Fin du "quoi qu'il en coûte" : comment se portent les principaux secteurs d'activités aidés pendant la crise sanitaire

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Un avion Air France sur le tarmac de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 28 avril 2021. (SANDRINE MARTY / HANS LUCAS / AFP)

Encouragé par la bonne tenue des indicateurs économiques, le gouvernement a commencé à réduire les aides aux secteurs d'activité touchés par la crise du Covid-19. Etat des lieux.

"Nous sommes dans la bonne direction", se réjouissait le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, lundi 30 août au micro de France Inter. En cette rentrée 2021, le gouvernement se montre optimiste sur les perspectives économiques de la France. L'exécutif table sur une croissance de 6% en 2021 pour l'économie française. Fort de ces indicateurs le gouvernement a également annoncé la fin progressive de la politique du "quoi qu'il en coûte". En réalité déjà amorcé avant l'été, en étant cantonné à un nombre plus restreint de secteurs d'activité, ce retrait des aides publiques franchira un nouveau cap le 1er octobre avec la disparition du fonds de solidarité.

A l'aube de ce retour dans le grand bain de l'activité sans soutien, Franceinfo fait le point secteur par secteur sur l'impact de la pandémie, les aides perçues et les défis à venir.

Dans l'industrie, l'automobile et l'aéronautique toujours au point mort

Durant la crise. "L'industrie manufacturière est confrontée à la plus forte crise depuis l'après-guerre", relève l'Insee dans un rapport publié en juillet. Au total, la valeur ajoutée (indicateur qui mesure la richesse produite) de l'industrie française a chuté de 12% en 2020. L'automobile et l'aéronautique ont été les plus frappés avec respectivement –32% et –31% de baisse d'activité.

Les aides reçues. Les entreprises de l'industrie ont bénéficié de 790 millions d'euros de fonds de solidarité et ont contracté 22 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat. En avril 2020, 1,2 million de salariés étaient au chômage partiel. Ils n'étaient plus que 180 000 en juillet dernier. Deux plans de soutien, l'un de 8 milliards d'euros pour l'automobile et l'autre de 15 milliards pour l'aéronautique, ont été mis en œuvre en 2020 par le gouvernement.

Et maintenant ? L'année 2021 est l'occasion d'une reprise pour l'industrie agro-alimentaire ainsi que la production de biens manufacturés et la chimie. "Malgré les nouveaux confinements, les usines n'ont pas été fermées. Faute de pouvoir aller au restaurant ou au cinéma, les Français ont acheté des produits pour leurs foyers. Ce qui a soutenu ces branches de l'industrie", explique à franceinfo Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il en va en revanche tout autrement de l'automobile et de l'aéronautique qui peinent à redémarrer. "Au deuxième trimestre 2021, le secteur de la production de matériel de transport était encore à –26% par rapport à son niveau d'avant crise", précise Mathieu Plane.

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Dans la restauration et l'hôtellerie, la réouverture coûte que coûte

Durant la crise. Les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration ont beaucoup souffert des restrictions sanitaires. Au total, entre mars 2020 et juin 2021, les restaurants de France métropolitaine ont été fermés pendant 280 jours. Les hôtels n'ont pas été épargnés : ils étaient seulement 60% à être ouverts au premier trimestre, d'après une enquête de l'Insee.

Les aides. Quelque 12 milliards d'euros du fonds de solidarité ont été alloués à l'hôtellerie et la restauration. Les entreprises du secteur ont contracté pour 10,8 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat. En avril 2020, plus de 930 000 salariés étaient déclarés au chômage partiel. En juillet dernier, ce nombre est tombé à 148 000, passant pour la première fois depuis le début de la crise sous la barre des 200 000.

Et maintenant ? "Nous sommes encore en convalescence", affirmait Didier Chenet, le président du Groupement national des indépendants de l'hôtellerie et de la restauration (GNI), le 30 août sur franceinfo. En cause : la baisse de la fréquentation touristique cet été dans les métropoles et la mise en place du pass sanitaire. Les entreprises du secteur pourront continuer à prétendre au fond de solidarité en septembre, à condition d'avoir réalisé au moins 15% de leur chiffre d'affaires sur le mois. Le gouvernement entend ainsi pousser à la réouverture. Autre défi : la main d'œuvre qui manque toujours à l'appel. "Il y a globalement une pénurie d'emploi dans des secteurs comme le tourisme qui ont des besoins forts en saison", explique à franceinfo Thierry Millon, du cabinet Altares.

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Dans le commerce, prime au numérique

Durant la crise. Deux poids, deux mesures. D'un côté les commerces de détail non alimentaires, aussi appelés "non essentiels" pendant la pandémie, ont vu leur activité chuter de plus de 9% en 2020 d'après l'Insee. De l'autre, les ventes en ligne ont bondi de près de 6% la même année.

