"Nous préconisons aux familles de ne pas venir" : comment les Ehpad se prémunissent contre le coronavirus

Dans les maisons de retraite, où réside une population vulnérable face à l'épidémie de Covid-19, des mesures ont été mises en place depuis le passage en phase 2 du plan de prévention, fin février.

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Une infirmiere accompagne une personne âgée pensionnaire de l'Ehpad les Monts du Matin dans la Drome, mai 2019. (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS)

"Il ne faut pas que le virus entre chez nous", prévient Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, un des principaux syndicats des maisons de retraite. Pour les Ehpad, le coronavirus Covid-19 représente en effet un risque majeur, car la population qui y vit est particulièrement vulnérable. Une première réunion s'est déroulée, mardi 2 mars, au ministère de la Santé, avec des représentants d'établissements pour personnes âgées. Et le gouvernement s'est engagé à fournir des protocoles dédiés d'ici la fin de la semaine. En attendant, dans les Ehpad, le personnel soignant gère la crise comme il peut.

Prise de température obligatoire pour entrer

"Nous avons les mêmes recommandations que pour une épidémie de grippe ou de gastro mais elles sont drastiques pour l'extérieur et les contraintes pour le personnel soignant sont multipliés par dix avec le lavage des mains toute la journée" explique Pauline*, infirmière depuis cinq ans dans un Ehpad en Seine-et-Marne.

Nous préconisons aux familles de ne pas venir. D'ailleurs, si on passe au stade 3, on leur refusera l'accès.

Pauline, infirmière en Ephad

à franceinfo

Depuis le début de la semaine, un registre horodaté a été mis en place pour les visiteurs à l'entrée de la maison de la retraite de Pauline. Ils y signalent leur heure d'arrivée et celle de leur sortie. "On leur demande simplement s'ils ont de la fièvre" précise Pauline. "Si c'est le cas, on leur refuse l'accès à l'établissement." En milieu de semaine le protocole s'est durci : toute personne entrant dans la maison de retraites, que ce soir la famille ou des ambulanciers, doit désormais prendre sa température.

Si un porteur de virus est déclaré, il y aura forcément des décès.

Pauline, infirmière en Ehpad

à franceinfo

De la difficulté de ne pas voir ses proches

Pour les résidents, une mise en quarantaine peut s'avérer difficile moralement. "Certains disent que c'est dur à vivre", rapporte Pauline. L'infirmière de Seine-et-Marne se souvient de l'hiver dernier, durant lequel sa maison de retraite a dû faire face à une "grosse" épidémie de grippe. Les résidents avaient dû vivre confinés pendant une quinzaine de jours. "Au bout de quelques jours, c'était dur pour les résidents mais aussi pour les familles et le personnel qui était sous tension à gérer l'énervement des retraités dû au manque de leur famille", raconte-t-elle.

Le confinement pose aussi des questions de personnel. Les Agences régionales de santé ont autorisé sous condition et au cas par cas la levée de mises en confinement de certains employés ne présentant aucun symptôme, à l'instar de ceux habitant dans le département de l'Oise. "Avec bien sûr des précautions comme la prise de température deux fois par jour et le port en continu d'un masque FFP1", précise Florence Arnaiz-Maumé, du syndicat Synerpa

Des besoins importants en masques de protection 

Ce qui inquiète aussi les directions des Ehpad, c'est le manque de masques de protection. Sur la liste des bénéficiaires prioritaires, les maisons de retraite arrivent en troisième position. Florence Arnaiz-Maumé, du syndicat Synerpa, regrette "de passer après le personnel hospitalier, les médecins de ville et le personnel soignant libéral". Selon elle, les stocks permettraient de tenir entre une et trois semaines, mais "la question du ravitaillement va se poser dans le mois".

Notre besoin pour gérer la crise actuelle est de 100 masques FFP1 par jour et par établissement. En cas de coronavirus dans un Ehpad, il nous faudrait, en plus des 100 à 150 masques FFP1, 100 masques FFP2 pour les cas avérés.

Florence Arnaiz-Maumé

à franceinfo

L'équipe de Pauline a déjà prévu le protocole à mettre en place si un cas de suspicion était déclaré dans son Ehpad : "Nous isolons l'aile entière où se trouve le cas suspect. Plus personne ne pourra en sortir. Ensuite, je pense qu'on appellera le Samu avec le risque que le malade attrape autre chose à l'hôpital..." La direction a aussi déjà mis de côté une réserve de gants et de sur-blouses pour pouvoir être au contact de personnes contaminées. Pour traverser au mieux cette crise, un rendez-vous à heure fixe est désormais pris toutes les semaines avec le ministère de la Santé.

* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée.

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