Levée des restrictions sanitaires liées au Covid : "C'est le calendrier de l'avent", regrette l'infectiologue Gilles Pialoux

"On ouvre des portes, on ne sait pas ce qu'il y a derrière", avance l'infectiologue qui souligne que le calendrier annoncé jeudi par le gouvernement ne suit pas l'avis du Conseil scientifique.

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Radio France
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L'infectiologue Gilles Pialoux, sur franceinfo le 1er mars 2021. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"C'est une cohérence avec ce que les Français veulent entendre", a constaté vendredi 21 janvier sur franceinfo le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris alors que le Premier ministre, Jean Castex, a présenté la veille un calendrier de levée des restrictions sanitaires. Mais "c’est un peu le calendrier de l'avent, on ouvre des portes, on ne sait pas ce qu'il y a derrière très clairement", a-t-il souligné.

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"C'est une façon de donner des perspectives aux Français" donc "en ce sens il y a une cohérence", mais "sur le plan sanitaire, c'est décalé par rapport à l'avis du Conseil scientifique" a ajouté celui qui est aussi l'auteur de Nous n’étions pas prêts : carnet de bord par temps de coronavirus, publié en août 2020 aux éditions Jean-Claude Lattès.

franceinfo : Le plan du gouvernement vous semble-t-il cohérent par rapport à la situation épidémiologique ?

Gilles Pialoux : Je pense que c'est en cohérence avec ce que les Français veulent entendre. Je pense que les Français ne voient plus les chiffres qui défilent sur les chaînes d’information continue quand la ministre parle.

"Hier, c'était 425 183 cas et 251 décès. On ne voit plus ces chiffres-là."

Gilles Pialoux, infectiologue

à franceinfo

C'est une façon de donner des perspectives aux Français. Et en ce sens, il y a une cohérence, oui. Sur le plan sanitaire, c’est quand même un petit peu décalé par rapport aux avis du Conseil scientifique.

Quel indicateur faut-il observer, celui des services de réanimation ?

S'agissant d’Omicron qui a quand même des chiffres absolument faramineux, on doit regarder aussi la circulation virale. Là, il y a quand même quelque chose d’hallucinant, une fois de plus, c'est l'angle mort de l'école. Ce sont des mesures qui sont annoncées sans seuil de levée des contraintes, mais surtout, sans seuil de reprise, c'est-à-dire de réactivité si les choses repartaient avec ce variant ou un autre variant. Au niveau scolaire, c’est quand même hallucinant. La rentrée des dernières vacances de Noël montre la tranche 0-9 ans, on a eu une augmentation faramineuse avec des chiffres d'incidence qui sont au-delà de 4 000, et même de 5 000 pour les 10-19 ans. C’est un peu le calendrier de l'avent, on ouvre des portes, on ne sait pas ce qu'il y a derrière très clairement. L’idée qu'après les vacances de février, on aura un allègement, les bras m'en tombent.

Vous pensez que les Français ne pouvaient pas entendre autre chose que ce que le Premier ministre a annoncé jeudi soir ?

Je crois qu’on est en saturation. Mais c'est le virus qui est toujours le maître du temps, comme le disait le président de la République.

"On peut donner des gages finalement d'allègement aux Français, mais la réalité nous rattrape. La France est quand même dans une situation plus compliquée que les autres pays européens, contrairement à ce qui est dit parfois." 

Gilles Pialoux, infectiologue

à franceinfo

Notamment par rapport à l'Allemagne ou à l'Espagne, parce qu'on a un socle d'infection Delta sur lequel fixer la vague d’Omicron qui est très élevé, ce qui explique cette tension hospitalière. Les politiques comme les auditeurs ont compris que l'hôpital tiendra. Mais il faut voir le prix que ça coûte sur le plan humain, c'est deux ans de pandémie. C’est très dur, effectivement, dans les hôpitaux, mais je crois que tout le monde a compris que cela ne va pas casser, juste épuiser.

Sommes-nous à l’abri d’une 6e vague ?

Personne ne peut dire ça. D'ailleurs, ça n'a pas été dit, jeudi soir, par les ministres. Personne ne peut dire cela, parce ce qu’Omicron nous a fait comprendre qu’à partir d'un moment où vous avez des circulations virales aussi intenses que l’on voit justement dans la tranche 0-19 ans ou chez les trentenaires, vous avez la place pour un variant d'échappement. Le but du variant d'échappement, c’est par définition d'échapper à la réponse immunitaire qu'elle soit induite par le vaccin, par les anticorps monoclonaux ou par l'infection précédente. Personne ne peut l'écrire, cette page-là.

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