Les aides. Ce secteur a bénéficié de 4,6 milliards d'euros du fonds de solidarité. Plus de 33 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat ont été contractés. En avril 2020, plus d'1,5 million de salariés du commerce étaient au chômage partiel. Ils n'étaient plus que 42 000 en juillet dernier, passant pour la première fois sous les 100 000 depuis octobre 2020.

Et maintenant ? "Le commerce ne s'en tire pas trop mal", affirme l'économiste Mathieu Plane à franceinfo. "Beaucoup d'acteurs se sont bien adaptés. Il y a eu une expansion du commerce en ligne, qui a profité aux acteurs du web, mais aussi à un certain nombre d'entreprises qui ont profité de la pandémie pour entamer leur numérisation", précise le chercheur de l'OFCE. Les experts comptent sur les économies importantes réalisées par les ménages pendant la crise pour relancer la consommation, notamment dans le secteur de l'habillement.

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Dans la construction, en quête de matériaux

Durant la crise. Très affecté lors du premier confinement avec l'arrêt total des chantiers, le secteur de la construction a été beaucoup moins freiné par la suite des mesures sanitaires. D'après l'Insee, la différence entre le chiffre d'affaires observé d'octobre à décembre 2020, par rapport aux résultats attendus hors période de crise, n'a été que de 6%.

Les aides. Les entreprises du bâtiment ont bénéficié d'un milliard d'euros du fonds de solidarité et elles ont contracté près de 12 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat. Plus d'un million de salariés de ce secteur étaient au chômage partiel en avril 2020. Ils n'étaient plus que 6 000 en juillet 2021.

Et maintenant ? Le secteur de la construction est l'un des grands bénéficiaires du plan de relance de 100 milliards d'euros annoncé par le gouvernement en septembre 2020. Dans cette enveloppe, près de 15 milliards sont consacrés à la rénovation thermique des bâtiments. Mais les professionnels du BTP payent au prix fort l'emballement des cours des matières premières consécutif au redémarrage de l'économie mondiale. Résultat, la Fédération française du bâtiment (FFB) estime que 15% des entreprises ont été en difficulté dans la poursuite d'au moins un chantier cet été.

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Dans la culture, des aides sur mesure

Durant la crise. Certaines branches comme le livre, ont mieux supporté les restrictions, après le premier confinement, grâce au passage des librairies dans la catégorie des commerces dits essentiels, comme le relève l'Insee pour l'Ile-de-France. Au contraire, le spectacle vivant, la musique, le cinéma et les musées ont payé au prix fort les fermetures forcées. Entre le printemps 2020 et le printemps 2021, les musées sont restés portes closes pendant 280 jours et les salles de cinéma pendant 300 jours.

Les aides. En tout, 2,5 milliards d'euros du fonds de solidarité sont allés au secteur culturel, qui a par ailleurs contracté plus de 2,4 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat. Un dispositif dit de "l'année blanche" a été mis en place pour permettre aux intermittents en fin de droit de continuer à percevoir le chômage. Au total, en juillet dernier, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, chiffrait à 12 milliards d'euros le soutien public à la culture.

Et maintenant ? Le secteur culturel ne s'est pas encore relevé. "Le niveau d'activité reste encore très bas par rapport à l'avant crise", constate l'économiste Mathieu Plane auprès de Franceinfo. La chute de la fréquentation dans les salles de cinéma après l'entrée en vigueur du pass sanitaire, en août, symbolise ces difficultés persistantes. Le gouvernement s'est engagé à poursuivre les aides pour les acteurs de la culture, en procédant toutefois à du cas par cas. "Nous serons aux côtés des secteurs qui sont en difficulté, mais les choses sont très différentes selon les secteurs, donc on va faire du sur-mesure", a déclaré Roselyne Bachelot, sur franceinfo, le 30 août.

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Dans les transports, une crise durable

Durant la crise. Les compagnies aériennes et les agences de voyage subissent de plein fouet les restrictions de déplacement et les fermetures de frontière mises en place depuis le début de la pandémie. Au total, le nombre de vols s'est effondré de 66% en 2020 par rapport à 2019, d'après les chiffres de l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Les aides. Les professionnels du transport ont touché 2,1 milliards d'euros et contracté pour plus de 9 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat. Plus de 614 000 salariés étaient en activité partielle en avril 2020. Ils n'étaient plus que 65 000 en juillet dernier.

Et maintenant ? "L'activité dans le transport est encore très loin de son niveau d'avant crise", relève l'économiste Mathieu Plane. Et l'horizon ne semble pas vouloir se dégager à moyen terme. Dans une note sur les effets de la crise à l'horizon 2022, l'Insee classe les branches du tourisme international et du voyage d'affaires dans la catégorie des secteurs "très affectés par les restrictions sanitaires […] et qui pourraient par ailleurs être affectés durablement". Des changements dans les comportements des consommateurs, comme le développement du télétravail, pourraient avoir un effet durable sur l'activité des compagnies aériennes.

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