Covid-19 : on vous explique pourquoi le calendrier de levée des restrictions sanitaires est critiqué

Plusieurs épidémiologistes ont dénoncé un allègement précipité des mesures sanitaires, alors que la France est toujours en pleine cinquième vague de l'épidémie de coronavirus.

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Le Premier ministre, Jean Castex, le 20 janvier 2022 à Paris. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Le compte à rebours a commencé. Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé un calendrier de levée progressive des restrictions sanitaires, jeudi 20 janvier. Dans les prochaines semaines, certaines règles comme le port obligatoire du masque en extérieur, l'interdiction des concerts debout ou la fermeture des discothèques vont être abrogées dans toute la France. Le protocole sanitaire à l'école devrait aussi être allégé fin février. Mais en pleine cinquième vague de l'épidémie de Covid-19 et à quelques mois de l'élection présidentielle, ces annonces ont été vivement critiquées. Voici pourquoi.

Parce la cinquième vague est encore trop haute

La France est (toujours) sous l'eau, en pleine cinquième vague de l'épidémie, portée par la forte contagiosité d'Omicron. Sur les sept derniers jours, 337 192 nouveaux cas ont été recensés par jour en moyenne, soit près de 30 000 de plus que la semaine précédente. De quoi inquiéter de nombreux épidémiologistes, alors que le gouvernement annonce un allègement des restrictions sanitaires.

"J'ai du mal à comprendre l'optimisme présenté par le Premier ministre", a réagi l'épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm Dominique Costagliola sur BFMTV. "Moi je regarde les chiffres. Or on est à 525 000 cas diagnostiqués lundi, une incidence qui ne baisse pas, un nombre d'hospitalisations qui ne baisse pas non plus", a-t-elle mis en garde. "Il faut être sûr que la décrue soit entamée pour pouvoir commencer à relâcher certaines mesures", a renchéri, sur franceinfo, Jonathan Roux, épidémiologiste à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes.

"Je comprends qu'on ait envie de prendre des mesures mais elles devraient être basées sur des objectifs, sur les indicateurs."

Dominique Costagliola, épidémiologiste

sur BFMTV

"On peut donner des gages d'allègement aux Français, mais la réalité nous rattrape", constate sur franceinfo Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris. Le médecin note d'ailleurs que notre pays ne fait pas partie des "bons élèves" du continent. "La France est quand même dans une situation plus compliquée que les autres pays européens, contrairement à ce qui est dit parfois, notamment par rapport à l'Allemagne ou à l'Espagne", explique-t-il. La raison ? En France, "on a un socle d'infections Delta sur lequel est fixée la vague d'Omicron qui est très élevée, ce qui explique cette tension hospitalière".

Parce que la situation dans les hôpitaux est toujours compliquée

Si la part de cas graves, nécessitant une hospitalisation, est beaucoup plus faible avec le variant Omicron qu'avec le variant Delta, les hôpitaux français sont loin d'être vides. Le nombre total de malades hospitalisés avec le Covid-19 a ainsi atteint 27 931, jeudi 20 janvier, dont 3 053 admis ces dernières 24 heures. Un chiffre qui progresse constamment depuis le début de l'année. Le nombre de personnes en soins critiques baisse lui légèrement depuis quelques jours, à 3 842 patients ce jeudi.

"Il ne faut pas donner l'impression que tout est rose à l'hôpital", a estimé jeudi sur franceinfo Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire (Agir) de Fontainebleau. Il souligne que si "les chiffres sont bas" notamment en soins critiques, "la pression globale sur l'hôpital reste forte". "Nos tutelles n'ont pas pris la mesure de l'état réel" de l'hôpital, s'est aussi inquiété Arnaud Chiche, médecin anesthésiste-réanimateur à l'hôpital d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), et fondateur du collectif Santé en danger, sur BFMTV. 

Parce que les écoles continuent d'être un vecteur de l'épidémie

Le cas des écoles est aussi pointé du doigt, alors que le Premier ministre a annoncé un possible allègement du protocole sanitaire dans les classes après les vacances de février. Jeudi 20 janvier, près de 19 000 classes étaient fermées en raison de l'épidémie de Covid-19, plus de 450 000 cas de Covid étaient confirmés chez des élèves et 30 000 parmi le personnel de l'Education nationale. Un record depuis le début de la pandémie.

"L'idée qu'après les vacances de février, on aura un allègement, les bras m'en tombent."

Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon à Paris

à franceinfo

"Au niveau scolaire, c'est quand même hallucinant", a réagi, vendredi sur franceinfo, Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris. "La rentrée des dernières vacances de Noël montre que dans la tranche 0-9 ans, on a eu une augmentation faramineuse avec des chiffres d'incidence qui sont au-delà de 4 000 [pour 100 000], et même de 5 000 pour les 10-19 ans."

Parce que la menace d'un nouveau variant plane

A quoi faut-il s'attendre après Omicron ? La question agite toujours la communauté scientifique. D'autant plus qu'un sous-variant d'Omicron, baptisé BA.2, a récemment été découvert en France et est déjà majoritaire au Danemark. Un constat qui fait craindre aux épidémiologistes une plus grande contagiosité encore que celle du variant Omicron.

La levée des restrictions sanitaires paraît donc précipitée pour certains spécialistes. "Ce sont des mesures qui sont annoncées sans seuil de levée des contraintes, mais surtout, sans seuil de reprise, s'est inquiété vendredi Gilles Pialoux. C'est un peu le calendrier de l'Avent, on ouvre des portes, on ne sait pas ce qu'il y a derrière très clairement."

Parce qu'Emmanuel Macron est accusé de préparer son entrée en campagne

Si les médecins et épidémiologistes avancent des explications médicales et scientifiques, l'opposition, elle, brandit des arguments politiques. La candidate socialiste à la présidentielle Anne Hidalgo a ainsi dénoncé vendredi sur franceinfo un "calendrier politique" du gouvernement, qui "annonce des mesures d'allègement automatiques" après avoir mis tout le monde "en stress" lors du vote sur le pass vaccinal à l'Assemblée début janvier.

Selon les informations recueillies par franceinfo, mercredi, à la veille de ces annonces, Emmanuel Macron – qui n'est pas encore officiellement candidat – souhaitait par ces décisions donner des perspectives aux Français, à moins de trois mois du premier tour de la présidentielle. Le chef de l'Etat "doit entrer en campagne dans le climat le plus positif possible", expliquait à franceinfo une source gouvernementale. Les prochaines semaines diront si ce relâchement des contraintes était prématuré ou non.

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