

Pour que les municipales soient reportées, il faudrait un vrai consensus au Parlement", ajoute de son côté Romain Rambaud, professeur agrégé de droit public, spécialiste en droit électoral, dans les colonnes de Ouest-France. "L'autre difficulté, c'est que l'Assemblée nationale est actuellement en pause jusqu'au 22 mars inclus. Il faudrait alors convoquer une séance extraordinaire. Les obstacles sont donc nombreux." En bref, reporter l'élection de quelque 500 000 conseillers municipaux ne pouvait se décider en un claquement de doigts.

Reste que la propagation rapide du virus sur le territoire provoque ces derniers jours une réelle crainte d'une forte abstention. Dans un sondage Ifop publié le 6 mars, 28% des Français interrogés se disaient encore "susceptibles de ne pas aller voter aux élections municipales à cause des risques de transmission du coronavirus". Parmi eux, 16% se disaient même certains de bouder les urnes. Verdict les 15 et 22 mars.

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